Entretien / Interview

ATHS Biarritz, l'heure des bilans
Un entretien avec le Dr Jean-Pierre Daulouède

Mis en ligne le 02/01/2018

Mis à jour le 06/01/2018

Auteurs : Propos recueillis par Florence Arnold-Richez et Didier Touzeau

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  • L'homme du pays basque et citoyen du monde, grand gaillard jovial à l'accent légèrement chantant, parle avec une faconde intarissable, de l'histoire du “champ” des addictions et de la réduction des risques… Celui qu'ont labouré, depuis des décennies, ses pionniers, dont Le Courrier des addictions a retracé les parcours dans ses “Entretiens”, édition après édition, depuis près de 20 ans maintenant : Chuck O'Brien, Marc Auriacombe, Jackie Charles-Nicolas, Jean Adès, Philippe Jeammet, Gilbert Lagrue, Jean Dugarin, Amine Benyamina, Daniéle Ledit, Ivan Berlin, Anne-Laurence Le Faou… Et tant d'autres, puisque cet entretien est le 76e !
  • Clinicien, mais aussi chercheur, militant de la première heure pour une meilleure prise en charge et considération des personnes “addictes”, pour la promotion des traitements de substitution aux opiacés et les outils nouveaux et efficaces pour limiter les dommages et risques liés aux pratiques addictives, Jean-Pierre Daulouède n'aime pas… les frontières : celles qui bornent les querelles d'“écoles” idéologiques stériles, préjudiciables aux patients et usagers, celles qui dressent des montagnes entre les pays et les hommes qui y vivent. En particulier les Pyrénées, qu'il franchit si souvent pour “trabajar mano a mano” avec ses homologues et amis d'Espagne, ou encore les espaces aériens pour échanger avec des mentors et amis américains de longue date : en particulier, les Prs Chuck O'Brien, de Philadelphie, ou Marie-Jeanne Kreek, de New York, qui l'ont beaucoup aidé, lui et tous les amis “pionniers”, dans la construction d'une voie française de l'addictologie. Ou encore pour prêter main forte à la mise en œuvre à Hô Chi-Minh-Ville, au Vietnam, d'un centre de traitement intégré d'héroïnomanes injecteurs prenant en charge les sida, les tuberculoses et, bientôt, les hépatites, et introduisant la méthadone et la suboxone1.
  • Sa marque de fabrique est d'ailleurs la fidélité : à ses idéaux humanistes, aux causes humanitaires et à ses amis de Médecins du monde, au réseau des cliniciens et chercheurs qui regardent dans les mêmes directions, à ceux qui l'ont toujours soutenu, Bernard Kouchner, Patrick Aeberhard...
  • Aujourd'hui, il vient de “boucler” la 13e édition du colloque Addictions Toxicomanies Hépatites Sida (ATHS). Un chiffre porte-bonheur ?

Les artistes œcuméniques

Treizième colloque Addictions Toxicomanies Hépatites Sida, les 17, 18, 19 et 20 octobre derniers : un chiffre porte-chance pour un bilan… sans concession ?

Jean-Pierre Daulouède. Franchement, nous pouvons le dire : cette année, nous avons été comblés par cette édition d'ATHS, qui a rempli au maximum son “contrat” fondateur : faire se rencontrer, pour de vrais échanges transdisciplinaires, les experts et professionnels des sciences, de la clinique, de la politique des drogues et du militantisme. Nous avons réuni cette année plus de 800 participants venus d'une quinzaine de pays de tous les continents, pour 4 jours de débats, conférences, sessions de posters et ateliers (encadré). Nous avons tenu le cap des plénières consacrées à la recherche de très haut niveau, l'infectiologie (VIH, hépatites), la réduction des risques, la politique des drogues, avec des intervenants triés sur le volet : “Overdoses, problématique d'actualité en Europe et dans le monde”, “Actualités des traitements dans la prise en charge des addictions, “Actualités des traitements des addictions à ­l'alcool”, “Neurobiologie”, “Pathologies duelles”, “L'addiction comme maladie du cerveau : un postulat en manque… de preuves ?”, “Politique des drogues”...

Nous avons, comme à chaque THS, consacré, en lever et en retombée de rideau, de grands débats de société très “concernants” (“Le cannabis aujourd'hui en France et dans le monde”, “United Nations General Assembly Special Session on Drugs [UNGASS] 2018, vers un basculement mondial de la politique des drogues ?”). Sans oublier les multiples ateliers, sessions de posters, symposiums satellites (Indivior, Gilead). Et la projection du film, Biarritz surf gang, de Nathan Curren et Pierre Denoyel, un documentaire percutant sur la “folie surf à Biarritz” dans les années 1980, qui présente, sans artifice, les liaisons dangereuses qui peuvent se nouer entre ce sport et les addictions. Particulièrement à propos dans ce congrès qui surplombe la Grande Plage de ce haut lieu des rouleaux!

