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Cibler PD-1 après une allogreffe : une option thérapeutique intéressante dans le lymphome de Hodgkin multiréfractaire

Mis en ligne le 30/04/2017

Mis à jour le 09/05/2017

Auteurs : C. Rossi

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Les alternatives thérapeutiques en cas de rechute après allogreffe dans le lymphome de Hodgkin (LH) sont limitées − DLI (Donor Lymphocyte Infusion), brentuximab vedotin et chimiothérapie classique (bendamustine) − et se soldent par des médianes de survie sans progression (SSP) entre 6 et 12 mois au mieux (1, 2). Or, ces dernières années, les anticorps monoclonaux ciblant PD-1 ont montré une efficacité intéressante en particulier en cas de rechute après autogreffe (3), ce qui leur a valu l'autorisation de mise sur le marché aux États-Unis et l'autorisation temporaire d'utilisation en France en 2014 et en 2015, respectivement.

La question était d'évaluer l'efficacité et la tolérance en cas de rechute après allogreffe avec toutes les réticences inhérentes au risque de GVHD (Graft Versus Host Disease) en ciblant des points de contrôle de l'immunité. C'était l'objectif de l'étude d'une série rétrospective française (4) qui a inclus 20 patients ayant un LH en progression au début du traitement par nivolumab (anti-PD-1) et chez lesquels le traitement immunosuppresseur était arrêté depuis au moins 4 semaines. Treize patients ont été traités par au moins 1 ligne de chimiothérapie entre l'allogreffe et l'instauration du nivolumab. Le nombre médian de perfusions de nivolumab était de 8 ­(extrêmes : 1-36).

Chez 6 patients, une GVHD aiguë a été diagnostiquée à la suite de l'administration du nivolumab (tous les patients avaient un antécédent de GVHD aiguë) ; 4 patients ont été traités avec succès (par corticoïdes ou ciclosporine, associé à du basiliximab pour 1 des patients) sans interférence avec l'effet induit par le nivolumab et 2 sont décédés. L'étude de la tolérance a permis de recenser 2 effets indésirables graves hématologiques (neutropénie et thrombopénie), chez un même patient, et aucun effet indésirable grave non hématologique. Quatre décès sont à déplorer : 2 à la suite d'une GVHD, 1 dû à la progression du LH et 1 causé par une toxicité après une deuxième allogreffe. Sur les 19 patients évaluables, les taux de réponse complète et de réponse partielle évalués par TEP (score de Cheson 2014) sont de 42 et 52 %, respectivement. Avec une médiane de suivi de 370 jours, les taux de survie globale (SG) et de SSP à 12 mois sont de 78,7 % et 58,2 % respectivement (5 rechutes sont survenues pendant le suivi). Au moment de l'analyse, 6 patients restaient en réponse en poursuivant le traitement par nivolumab.

Commentaire. Les résultats de cette série permettent de constater des signes d'efficacité du nivolumab impressionnants après une allogreffe, situation dans laquelle les patients sont les plus réfractaires en ce qui concerne le LH. Cibler l'immunité par le biais de PD-1 après une allogreffe semble donc être efficace sans entraîner de toxicité rédhibitoire et en n'induisant que peu de GVHD, de surcroît traitables pour la plupart. Aucun cas de GVHD chronique n'a été recensé. Ainsi, le rapport bénéfice/risque semble très favorable pour le nivolumab dans cette situation grave, sous réserve d'un suivi étroit des patients pour dépister et traiter les GVHD le cas échéant.

Références

1. Anastasia A, Carlo-Stella C, Corradini P et al. Bendamustine for Hodgkin lymphoma patients failing autologous or autologous and allogeneic stem cell transplantation: a retrospective study of the Fondazione Italiana Linfomi. Br J Haematol 2014;166(1):140-2.

2. Tsirigotis P, Danylesko I, Gkirkas K et al. Brentuximab vedotin in combination with or without donor lymphocyte infusion for patients with Hodgkin lymphoma after allogeneic stem cell transplantation. Bone Marrow Transplant 2016;51(10):1313-7.

3. Ansell SM, Lesokhin AM, Borrello I et al. PD-1 blockade with nivolumab in relapsed or refractory Hodgkin’s lymphoma. N Engl J Med 2015;372(4):311-9.

4. Herbaux C, Gauthier J, Brice P et al. Efficacy and tolerability of nivolumab after allogeneic transplantation for relapsed Hodgkin’s lymphoma. Blood 2017 (Epub ahead of print).

Liens d'interêts

C. Rossi déclare avoir des liens d’intérêts avec Takeda et Roche (consultant).

auteur
Dr Cédric ROSSI
Dr Cédric ROSSI

Médecin
Hématologie
CHU, Dijon
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Hématologie,
Oncologie hématologie
thématique(s)
Lymphome de Hodgkin
Mots-clés