Editorial

Editorial en Actualités en Hypertension & prévention cardiovasculaire

Mis en ligne le 12/05/1999

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Act. Méd. Int. - Hypertension (11), n° 5, mai 1999 111 Les critiques de la méthode conventionnelle de la mesure tensionnelle, utilisant un sphygmomanomètre et un stéthoscope, sont nombreuses et les récentes recomman-dations du JNC-VI et de l’OMS-ISH 1999 préconise que soient utilisés des appareils électroniques pour la mesure de la pression artérielle au cours de la consultation. Aujourd’hui, cette révolution ne s’est pas encore réalisée en France, mais une réflexion est engagée pour permettre l’avènement de cette importante mutation à la fois technologique et psychologique. L’évolution a une bonne probabilité de se faire de la façon suivante. Pour remplacer la mesure auscultatoire de la pression artérielle, des appareils électroniques seront utilisés. Ce sont des appareils du type de ceux destinés actuellement à l’automesure tensionnelle à domicile qui seront le plus probablement conseillés. Ces appareils seront, soit automatiques, avec un déclenchement à intervalle programmable, soit semi-automatiques, avec un déclenchement manuel. Ils utiliseront la méthode oscil-lométrique. L’indispensable validation métrologique des appareils électroniques Pour permettre une large utilisation des appareils électroniques, il est urgent que l’ensemble des appareils de mesure fassent l’objet d’une validation métrologique. En effet, la plupart des appareils de mesure tensionnelle commercialisés par les reven-deurs d’appareils médicaux, par les sociétés de vente par correspondance ou par les pharmaciens ne sont malheureusement pas de bonne qualité métrologique. Comme actuellement aucune procédure de validation n’est imposée avant la mise sur le mar-ché de ces appareils, seuls quelques systèmes ont bénéficié d’une validation. Cette validation est pourtant indispensable pour que le médecin sache si l’appareil qu’il utilise possède une fiabilité compatible avec son usage en clinique. Pour le moment, les protocoles de validation doivent répondre aux critères de la British Hypertension Society ou de l’American Association for Medical Instrumentation, et la mise au point d’un protocole de validation européen sera adopté avant la fin de l’année 1999. Cette procédure imposera, en plus de la validation de base, un ensemble de critères qui devront avoir été étudiés de façon obligatoire : expression des résultats en fonc-tion du niveau tensionnel (les appareils oscillométriques sont moins fiables pour les niveaux tensionnels élevés), évaluations des brassards de grande taille chez l’obèse et de petite taille chez l’enfant, évaluations chez les femmes enceintes et les sujets âgés, fiabilité à long terme. Seuls les appareils validés devraient être commercialisés Pour réaliser ces études de validation, des structures et des personnels ayant une compétence reconnue seront retenus, et les sociétés savantes seront sollicitées pour définir les critères nécessaires à l’obtention de ces compétences. Il paraît souhai-table que, comme pour les médicaments, une autorisation de mise sur le marché puis-se être délivrée par un organisme public. L’autorisation de mise sur le marché des appareils de mesure tensionnelle devrait faire partie des responsabilités de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). Pour délivrer l’au-torisation de mise sur le marché, l’AFSSAPS pourrait demander, outre les garanties minimales de fabrication permettant d’obtenir aujourd’hui le marquage CE, une étude de validation métrologique dont une commission jugerait de la qualité et du résultat. Cet organisme devrait aussi avoir certaines exigences en ce qui concerne l’ergonomie des appareils et la qualité des notices d’utilisation ou du mode d’emploi. E d i t o r i a l * Hôpital Broussais, Paris. Quelle technique allons-nous utiliser au cabinet médical pour mesurer la pres-sion artérielle ? Guillaume Bobrie, Xavier Girerd * E d i t o r i a l Act. Méd. Int. - Hypertension (11), n° 5, mai 1999 112 Les études présentées pour cette validation devront avoir été réalisées dans un pays européen. Il va de soi que les résultats des études de validation des appareils devront être faci-lement disponibles pour pouvoir être analysés. Il y a plusieurs exemples d’articles relatifs à la validation d’appareils dont le titre et le résumé laissent présager une excellente fiabilité, fiabilité non confirmée par la lecture des résultats. Mais cette démarche de validation ne sera d’aucune utilité si les appareils n’ayant pas obtenu une validation suffisante sont commercialisés. Il semble donc indispen-sable que les appareils n’ayant pas fait l’objet d’une validation métrologique soient retirés de la vente, ce qui aujourd’hui n’est malheureusement pas le cas. L’utilisation d’appareils électroniques n’est pas possible chez tous les patients Certaines circonstances rendent incertaines la mesure de la pression artérielle selon la classique méthode auscultatoire. C’est le cas de la mesure chez le sujet obèse et en cas d’arythmie cardiaque. Les méthodes électroniques sont elles aussi moins fiables dans ces circonstances. De plus, chez certains sujets des résultats différents sont observés entre la pression artérielle mesurée par la méthode auscultatoire et celle mesurée par la technique oscillométrique. Les raisons de ces discordances ne sont pas bien comprises, et l’attitude pratique à adopter dans cette situation n’est pas actuellement bien définie. Plusieurs questions restent posées, auxquelles il faudra répondre avant de pouvoir remplacer nos appareils de mesure tensionnelle auscultatoire par des appareils élec-troniques semi-automatiques. Cependant, il est très probable que la technique aus-cultatoire mise au point il y a un peu plus de 100 ans ne sera plus dans un avenir proche la méthode la plus utilisée pour mesurer la pression artérielle au cours de la consultation médicale.
auteur
Pr Xavier GIRERD

Médecin
Cardiologie et maladies vasculaires
Hôpital universitaire de la Pitié-Salpêtrière, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Cardiologie