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Retentissement sexuel à long terme des traitements des cancers du testicule

Mis en ligne le 27/03/2019

Auteurs : P. Beuzeboc

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La chimiothérapie standard des cancers du testicule peut-elle avoir des actions négatives retardées sur les cellules de Leydig ? 

Une méta-analyse récente (1) a montré qu'une chimiothérapie à base de cisplatine augmentait le risque de baisse des taux sanguins de testostérone et de traitement substitutif par rapport à une orchidectomie. Il a été rapporté que des taux bas de testostérone étaient associés au syndrome métabolique avec toutes ses conséquences…

Cette étude (2) a évalué, au cours d'un suivi de 5 ans, les variations des taux de testostérone et de LH après orchidectomie seule (n = 75) ou combinée à une chimiothérapie par BEP (3 cycles ; n = 81). Un groupe sélectionné présentant un dysfonctionnement modéré des cellules de Leydig (défini par une élévation de la LH > 8 UI/l) a été suivi sur une plus longue période (20 patients ont été traités par orchidectomie seule, 23 par BEP). Les patients étaient appariés avec un groupe contrôle d'hommes sains de même âge servant de témoins pour les taux de testostérone et de LH.

Pour les 75 patients atteints d'un cancer de stade I, il n'a pas été observé au cours des 5 ans de suivi des changements significatifs à la fois pour la testostérone et la LH.

Chez les 81 patients traités par BEP, il n'y a pas eu non plus de variation significative de la testostérone mais une baisse significative de la LH durant le suivi (− 24,2 %/an ; IC95 : − 38,5 ; − 9,9 ; p = 0,001) suggérant une récupération partielle de la toxicité sur les cellules de Leydig. Le taux de LH était 1,5 fois plus élevé que dans le groupe contrôle, ce qui correspond bien aux données de la littérature.

Pour les 23 patients traités par BEP ayant des perturbations modérées de la fonction des cellules de Leydig, une baisse significative de la testostérone a été observée (− 0,9 %/an ; IC95 : − 1,8 ; − 0,04 ; p = 0,04) alors que pour les 20 patients traités par orchidectomie seule, il n'a pas été constaté de modifications significatives des taux de testostérone et de LH.

L'étude permet de conclure que la testostérone reste stable après traitement par orchi­dectomie seule ou par BEP. En revanche, les patients ayant des perturbations modérées de la fonction des cellules de Leydig sont à risque de développer une insuffisance hormonale et justifient une surveillance biologique.

Commentaire. Le point faible de cette étude tient à son caractère rétrospectif. Il faut signaler que dans cette étude 11 % des patients ayant une tumeur de stade I et 15 % de ceux traités par BEP ont commencé un traitement substitutif androgénique.

Dans une précédente étude menée à long terme sur des patients survivant à une tumeur germinale, C. Nord et al. (3) avaient rapporté que 13 patients sur 373 (3 %) traités par des doses standard de chimiothérapie à base de cisplatine et 7 sur 251 (3 %) atteints d'un cancer en simple surveillance avaient reçu un traitement substitutif.

Références

1. Bandak M, Jørgensen N, Juul A et al. Testosterone deficiency in testicular cancer survivors - a systematic review and meta-analysis. Andrology 2016;4(3):382-8.

2. Bandak M, Jørgensen N, Juul A et al. Longitudinal changes in serum levels of testosterone and luteinizing hormone in testicular cancer patients after orchiectomy alone or bleo­mycin, etoposide, and cisplatin. Eur Urol Focus 2018;4(4):591-8.

3. Nord C, Bjøro T, Ellingsen D et al. Gonadal hormones in long-term survivors 10 years after treatment for unilateral testicular cancer. Eur Urol 2003;44:322-8.

Liens d'interêts

P. Beuzeboc n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.

auteur
Dr Philippe BEUZEBOC
Dr Philippe BEUZEBOC

Médecin
Radiothérapie
Hôpital Foch, Suresnes
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie urologie
Mots-clés