La force d'ATHS est d'avoir toujours été “incluant”, et surtout pas “excluant”, ouvert à la recherche la plus innovante, aux expérimentations, mais aussi à ce que l'on appelle la société civile, le monde de la culture ! Nous restons et resterons une manifestation profondément “œcuménique”. Et dans cette affaire, je nous mets, nous, les organisateurs, en position d'impré­sarios : aux “artistes” que nous choisissons de se produire… Le public aimera ou critiquera !

Alors, quels ont été les “artistes” qui se sont produits sur les scènes du 13e ATHS et les “partitions” les plus marquantes qu'ils ont “jouées” ?

Jean-Pierre Daulouède. Nous avons eu le plaisir d'accueillir, cette année encore, des personnalités parmi les meilleures de leur champ, comme Isabelle Giraudon, de ­l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies, Daniel Dhumeaux, Bernard Roques et Didier Jayle, de Paris, Luis Stinus, de Bordeaux, Michel Mallaret, de Grenoble, Jean-Jaques Déglon, de Genève, Ivan Montoya, de Bethesda (NIDA), Roger Weiss, de Harvard, Nicolas Authier et George Brousse, de Clermont-Ferrand, Mimi Pierce, Wim Van Den Brink et Jason Farrell, d'Amsterdam, Rafaël Maldonado et Constanza Daigre de Barcelone, Nestor Szerman, de Madrid, Christian Trepo, de Lyon, Didier Laureillard, de Montpellier, Perrine Roux et Patrizia Carrieri, de Marseille, Don Des Jarlais et Carl Hart de New York, Adrian Dunlop, de Sidney, Andrew Freedman, de Denver, Milton Romani de Montevideo, Rodrigo Guerrero, de Cali, Icro Maremmani, de Pise, etc. Il m'est très difficile de tous les citer !

Nous avons pu avoir une très belle session, coprésidée par Amine Benyamina, de Villejuif et Jean-Marc Orgogozo, de Bordeaux, sur l'actualité des traitements de l'alcoolodépendance, la “saga” du baclofène, de la recommandation temporaire d'utilisation (RTU) à la prochaine autorisation de mise sur le marché, avec le problème de la limitation de la posologie maximale à 80 mg/jour, en passant par ses procédures d'évaluation. Très “saillante” également, la session consacrée à l'infectiologie (“VHC : dépister, traiter et guérir pour prévenir ?”), présidée par le Pr Christian Trepo. Et celle sur la neurobiologie, avec des communications sur l'addiction au sucre (Serge Ahmed, Bordeaux), le ­substrat neurobiologique impliqué dans l'addiction à l'alimentation (Rafaël Maldonado, Barcelone), et, piste de recherche majeure et très prometteuse, la potentialisation des opioïdes endogènes comme nouvelle voie dans le traitement des douleurs aiguës ou chroniques et son extension à d'autres domaines (Bernard Roques).

Et des regrets ou des frustrations ?

Jean-Pierre Daulouède. Pas de regrets, mais toujours cette frustration de ne pouvoir suivre, en dehors des plénières, la totalité des 20 ateliers, certains étant présentés simultanément. Difficile de choisir, hélas ! D'où notre innovation de cette année : nous avons enregistré en permanence les plénières et une autre session qui se tenait en parallèle en audiovisuel, consultables en ligne sur . J'ai tout de même 2 regrets : que Chuck O'Brien et Marie-Jeanne Kreek, nos parrain et marraine, n'aient pu cette année, pour des raisons de santé et de famille, se déplacer à Biarritz.

Les imprésarios pensent déjà... à 2019 !

Quels projets (et rêves) faites-vous pour la 14e édition de 2019 ?

Jean-Pierre Daulouède. En premier lieu : améliorer encore la qualité des débats, en particulier sur les politiques des drogues, et militer pour que celles-ci soient fondées sur des données scientifiques, des “evidence-based data”, et non plus sur des présupposés idéologiques, ce dont nous avons tant souffert depuis de si nombreuses années !

Deuxième point : nous aimerions aussi négocier plus franchement encore notre tournant numérique, en mettant tous nos contenus sur Internet.

Ensuite, nous voudrions renforcer, dès maintenant, cette approche œcuménique qui a toujours été la nôtre, pour que science et humanisme ne soient pas en opposition. Pas d'humanisme sans raison ni science. La liberté a ses racines dans la raison, mais c'est la personne humaine qui doit toujours être placée au centre de toute initiative. Il faut, par là même, que l'actualité scientifique, fondamentale comme clinique, se trouve toujours au rendez-vous et au plus haut niveau.

