Congrès/Réunion

Congrès de la Société francophone du diabète – Nantes, du 20 au 23 mars 2018

Mis en ligne le 12/05/2018

Mis à jour le 01/06/2018

Auteurs : Gaëtan Prévost

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Le congrès annuel de la Société francophone du diabète s'est tenu du 20 au 23 mars à Nantes. L'édition a été fort appréciée et, au travers de ce résumé, vous trouverez un aperçu du programme scientifique particulièrement riche et varié.

La seipine : une nouvelle piste physiopathologique pour la cardiomyopathie diabétique

D'après Prieur X et al., plénière

Les mutations du gène de la seipine (BSCL2), identifées par les chercheurs nantais, sont observées dans 50 % des cas de lipodystrophie congénitale généralisée de Berardinelli-Seip, suggérant le rôle déterminant de cette protéine dans la physiologie de l'adipocyte. De fait, les souris déficientes en seipine sont diabétiques et lipodystrophiques, présentant une diminution des concentrations plasmatiques d'adiponectine qui s'aggrave au cours du temps et s'accompagne d'une dégradation du tissu adipeux. La déficience en seipine altère l'adipogenèse en favorisant la perte d'adipocytes matures, mais la fonction de la protéine reste cependant encore assez mystérieuse. Les chercheurs nantais ont toutefois réussi à décrire précisément sa localisation intracellulaire aux points de communication entre le réticulum endoplasmique et les mitochondries, au sein de structures dénommées MAM (Mitochondria Associated Membranes). En conséquence, son implication dans la régulation des mouvements calciques intracellulaires et dans les phénomènes d'apoptose est soulevée.

La dernière partie de la conférence s'est focalisée sur le rôle potentiel de la seipine dans la cardiomyopathie diabétique non ischémique. Les souris déficientes en seipine (Seipin knockout [KO]) présentent en effet une cardiomyopathie hypertrophique avec une dysfonction ventriculaire gauche corrélée au niveau de l'hyperglycémie. Parmi les pistes explorées pour expliquer cette pathologie cardiaque, celle de l'augmentation du stress oxydant et/ou celle des lipides intracardiaques ont pu être écartées. En revanche, les chercheurs ont observé une augmen­tation de la captation du glucose et son corollaire, une augmentation des protéines O-GlcNacylatées, suggérant l'impli­cation d'une surcharge myocardique en glucose. Pour confirmer cette hypothèse, un lot de souris seipine KO a été traité avec succès par un inhibiteur du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT2), la dapagliflozine, avec amélioration significative des paramètres fonctionnels cardiaques. Ces derniers résultats, très intéressants, confirment le rôle délétère spécifique de la glucotoxicité dans la dysfonction cardiaque et permettent d'envisager de nouveaux éléments pour expliquer l'effet cardio­vasculaire favorable obtenu avec les inhibiteurs de SGLT2 dans les essais cliniques.

Exposition cumulée à l'hyperglycémie : un paramètre à prendre en compte dans la prévention des complications cardiovasculaires du diabète

D'après Roussel R et al., plénière

La controverse sur le bien-fondé de l'équilibre glycé­mique strict dans la prévention des complications du diabète reste latente dans la communauté médicale. Les récentes recommandations américaines de médecine primaire proposent un objectif d'hémoglobine glyquée (HbA1c) entre 7 et 8 % pour la plupart des patients, une désescalade thérapeutique chez les sujets présentant un taux d'HbA1c < 6,5 % ainsi que pour ceux dont l'espérance de vie est inférieure à 10 ans, avec essentiellement une maîtrise des symptômes cliniques de l'hyperglycémie en l'absence d'objectif clair fixé pour l'HbA1c. L'absence de résultats significatifs observés dans les méta-analyses concernant les complications macrovasculaires alimente la controverse. Dans ce contexte, et après avoir rappelé les limites méthodo­logiques des méta-analyses, l'équipe de R. Roussel présente une approche in­no­vante dans l'interprétation des essais d'intervention fondée sur l'analyse de l'exposition cumulée à l'hyperglycémie, à l'instar de l'exposition au tabagisme exprimée en paquets-années. Il s'agit de tenir compte du différentiel d'HbA1c observé dans les bras thérapeutiques et de le rapporter à la durée de l'étude, considérant que le facteur temps est primordial dans la physiopathologie des complications chroniques. En incluant dans le modèle statistique les études VADT, ACCORD, UKPDS et celle de Kumamoto, une parfaite corrélation est observée entre le risque de survenue d'événements cardio­vasculaires majeurs (MACE), de type infarctus, accident vasculaire cérébral, décès cardiovasculaire, et le dif­férentiel d'exposition cumulée exprimé en pourcentage d'HbA1c × année. Ainsi, pour 10 % d'HbA1c × année, la réduction du MACE est de l'ordre de 25 %. Pour la rétinopathie, il est également retrouvé des résultats comparables ; en revanche, aucune corrélation entre le différentiel d'exposition cumulée à l'hyperglycémie et l'insuffisance cardiaque n'est rapportée. En considérant le différentiel de l'exposition cumulée à l'hyperglycémie dans les essais d'intervention avec les agonistes des récepteurs au glucagon-like peptide-1 (GLP-1) [lixisénatide, exénatide, liraglutide, sémaglutide], l'effet bénéfique cardiovasculaire est alors proportionnel à l'amplitude de la baisse de la glycémie. En conclusion, l'équipe de R. Roussel propose de changer de paradigme en abandonnant une vision trop souvent binaire de l'intervention glycé­mique (stricte versus conven­tionnelle) pour utiliser des paramètres d'analyse qui tiennent compte non seulement de l'amplitude des effets hypoglycémiants mais également de leur durée dans le contexte de la chronicité des complications diabétiques.

