Tribune

Un système de santé
égalitaire et solidaire :
une chance pour les riches !

Mis en ligne le 13/04/2017

Auteurs : Pr André Grimaldi

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La santé s'est invitée dans le débat de l'élection présidentielle par le classique “trou de la Sécu”. Avant d'examiner le programme des candidats, il convient toutefois de réfuter 4 idées communément partagées :

D'après les statistiques officielles de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), nous étions en 2015 en sixième position, avec une dépense de 11,0 % du produit intérieur brut, derrière les États-Unis (16,9 %), la Suisse (11,5 %), le Japon (11,2 %), la Suède et l'Allemagne (11,1 % chacune). Et, en termes de dépenses de santé par habitant, nous sommes à la treizième place, avec 4 367 dollars, loin derrière les États-Unis (9 024 dollars) et l'Allemagne (5 119 dollars).

Depuis 10 ans, nous avons rejoint le taux moyen des pays de l'OCDE, avec une dépense totale de médicaments (ville et hôpital, médicaments remboursables) de 34,3 milliards d'euros (dont 0,2 milliard pour l'homéopathie), auxquels il convient d'ajouter 4 milliards de médicaments non remboursables, pour une dépense globale de santé de 195 milliards d'euros (en 2014). Les médicaments représentent environ 20 % des dépenses, mais nous continuons à être de très forts consommateurs d'antibiotiques et d'anxiolytiques.

En matière de santé, c'est l'inverse que l'on observe. La libre concurrence ne fait pas baisser les prix, elle les augmente, qu'il s'agisse des dépassements d'honoraires ou des tarifs des assurances privées (mutualistes ou à but lucratif). Pour la bonne raison que la santé est un bien supérieur et que la personne malade ou qui se croit malade est une personne anxieuse, prête à payer plus si elle pense que c'est mieux, quitte à s'endetter si nécessaire. Elle le fera, si ce n'est pour elle-même, du moins pour son enfant ou pour ses parents. En la matière, le concept de patient “consommateur éclairé”, surinformé grâce à Internet, est un mythe que ceux qui le propagent n'appliquent pas à eux-mêmes quand ils sont malades ou lorsque quelqu'un de leur famille est malade. C'est en raison de cette asymétrie relationnelle que les médecins prêtent serment d'appliquer à tous les patients “le juste soin au juste coût” et, en l'occurrence, au moindre coût pour la collectivité. Et c'est finalement la raison pour laquelle un système de santé égalitaire et solidaire est une chance pour les pauvres mais aussi pour les riches, permettant aux uns et aux autres d'être soignés non pas en fonction de leur argent mais de leurs besoins.

auteur
Pr André GRIMALDI
Pr André GRIMALDI

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Médecine générale,
Oncologie urologie
Mots-clés