Enfin, nous allons travailler pour ouvrir plus grand encore nos portes à la recherche communautaire, par laquelle les usagers de drogues ne sont pas des objets d'expérience mais des sujets impliqués dans leurs parcours, dans leur sort. Des acteurs.

Comment fonctionne ATHS, sur le plan organisationnel ?

Jean-Pierre Daulouède. Le premier THS (qui ne s'appelait pas encore “ATHS”), qui s'est tenu en 1993, à Saint-Tropez, fut initié par le Dr Jean-Marie Guffens, aujourd'hui décédé, et dont le portrait figure toujours, avec celui de Pierre Pradier, cofondateur de Médecins du monde (il ne vous a pas échappé que j'étais, “quelque part”, un obsessionnel de la fidélité !), de part et d'autre de la tribune… Nous avons repris à Biarritz l'organisation de ce congrès en 2007, pour la huitième édition, remis d'équerre la comptabilité et les procédures organisationnelles et, depuis, nous le renouvelons tous les 2 ans. Nous avons maintenu – fidélité, toujours, mais aussi conviction ! – tous les caps définis, dès l'origine, par cette manifestation : transdisciplinarité, rencontre des sciences fondamentales et appliquées, de la biologie aux sciences humaines, donner toute leur place aux usagers, à la société civile et à la culture, point qui tenait beaucoup à cœur à Jean-Marie. Et à son ami Roda-Gil, décédé en 2004, génial parolier (entre autres de Julien Clerc, Gérard Lenorman, Johnny Halliday, etc.), fils d'un réfugié catalan, et au départ, membre organisateur des THS. C'est dire…

Sur le plan de nos modalités d'orga­nisation : là encore, continuité dans l'aspect collégial du montage de toutes les sessions. ATHS est toujours une coconstruction : le comité scientifique, qui regroupe plusieurs dizaines de personnes, se réunit 2 à 4 fois dans l'année précédant le colloque pour décider du programme, des intervenants à solliciter. Par ailleurs, nous sommes amenés à nous rencontrer très souvent dans telles ou telles réunions, au fil des mois, en dehors de ces réunions statutaires. La cohérence finale est assurée par notre comité d'organisation de Bayonne, avec l'assistance, sur le plan scientifique, des Prs Marc Auriacombe, de Bordeaux, et Amine Benyamina, de Villejuif, coprésidents du comité scientifique. Mais nous laissons une grande liberté d'initiative pour la mise sur pied des ateliers (une vingtaine, en moyenne), car il est important de ne pas “corseter” la créativité et les envies de travailler sur des thèmes nouveaux.

Sur le plan matériel, nous avons institué une “task-force”, avec Arkaitz Aguerretxe Colina (secrétaire général adjoint et ­directeur adjoint du colloque), Cécilia Maitre (sa codirectrice adjointe), de Bayonne, et, dans l'ombre, mais précieuse, avec Marcelle Renier pour la partie gestion, comptabilité et administration, et Cyril Olaizola, infirmier addictologue, en charge de la réduction des risques et des actions transfrontalières, du CSAPA-CAARUD Bizia. Le comité d'organisation, est, pour le résumer en une phrase, du “fait main Bizia”.

Et sur le plan financier ? Vous avez bon espoir de ce côté-là ?

Jean-Pierre Daulouède. C'est nous qui portons le colloque financièrement, à Bayonne. Lorsqu'il n'est pas en déficit, c'est pour nous une force, mais, dans le cas contraire, ce peut être aussi une faiblesse. Or, nous sommes toujours suspendus, comme tout le monde, à des évolutions, pas forcément favorables, des budgets. Cette année, tout va bien, mais il faudra voir ce qu'il en sera pour la 14e édition de 2019. Il est trop tôt pour le dire.

Le budget global tourne autour de 300 000 euros. Nous avons bénéficié, pendant des années, du soutien du maire de Biarritz, Didier Borotra, qui mettait gratuitement à notre disposition le magnifique et très fonctionnel Palais des congrès de Biarritz dans lequel nous nous réunissons (soit l'équivalent d'une subvention de 60 000 euros). La municipalité de Biarritz et son maire actuel, notre ami Michel Veunac, ont décidé de poursuivre ce soutien, malgré les sévères restrictions budgétaires que connaissent les collectivités territoriales, en prenant en charge 70 % du coût du Palais des congrès, ce qui représente pour nous une aide précieuse et déterminante. Cela nous permet d'assurer un accueil de très bonne qualité aux congressistes qui nous disent, pour beaucoup, qu'ils s'y sentent “chez eux”. À notre grande satisfaction, nous avons enregistré, cette année, beaucoup d'inscriptions personnelles et institutionnelles de congressistes. Le conseil régional d'Aquitaine et son président, Alain Rousset, nous accordent régulièrement un soutien très conséquent et déterminant. Nous avons aussi des subventions à hauteur de 10 000 euros de l'Agence régionale de santé (ARS), de 6 000 euros du conseil départemental, de 2 000 euros de France Recherche Nord & Sud Sida-HIV Hépatites (ANRS), et de 35 000 euros du National Institute of Health/National Institute on Drug Abuse/ (NIH/NIDA) américain. Le reste, – important ! – du budget est couvert par la vente des paks stands – symposiums, inscriptions des congressistes… Bien sûr, il faudrait aussi chiffrer l'engagement de l'équipe de Bizia, son bénévolat, puisque nous ne recourons à aucun organisme prestataire de services.

