Editorial

Toxine botulique et pathologies neurologiques

Mis en ligne le 22/02/2018

Auteurs : Pr Alain Yelnik

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Depuis la première injection de toxine botulique chez l'humain, réalisée en 1977 par Alan B. Scott pour traiter une contracture musculaire gênante sur un strabisme − et dont les résultats furent publiés en 1980 −, les indications se sont rapidement élargies dans les pathologies neurologiques. Le blépharospasme, les dystonies cervicales entre autres, furent les premières indications reconnues en France de la toxine botulique. D'autres suivirent, notamment chez l'enfant paralysé cérébral (dans le traitement du pied équin). Depuis, la littérature s'est considérablement enrichie, et d'autres indications ont rapidement été explorées : la spasticité de l'adulte dans un contexte de sclérose en plaques, d'AVC, de traumastisme crânien, de lésion médullaire traumatique ou d'hyperactivité détrusorienne.

Dans ce numéro, outre un point que l'on pourrait dire incontournable par Victorine Quintaine sur la spasticité sous l'angle du choix décisionnel, sont présentés quelques-uns des usages plus récents et peut-être encore peu connus de la toxine botulique, qui n'ont pour la plupart pas encore reçu d'autorisation de mise sur le marché mais qui font l'objet d'études dont les résultats sont encourageants.

Nathaly Quintero, avec les équipes MPR de l'enfant de Saint-Maurice et de Brest, traite de la paralysie obstétricale du plexus brachial de l'enfant, dans laquelle l'injection de toxine botulique semble avoir une vraie place. La toxine permet d'affaiblir certaines activités musculaires pourtant normales mais non équilibrées par des antagonistes déficients ou entravées par des cocontractions. L'usage chez l'adulte n'est pas abordé ici mais la toxine botulique peut avoir un rôle utile, notamment en pré- et postopératoire de chirurgie de transfert ou en ré-innervation, pour calmer transitoirement une activité musculaire antagoniste de celle que l'on souhaite réveiller.

Giovanni Castelnovo fait un point plus “classique” sur les dystonies essentielles focales. Dans certains cas, la toxine représente le traitement de référence : blépharospasme, dystonies cervicales, hémispasme facial mais aussi crampes de l'écrivain, bien sûr, et dystonies des musiciens, moins connues mais tout aussi handicapantes. Du violoniste au clarinettiste, cette pathologie est relativement fréquente et mérite toute l'attention du thérapeute.

Mélanie Porte (Nîmes), avec l'équipe des Massues à Lyon, a choisi de présenter une indication ciblée chez l'enfant paralysé cérébral, l'hypersialorrhée. La technique pourrait y tenir une place importante, et l'article expose le projet de recommandations d'un groupe d'experts. Parmi les indications plus récentes, Nicolas Bayle de Créteil rapporte que lors d'un syndrome parkinsonien, les dystonies de pic et de fin de dose réagissent bien aux injections de toxine, mais que d'autres symptômes, comme l'incontinence salivaire et l'hyperactivité détrusorienne, pourraient être utilement atténués, avec un bénéfice important sur le confort qu'aucune autre approche thérapeutique ne permet dans des formes déjà évoluées.

Nous profitons de ce numéro pour publier les données de l'enquête sur la pratique des blocs moteurs en France par les médecins MPR que Claire Hentzen a colligées. Cette enquête, soutenue par la SOFMER, rapporte des résultats intéressants sur la réalité de cette pratique, indispensable à tout médecin MPR s'intéressant à la spasticité, au sens large, et sur les blocages à celle-ci si l'on peut se permettre ce jeu de mots… Cette enquête a été effectuée en vue de l'élaboration par la SOFMER et la Société française d'anesthésie-réanimation (SFAR) de recommandations pour cette pratique.

Merci à Bernard Parratte de nous régaler avec l'une de ses fiches techniques dont il a le secret, consacrée ici au muscle brachial. Merci aussi à Marylène Jousse de nous faire “cogiter” sur une histoire clinique.

Enfin, dans la rubrique Vie professionnelle, Francis Le Moine et Jean-Pascal Devailly résument les rôles et les actions du Conseil national professionnel (CNP) en MPR qui, comme chacun le sait, est l'instance regroupant nos principales organisations − scientifiques, universitaires et syndicales. Le CNP permet de poursuivre le travail de la FEDMER en devenant l'interlocuteur unique de nos tutelles et en contribuant au développement professionnel continu.

Nous vous souhaitons de prendre plaisir à la lecture de ce numéro !


Liens d'interêts

A. Yelnik est co-président  du congrès de l'ISPRM dans lequel les laboratoires fabriquant la toxine botulique sont partenaires.

auteur
Pr Alain YELNIK
Pr Alain YELNIK

Médecin
Médecine physique et réadaptation
GH Saint-Louis - Lariboisière - Fernad-Widal, AP-HP, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Médecine physique & réadaptation,
Neurologie
Mots-clés
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