OCT-A et DMLA : de l’atrophie géographique aux néovaisseaux quiescents

Pourriez-vous expliquer ce que sont les zones de déficit de flux et le risque de croissance de l’atrophie géographique ?

Nous nous sommes intéressés à l’analyse du flux dans la choriocapillaire au cours de la DMLA. La première chose que nous avons faite a été de regarder la choriocapillaire pendant le vieillissement des patients. Nous avons réalisé une étude chez 164 patients et nous avons analysé les changements de flux dans la choriocapillaire selon l’âge des patients. Nous avons trouvé que plus les patients étaient âgés, plus ils perdaient du flux au niveau de la choriocapillaire au centre de la macula, sous la fovéa. Ce résultat était surprenant car nous nous attendions à une diminution du flux autour du centre, car c’est là que l’atrophie géographique débute. Dans la DMLA, l’atrophie géographique commence à apparaître autour du centre de la macula et augmente de taille vers l’extérieur et vers la fovéa. Et nous voulions savoir si les zones de déficit de flux dans les zones de perte de flux de la choriocapillaire étaient corrélées avec la croissance de l’atrophie géographique, sa vitesse mais aussi la direction de la croissance de l’atrophie géographique. Quand nous avons analysé toute la macula, nous avons trouvé que la quantité d’anomalies de perfusion à type de déficit de flux était corrélée avec la croissance de l’atrophie géographique et que la grande majorité de zones de déficit de flux était au bord de l’atrophie géographique mais la meilleure corrélation incluait toute la macula, ce qui suggère que, globalement, la choriocapillaire est anormale chez les patients atteints de DMLA  avec plus d’anomalies que celles liées au simple vieillissement.

Concernant les néovaisseaux quiescents, quel est leur risque d’exsudation ?

Nous nous sommes intéressés au développement de la néovascularisation dans la DMLA. Nous savons, depuis des années, que les yeux peuvent avoir des néovaisseaux sans exsudation évidente. Les patients peuvent très bien vivre avec cette néovascularisation quiescente (type 1) sans avoir une baisse d’acuité visuelle. Ces néovaisseaux ont été décrits dans les années 1970 sur autopsies et dans les années 1990 avec l’ICG. En OCT-A-Swept Source, nous pouvons identifier ces lésions. Nous avons donc suivi les patients présentant ces lésions et nous avons trouvé que ces néovaisseaux continuent à grandir alors que les patients voient bien, et un jour, pour une raison inconnue, ils commencent à exsuder et c’est là qu’il faut commencer à les traiter par IVT d’anti-VEGF. Certains médecins voudraient traiter ces lésions avant l’apparition des signes exsudatifs, mais nous conseillons fortement de ne pas les traiter avant exsudation parce que nous pensons que ces lésions ont des fonctions très importantes : l’une serait peut-être que la choriocapillaire grandit sous l’épithélium pigmentaire rétinien pour lutter contre la diminution de la perfusion que nous voyons dans le vieillissement normal et dans la DMLA. Nous sommes en train d’analyser pourquoi ces lésions non exsudatives deviendraient exudatives car c’est ce qui cause la baisse de vision. Si nous pouvions éviter l’exsudation, nous pourrions préserver la vision dans la DMLA. C’est important de se rappeler que la néovascularisation n’est pas une mauvaise chose, mais l’exsudation et c’est ce que l’on est en train d’essayer de prévenir.

Quel est le risque d’exsudation de ces néovaisseaux quiescents à 2 ans ?

Si vous comparez une population sans néovaisseaux quiescents et une population avec, il y a un risque 14 fois plus élevé d’avoir une exsudation. Ce risque peut donc être identifié si l’ophtalmologiste trouve ce néovaisseau quiescent. Ces patients ont besoin d’un suivi plus régulier, et il serait idéal d’avoir un système de surveillance à domicile comme un appareil d’OCT avec lequel le patient pourrait prendre lui-même les clichés tous les soirs et un algorithme de machine learning pourrait envoyer une alerte à l’ophtalmologiste si le patient est à risque de baisse de vision.