Après le bilan, les perspectives

Quelles perspective pour l'addicto­logie en France ?

Jean-Pierre Daulouède. J'espère que les progrès de la recherche scientifique permettront d'améliorer l'efficacité des traitements, bien sûr, mais aussi de participer à la “déstigmatisation” des usagers et patients, de mieux étayer les politiques des drogues. En particulier, j'espère que l'on va concrètement et globalement œuvrer pour que la prohibition, qui a fait plus de torts aux démocraties et aux personnes qu'elle ne les a protégées, soit définitivement remise en cause. J'ajoute que ces “guerres à la drogue” servent à prolonger les politiques discriminatoires, “racialistes” au détriment des noirs aux États-Unis : il y a plus d'adultes africains-américains sous main de justice aujourd'hui – en prison, en mise à l'épreuve ou en liberté conditionnelle – qu'il n'y en avait qui étaient réduits en esclavage en 1850 (en 2006, 1 homme noir sur 14 était en prison, contre 1 blanc pour 106), comme l'explique Michelle Alexander, dans La Couleur de la justice, best-seller paru aux États-Unis sous le titre de The New Jim Crow, publié en français au printemps dernier (éditions Syllepse) [cf. la rubrique “Livres” du volume 19, numéro 3]. Ces “politiques des drogues” sont aussi toxiques dans nos banlieues ! Mais attention ! Attendre plus de la science et la savoir facteur de progrès social ne signifient pas qu'il faille, à terme, médicaliser tous les usages de drogues comme s'ils étaient forcément des maladies addictives, ce qui n'est pas le cas !

En ce qui concerne les traitements des patients, nous devons consolider les prises en charge psychothérapeutiques par des approches globales : les entretiens motivationnels, par exemple, sont venus nous rappeler que ­l'alliance thérapeutique était bien plus efficace que les rapports de confrontation du sachant-soignant à l'ignorant-patient. Enfin, en ce qui concerne les perspectives pharmacologiques, nous avons beaucoup à gagner en termes d'efficacité et de sécurité des médicaments de la dépendance aux opioïdes, à l'alcool, au tabac et de la mise au point de traitements des addictions aux psychostimulants, pour lesquelles nous sommes vraiment démunis. Je rappelle que, pour la dépendance à l'alcool, les nouvelles molécules de réduction du craving (baclofène, nalméfène, naltrexone) ont permis une révolution... quasi copernicienne, qu'il faut encore améliorer, mieux ajuster ! Enfin, la piste de la prise en charge médicamenteuse du craving, pour toutes les addictions, est une perspective majeure de l'addictologie.

Et pour la réduction des risques ?

Jean-Pierre Daulouède. Il faut que tous les outils que nous avons à notre disposition (salles de consommations, programmes ­d'héroïne médicalisée, de réduction des risques à distance, par voie postale, testing, kits de consommation, kits de naloxone pour lutter contre les overdoses, etc.) soient utilisés largement, en fonction de leur efficacité, et non plus soumis à une évaluation morale ou idéologique. Il ne suffit pas que le Nalscue® ait obtenu récemment son autorisation de mise sur le marché pour qu'il soit à la disposition des personnes qui peuvent en avoir besoin. La perspective est donc, en premier lieu, d'en obtenir le décret d'application, ensuite de permettre sa mise à la disposition des personnes qui doivent pouvoir l'administrer aux usagers en situation d'overdose. Enfin, nous allons devoir explorer la piste de la possibilité d'une auto-­administration pour les personnes isolées et organiser des formations ou informations circonstanciées à destination des usagers. Pour le moment, les Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) ont obtenu un budget des ARS pour en acheter, mais quid des Centres de soins d'accompagnement et de prévention en addicto­logie en ambulatoire (CSAPA) et des médecins de ville ? Autant de sujets que nous avons évoqués au cours de cet ATHS.

auteurs
Dr Didier TOUZEAU

Médecin, Addictologie / toxicomanies et alcoologie, Groupe hospitalier Paul Guiraud, Villejuif, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Addictologie,
VIH
thématique(s)
Toxicomanie
Mots-clés