Editorial

Vaccination : “Le mal français”

Mis en ligne le 31/12/2020

Auteurs : Pr Vincent Descamps

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“Le mal français” : cette locution fait référence à l'ouvrage d'Alain Peyrefitte qui s'interrogeait ainsi : “Pourquoi ce peuple vif, généreux, doué, fournit-il si souvent le spectacle de ses divisions et de son impuissance ?” [1]. L'histoire de la vaccination et la confiance ainsi que la défiance vis-à-vis de son utilisation en France sont un exemple supplémentaire du caractère inventif et brillant, mais aussi toujours critique et parfois paradoxal de l'esprit français.

La vaccination débute en Angleterre au XVIIIe siècle grâce à l'intuition d'un médecin de campagne anglais qui observe que les vaches font une forme bénigne d'une maladie dévastatrice, la variole, et que les fermiers en contact régulier avec cette maladie, la vaccine, ne développent pas de variole. Lorsque la vaccine est inoculée par l'intermédiaire de petites incisions cutanées, la personne traitée ne développe pas la variole au contact de sujets qui en sont atteints.

C'est ainsi que naît au XIXe siecle le mot "vaccination" en l'honneur de Jenner. Mais c'est en France que cette vaccination sera étudiée sur le plan académique par Louis Pasteur qui la définira ainsi : comme “des virus affaiblis ayant le caractère de ne jamais tuer, de donner une maladie bénigne qui préserve de la maladie mortelle”. Après ses travaux sur la maladie du charbon, qui était elle aussi dévastatrice pour les élevages, il met au point le premier vaccin vivant atténué contre la rage.

De nombreux disciples de Louis Pasteur vont poursuivre son œuvre : Émile Roux, Alexandre Yersin ou encore Gaston Ramon.

Il est paradoxal, dans un pays qui a vu se développer les débuts de la vaccination, qui a constaté ses succès et qui s'est doté d'une politique vaccinale active, avec encore en 2019 une campagne nationale, “La meilleure protection, c'est la vaccination”, qu'une grande défiance vis-à-vis de la vaccination reste vivace.

Ainsi, le bilan de la politique vaccinale en termes de niveau de couverture est très contrasté [2].

Les taux des vaccinations obligatoires réalisées dans l'enfance (diphtérie, tétanos, poliomyélite, Haemophilus influenzae B) étaient de 98,6 % en 2018, et de 99,4 % pour le pneumocoque. La vaccination contre le méningocoque C a bien progressé : elle est passée de 39,3 % en 2017 à 75,7 % en 2018. En revanche, les niveaux des vaccinations contre la coqueluche (70 % à l'adolescence) et l'hépatite B (88 % en 2015) restent insuffisants. Pour le ROR, 90 % des enfants ont reçu la première dose, alors qu'il faut 2 doses (78 %) pour couvrir efficacement ce risque et 95 % pour avoir une bonne couverture vaccinale. Ainsi, le virus de la rougeole circule toujours en France. La vaccination contre le papillomavirus est un échec, avec une couverture de 29,1 % chez les jeunes filles. De même, la vaccination contre la grippe reste insuffisante chez les sujets âgés ou à risque. Trois quarts des parents adhèrent à l'idée que les vaccinations permettent de réduire les épidémies (77 %). Deux tiers des parents (67 %) déclarent être favorables à l'obligation vaccinale. Ces chiffres témoignent de la persistance d'une certaine défiance.

Nous avons bien sûr, en tant que dermatologues, un rôle majeur à jouer pour promouvoir la vaccination des maladies à expression cutanée (rougeole, rubéole, varicelle/zona, papillomavirus) ; mais nous devons aussi être proactifs chez nos patients traités par immunosuppresseurs pour contrôler le carnet de vaccination et prévenir les infections à risques.

La pandémie de Covid-19 va probablement faire évoluer les mentalités. Nous voilà de nouveau confrontés à une infection contagieuse dévastatrice à l'échelle mondiale, dont la solution sera probablement la mise à disposition, nous l'espérons rapide, d'un vaccin efficace et bien toléré. La grande attente suscitée par ce vaccin confirme que dans une situation de crise sanitaire la confiance vis-à-vis du vaccin l'emporte largement. Les ruptures de stock cet automne des vaccins antigrippaux témoignent bien du potentiel “contagieux” du regain d'intérêt pour la vaccination.

Références

1. Peyrefitte A. Le Mal français. Paris : Plon, 1976.

2. Gouvernement.fr. La couverture vaccinale est en nette augmentation en France. 19 avril 2019. https://www.gouvernement.fr/la-couverture-vaccinale-est-en-nette-augmentation-en-france

Liens d'interêts

V. Descamps déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

auteur
Pr Vincent DESCAMPS
Pr Vincent DESCAMPS

Médecin
Dermatologie et vénéréologie
Hôpital Bichat-Claude Bernard, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Dermatologie,
Vaccinologie