Influence du score de calcification des artères coronaires (CAC) dans la prise en charge du patient diabétique de type 2

D'après Marsot C et al., communication orale CO-002

Les nouvelles recommandations françaises du dépistage de l'ischémie myocardique silencieuse (IMS) sont en cours de rédaction. Si on se réfère aux recommandations européennes publiées en 2013, la recherche d'IMS doit être réservée aux patients identifiés comme présentant un très haut risque vasculaire, notamment ceux avec un score CAC élevé ou protéinuriques, ou ayant une maladie artérielle périphérique. L'étude monocentrique rétrospective menée par cette équipe lyonnaise avait pour objectif d'analyser l'impact du CAC sur la prescription d'examens complémentaires à la recherche d'IMS et sur les thérapeutiques cardiovasculaires. Plus de 500 patients diabétiques de type 2, en prévention primaire, âgés de 45 à 85 ans, ont été inclus dans l'étude. Trente-cinq pour cent d'entre eux avaient un score de CAC nul. Les patients du groupe CAC élevé (> 300) avaient un diabète significativement plus ancien (17 ans en moyenne), avec un moins bon contrôle des facteurs de risque tels que la tension artérielle (TA) ou le niveau de LDL-cholestérol ; ils étaient également 2 fois plus souvent traités par insuline et davantage traités par statine, aspirine, et antihypertenseurs comparativement aux patients avec un score de CAC intermédiaire ou nul. En analyse multivariée, la valeur du CAC était associée à l'âge, le sexe, la durée du diabète, la TA et la néphropathie. Dans le groupe de patients avec un score de CAC élevé, 75 % des patients ont été orientés vers des tests de dépistage complémentaires de l'IMS qui étaient positifs dans 32 % des cas. Le CAC élevé était significativement associé à une plus grande fréquence de l'introduction ou augmentation de la posologie de statines ainsi qu'à une introduction ou augmentation de la posologie du traitement antiagrégant plaquettaire. En conclusion, les résultats de cette étude riche d'enseignements soulignent l'intérêt du CAC dans la présélection des patients à risque d'IMS et permettent également aux cliniciens d'ajuster les traitements à visée cardio­vasculaire. À noter toutefois que dans le groupe des patients à score de CAC nul, et donc à faible risque cardiovasculaire, il n'a pas été observé de désescalade thérapeutique pour les statines et/ou l'aspirine.

Mortalité après 5 années de suivi dans l'étude GERODIAB : rôle déterminant de l'insuffisance cardiaque

D'après Bauduceau B, communication orale CO-005

L'étude GERODIAB, prospective, observationnelle, multicentrique a inclus 987 patients diabétiques de type 2, âgés de plus de 70 ans et ayant conservé leur autonomie. L'objectif de cette nouvelle présentation comportait l'analyse de la mortalité à 5 ans ainsi que l'évolution des complications cardiovasculaires. Pour mémoire, les patients à l'inclusion sont âgés en moyenne de 77 ans, affichent une durée moyenne de diabète de 17 ans, ont un indice de masse corporelle à 29 et sont obèses pour 45 % d'entre eux. Le taux de perdus de vue reste limité à 9,8 %. Le taux de mortalité à 5 ans est chiffré à 24 %. Les cancers et hémopathies représentent la première cause de mortalité (22 %), suivis par l'insuffisance cardiaque (17 %), les accidents vasculaires cérébraux (10 %). Les complications cardiovasculaires ont évolué au cours du suivi (passant de 47 % à l'inclusion à 67 % après 5 ans de suivi) avec, au premier plan, une progression très significative de l'insuffisance cardiaque (de 9 à 20 %). L'artériopathie, les plaies de pied et les amputations sont également fortement associées à la mortalité. Concernant l'HbA1c, une courbe en J est de nouveau observée, correspondant à une surmortalité chez les patients présentant un taux d'HbA1C inférieur à 6 % ou supérieur à 8 %. En conclusion, les résultats de cette large cohorte française suggèrent que les complications cardiovasculaires peuvent évoluer significativement, y compris chez les patients âgés, sur une durée de suivi relativement courte, mettant en évidence le rôle déterminant de l'insuffisance cardiaque.■

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Gaëtan PREVOST

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
CHU DE ROUEN, Rouen
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie
thématique(s)
Diabète
Mots-clés