La lutte contre le VIH en son labyrinthe
A J3 de la CROI on n’en est plus à chercher les « scoops » mais bien plus à tenter de trouver le sens global de cette 17 ème CROI, sise cette année dans le berceau de la lutte communautaire contre le sida, San Francisco. Et chercher ce qu’il en restera, une fois rentré au bercail. S’il en est un, de sens global, c’est Kenneth Mayer (# 63) qui l’a trouvé dans son overview au pas de la charge sur la Prophylaxie pré-exposition (PreP) et le Tasp : « ni panacée ni boite de Pandore mais un labyrinthe », a-t-il tranché en conclusion. Ou le labyrinthe comme figure emblématique, cette année, de la complexité dans la lutte contre le VIH. Labyrinthe des retours en arrière conceptuels*, des fausses pistes thérapeutiques ou curatives, des suspicions de toxicité qui s’avèrent plus complexe que prédites**, des neuro-haart qui peinent à emporter la conviction dans un lien éventuel à la survenue des troubles neurocognitifs (voir interview de J Gasnault)… Labyrinthe thérapeutique et préventif, aussi, qui justifie de nécessaires « solidarités » entre molécules, entre firmes pharmaceutiques, entre stratégies antirétrovirales et outils préventifs tellement la route est longue vers le « cure » de la CROI 1996 et le « prevent » de la CROI 2010.
Dans ce labyrinthe là de la CROI 2010 on peut oser un parallèle entre les options thérapeutiques et les outils de prévention. En filigrane la nécessité dans les deux cas de stratégies combinées, mais aussi de ne pas jeter les molécules ou les méthodes de prévention, dites « anciennes », avec l’eau du bain. D’autant que tout laisse à penser, tout au moins au Nord, que l’augmentation conjointe du dépistage et de la durée sous antirétroviraux (traiter plus tôt) va conduire des dizaines de milliers de personnes VIH + dans le système de soin de manière durable.
Labyrinthe de la rareté et de la complexité désormais des essais de grande envergure à l’instar de l’ACTG 5002 ( # 59 LB et # 107 LB) qui surligne la question de l’efficacité dans les strates à plus de 100 000 copies/ml de charge virale comme constituante de l’image de puissance antirétrovirale. Et le fait aussi que la comparaison, en l’espèce équivalente, d’efavirenz et atazanavir en 3éme agent, se joue désormais a des niveaux d’efficacité proches de 90 %.
La CROI qui se perpétue à un haut niveau scientifique depuis 17 ans illustre combien la connaissance a besoin de récurrences sur elle-même. Les 3 axes à venir de la lutte contre le sida tels que défini par Anthony Fauci *** en sera une illustration pour les prochaines CROI.
* « traiter tôt et fort » dont on sait aujourd’hui l’impact positif que cela devrait avoir en terme neurocognitif, métabolique, d’inflammation chronique, de survenue de cancer et… de prévention.
** sur la question vedette des deux précédentes CROI, l’abacavir et le risque cardio-vasculaire, se reporter à la sortie simultanée de l’article signé par l’équipe espagnole de BICOMBO ( E Martinez et al. AIDS fast track 2010,24 :F1-F9) : « abacavir-based therapy does not affect biological mechanisms associated with cardiovascular dysdunction »
*** voir Journal de la CROI daté du 17 Février
Gilles Pialoux
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