Editorial

Une glande longtemps mystérieuse et ses secrets

Mis en ligne le 31/03/2022

Auteurs : F. Penault-Llorca

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Chers lecteurs assidus de Correspondances en Onco-Théranostic, voici la livraison, tant attendue du premier opus de l'année 2022. On y parle de thyroïde. Les goitres thyroïdiens ornant le cou des femmes, ont longtemps fasciné, des empereurs chinois de période Huangdi (environ 2700 avant Jésus-Christ) aux peintres de la Renaissance qui trouvaient ce renflement esthétique (La Madone à l'oeillet de Léonard de Vinci, par exemple), en passant par Marco Polo (XIIIe siècle) qui rapporte “une bosse sur le gosier chez les habitants du Turkestan”. En revanche, aucune représentation de goitre dans les oeuvres de l'antiquité égyptienne, grecque ou romaine (et pour cause !). Les “glandules laryngées”, décrites par Vésale au début du XVIe siècle, étaient supposées assurer la lubrification de la trachée. Un demi-siècle plus tard, Thomas Wharton donne à cette glande son nom définitif “thyroïde”, en raison de son aspect en forme de papillon rappelant le bouclier des combattants grecs (thyreos). Son rôle est resté bien longtemps mystérieux, et outre un rôle de lubrifiant, des fonctions pour le moins fantaisistes lui ont été prêtées : esthétique, miroir de l'utérus, réceptacle pour des vermisseaux qui gagnaient ensuite l'oesophage et l'estomac pour les lubrifier. Néanmoins ses fonctions sécrétoires sanguines furent suggérées à la fin du XVIIe, puis oubliées, et les relations avec ce qui allait devenir la maladie de Basedow ne furent envisagées qu'un siècle plus tard. Xavier Bichat (1771-1802) eu l'honnêteté de reconnaître que “la thyroïde est un de ces organes dont les usages sont totalement inconnus”. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que la physiologie de la thyroïde commença à être approchée (Émile-Louis Poincaré, 1869), comme intervenant dans l'élaboration “des éléments chimiques des centres nerveux et de la fécondation”. Mais les anatomistes ne voyaient pas de canal… ce n'est qu'à la fin du XIXe que le terme glande “sécrétoire” (John Simon) est apparu. Cependant, c'est en observant les effets des thyroïdectomies totales : mélancolie, cachexie et troubles de la croissance que l'on commença vraiment à cerner ses fonctions. Les relations avec la carence en iode vinrent d'observations épidémiologiques, et furent dès la fin du XIXe utilisées en thérapeutique.

De façon étonnante et empirique, les anciens de la pharmacopée chinoise et de la fin du Moyen Âge européen (XIIe siècle), proposaient des traitements à base d'algues et de produits de la mer riches en iode… Rendons hommage à tous ces chercheurs qui malgré les tâtonnements ont permis de cerner ces glandules laryngées.

Les années ont passé, notre connaissance s'est étoffée. Le cancer thyroïdien paraissait un cancer sans problème : pronostic excellent, chirurgie de précision, traitement par iode radioactif, supplémentation efficace malgré quelques remous en 2017 avec la nouvelle formulation du Levothyrox®. Pourtant, des problèmes demeurent : le diagnostic de malignité n'est pas toujours aisé, des formes familiales sont décrites, 10 % des patients développent des métastases, et l'arsenal thérapeutique, en cas de résistance à l'iode radioactif, est limité. Toutes les avancées en pathologie thyroïdienne dans ces champs seront détaillées dans notre dossier spécial, consacré aux cancers de la glande thyroïdienne sous la direction de Myriam Decaussin-Petrucci et de Serge Guyetant. Ce dossier aborde, au travers de quatre articles, accompagnés des échos des congrès dédiés également à ce sujet, tout ce que vous devez savoir sur la pathologie moléculaire diagnostique et théranostique de cette glande restée si longtemps mystérieuse.

Un article complète ce numéro de début d'année, Olivier Trédan et moi-même avons trouvé important de rendre hommage à l'action de l'association des Triplettes Roses qui a permis de débloquer, fin 2021, l'accès précoce au sacituzumab govitecan et au pembrolizumab pour les patientes atteintes d'un cancer du sein triple-négatif. Nous rappelons combien, à travers leurs actions, les associations de patients sont des acteurs à part entière de l'innovation.

Je vous souhaite, avec tout le comité de rédaction, une très bonne lecture !


P.S. : si l'histoire de la découverte de la glande thyroïdienne vous intéresse, je vous suggère la lecture de La thyroïde et les goitres à travers les âges, par Jean-Paul Chigot (Histoire des sciences médicales - Tome XLII, n° 4, 2008), dont je me suis inspirée pour cet éditorial. https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2008x042x004/HSMx2008x042x004x0393.pdf

Liens d'interêts

Frédérique Penault-Llorca déclare avoir des liens d’intérêts avec AstraZeneca, Pfizer, Genomic Health/Exact Science, Myriad Genetics, Nanostring.

auteur
Pr Frédérique PENAULT-LLORCA
Pr Frédérique PENAULT-LLORCA

Médecin
Anatomie et cytologie pathologiques
Centre Jean-Perrin, Clermont-Ferrand
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Onco-théranostic