Erreur de diagnostic : Rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale

Mis en ligne le 08/10/2012

Auteur : M Gilles DEVERS

Un patient de 57 ans arrive aux urgences de l'hôpital avec un tableau évocateur d'un de coliques néphrétiques. Or, il s'agissait d'une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale. De précieuses heures ont été perdues, mais la faute n'a pas été retenue (CAA Douai, 20 Septembre 2012, n° 11DA01108)

Les faits

Un homme âgé de 57 ans a été admis au service des urgences du CHU de Lille le 2 novembre 2005 à 9 h 40, en raison d'une vive douleur abdominale, associée à des vomissements et à une diarrhée. Un bilan a été alors effectué, consistant en un examen clinique, un bilan biologique, la mise en place de paramètres de surveillance et un traitement symptomatique.

Le diagnostic de coliques néphrétiques, évoqué dès son admission, a été posé vers 11 h, et a été mise en œuvre vers 13 h le protocole thérapeutique correspondant, comportant en particulier la prescription d'un scanner abdomino-pelvien en urgence.

Or, le scanner, réalisé à 14 h 50, a mis en évidence une rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale.

Le patient a été transféré à l'hôpital cardiologique pour y être opéré à 16 h. Il a subi trois arrêts cardiaques au cours de l'intervention, qui s'est terminée vers 19 h 30, et il est décédé à 23 h à l'hôpital.

La famille a engagé en recours en responsabilité, mais par jugement du 17 juin 2011, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande, et elle a formé appel.

La Cour administrative d'appel examine successivement les deux temps de cette prise en charge, à savoir le diagnostic et la réponse thérapeutique.

Sur le diagnostic

Il y a eu une erreur de diagnostic, mais toute la question est de savoir si cette erreur était une faute.

Il ressort de l'étude du dossier et de l'expertise que le tableau clinique présenté par le patient était typiquement caractéristique d'une colique néphrétique et était beaucoup plus compatible avec ce diagnostic qu'avec celui d'une rupture d'anévrisme, qui reste exceptionnelle avant l'âge de 60 ans.

Ainsi, le délai de quatre heures qui s'est écoulé entre l'expression d'une hypothèse de coliques néphrétiques et la mise en place du protocole correspondant, incluant la prescription d'un scanner abdomino-pelvien en urgence, suivi du délai de deux heures s'étant ensuite écoulé entre la prescription du scanner et la réalisation de celui-ci, ne révèle pas, dans ces circonstances, une faute du centre hospitalier.

Sur la réponse thérapeutique

Il s'est écoulé plus d'une heure entre le diagnostic de la rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale et la prise en charge du patient au bloc opératoire.

Mais, au regard de la réalité des pratiques, la prise en charge du patient, tant en pré-hospitalier qu'au service des urgences, puis en chirurgie cardio-vasculaire, a été conforme aux recommandations en vigueur et aux données actuelles de la science. Les moyens de mise en œuvre ont été adaptés et exécutés dans des délais corrects.

Seule la gravité de la pathologie est à l'origine du décès et de son extrême brutalité.

Il suit de là que la responsabilité du centre hospitalier n'est pas engagée du fait d'un retard de diagnostic ou de prise en charge au bloc de chirurgie.

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