Editorial

Une année de tempête

Mis en ligne le 31/03/2021

Auteurs : Denis Moro-Sibilot

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Cela fait maintenant plus d'une année que nous avons découvert la Covid-­19. Véritable tempête dans un univers médical qui n'en demandait pas tant. La révolution scientifique et de nos pratiques, en particulier dans le domaine du cancer, suscitait l'enthousiasme de tous, nous commencions à explorer de nouvelles frontières, biologie moléculaire, immunothérapie, traitements ciblés. Dans d'autres domaines, comme les maladies infectieuses, “le front” paraissait stable, les épidémies des décennies précédentes étaient sous contrôle et les yeux de nombre d'entre nous, médecins ou soignants, étaient tournés vers l'amélioration de la prise en charge des maladies chroniques, enjeu médical du XXIe siècle. Finalement, notre principal souci était et demeure l'organisation et le financement de nos structures de soins et de notre modèle de protection sociale. Puis, assez brutalement, en suivant le trajet des invasions barbares, la pandémie de Covid est survenue. Vous connaissez le début, la “bataille de Verdun” pour nos collègues italiens puis ceux des régions de l'Est et d'Île-de-France, une attente l'arme au pied, façon “drôle de guerre” ou “désert des Tartares” pour les autres, puis, enfin, un conflit ouvert qui s'éternise pour tous avec son cortège de malheurs et de danses macabres [1].

Le caractère martial et les termes guerriers ont été très affirmés dès le départ dans la rhétorique anti-Covid, et nous avons tous “armé” des services de soins continus et de réanimations pour ce combat. Avec les vaccins, la victoire est au bout du chemin, et on espère tous la fin de cette pandémie en 2021. Cette période aura créé de multiples occasions et situations qui vont entraîner des modifications de notre quotidien.

La première tient à la résilience de nos organisations de soins qui ont résisté malgré la répétition des vagues épidémiques. Les soignants ont été mis à rude épreuve, mais le sentiment d'être à sa place et dans son rôle de soignant a été majoritaire. Des oncologues se sont convertis aux soins de la Covid, des chirurgiens sont venus en renfort, les réanimateurs, les infectiologues et les pneumologues ont guidé les recommandations de bonne pratique et nous avons, avec agilité, inventé de nouvelles organisations. Très loin de la dissonance des médias et des plateaux télé, la majorité des équipes médicales, soignantes, plateaux techniques et administratifs ont travaillé en faisant preuve d'une solidarité exemplaire. L'air a été en même temps plus vicié par l'infection et plus léger pour les soignants, qui ont vu disparaître les entraves habituelles au profit d'un objectif unique : le soin.

La seconde modification est la poursuite et l'accélération de la vie scientifique. La mise à disposition de vaccins en moins d'un an est un coup de force non seulement scientifique mais aussi de l'organisation, de la régulation et du financement de la recherche clinique [2]. L'exploit devra être renouvelé et servir de modèle et d'inspiration pour les études cliniques à venir. Des milliers de publications ont bien sûr concerné la Covid-19, mais le reste de l'activité scientifique et de la communication scientifique s'est maintenu malgré la crise, et on peut citer, sans être exhaustif, des succès concrets en oncologie thoracique tels que les traitements ciblés en adjuvant chez les patients EGFR mutés, les premiers traitements ciblés pour la mutation KRAS G12C, le ciblage de MET, de RET, de NTRK, les progrès en immunothérapie dans la majorité des tumeurs thoraciques, y compris les mésothéliomes.

La troisième adaptation est la formidable utilisation du distanciel, de la téléconsultation aux cours et congrès virtuels qui ont su associer simplification administrative et progrès technique pour permettre à tous de se connecter. Cette révolution perdurera et s'associera aux modalités antérieures pour les soins et l'enseignement au quotidien et apportera une nouvelle audience et de nouvelles habitudes de participation à des congrès lointains autrefois réservés à une minorité. Si le distanciel ne remplacera sûrement pas tout, il sera plus approprié à un univers où le développement durable s'impose.

La pandémie se poursuit mais, rapidement, les vaccins et les mesures sanitaires en viendront à bout, et, au moment de retrouver un monde plus serein, il nous faudra nous souvenir des éléments positifs tout en n'oubliant pas ceux, patients et soignants, qui ont payé le prix ultime de cette épreuve collective.

Références

1. Keeley Paul. Danse macabre. BMJ 2020;371:m4600.

2. Ball P. The lightning-fast quest for COVID vaccines – and what it means for other diseases. Nature 2021;589:16-8.

Liens d'interêts

D. Moro-Sibilot déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec l’article.

auteur
Pr Denis MORO-SIBILOT
Pr Denis MORO-SIBILOT

Médecin
Pneumologie
CHU de Grenoble-Alpes, Grenoble
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie thoracique,
Pneumologie