Editorial

ASCO® 2019 : la cancérologie pédiatrique à la une

Mis en ligne le 31/07/2019

Auteurs : Pr Jean-­François Morère

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La cancérologie pédiatrique a longtemps été le parent pauvre de l'innovation thérapeutique, les principales molécules ayant d'abord été développées chez les adultes avant d'être éventuellement adaptées à l'enfant.
Depuis peu, cette tendance s'est modifiée avec la réalisation d'innovations thérapeutiques appliquées aux enfants et adolescents. En témoignent 2 études mises en exergue par la Société américaine d'oncologie clinique.

La première est l'étude MATCH du NCI-Children's Oncology Group, qui a commencé en 2017. Son objectif était d'identifier des altérations génétiques par le séquençage de tumeurs réfractaires au traitement chez l'enfant, l'adolescent et le jeune adulte. Les investigateurs estimaient alors qu'ils pouvaient espérer mettre en évidence des cibles chez 10 % de ces sujets afin de leur proposer une thérapie ciblée en cours d'investigation. 422 patients sont entrés dans l'étude. Leur âge varie de quelques mois à 21 ans. 100 patients (24 %) étaient atteints de tumeur cérébrale, 300 (71 %) avaient d'autres tumeurs solides, et 21 (5 %) étaient atteints de lymphomes ou de désordres histiocytiques rares. Les biopsies tumorales de 390 patients ont été soumises à un séquençage de l'ADN et de l'ARN sur plus de 160 gènes (panel Oncomine Thermofisher Scientific), ceci pour permettre d'identifier des altérations qui pourraient matcher (d'où la dénomination de cette étude) avec 10 thérapies ciblées retenues pour cette étude, à savoir :

  • le larotrectinib, ciblant NTRK ;
  • l'erdafitinib, ciblant FGFR ;
  • le tazémétostat, ciblant EZH2 et d'autres gènes complexes ;
  • le samotolisib (LY-3023414), ciblant les voies PIK3/MTOR ;
  • le sélumétinib, ciblant la voie MAPK ;
  • l'ensartinib, ciblant ALK et ROS ;
  • le vémurafénib, ciblant les mutations de BRAF ;
  • l'olaparib, ciblant les altérations de la réparation de l'ADN ;
  • le palbociclib, ciblant les gènes du cycle cellulaire ;
  • l'ulixertinib, ciblant lui aussi la voie MAPK.

L'examen tumoral a pu être réalisé chez 357 patients (92 %), et, contre toute attente, une altération génique ciblable a été découverte chez 29 % d'entre eux. Finalement, 95 % de ces patients ont été éligibles pour recevoir l'un des 10 traitements prévus dans cet essai. Ces altérations ciblables ont été détectées chez plus de 40 % des patients atteints de tumeur cérébrale et plus de 25 % des patients atteints d'autres types de cancer. Aucune différence n'a été observée concernant la détection selon l'âge des patients. Les altérations plus souvent mises en évidence sont des mutations du gène RAS, du gène BRAF, des mutations et des délétions de SMARCB1 et des mutations de NF1. Au total, près d'un quart des patients (exactement 24 %) ont pu bénéficier de l'attribution d'un traitement ciblé. L'étude MATCH se poursuit pour enrôler au moins 1 000 patients. Les investigateurs prévoient à l'avenir d'ajouter de nouvelles thérapies ciblées afin d'optimiser les résultats thérapeutiques dans cette étude. Ils prévoient aussi de pouvoir utiliser à l'avenir des combinaisons thérapeutiques soit de médicaments, soit même d'immunothérapie.

Les résultats de la 2e étude ont aussi particulièrement retenu l'attention. Il s'agit d'un essai de phase I d'un nouveau médicament inhibant ROS1, ALK et TRKA. Les récepteurs de la tropomyosine appelés NTRK1-3 de la famille des neutrophines sont des cibles qui nous avaient déjà été présentées il y a 2 ans. Les gènes qui codent pour NTRK1-3 produisent, par fusion avec d'autres gènes, des protéines anormales qui stimulent la division cellulaire. 29 patients âgés de 4,9 mois à 20 ans sont entrés dans l'étude. Les résultats sont spectaculaires, puisqu'il s'agit de malades réfractaires. En effet, sur 6 tumeurs du système nerveux central, 1 réponse complète et 4 réponses partielles ont été observées ; dans 8 autres tumeurs solides, 1 réponse complète et 5 réponses partielles sont acquises. En revanche, les résultats sont moins importants dans cette étude de phase I pour les neuroblastomes, puisque seule 1 réponse complète a été observée chez 15 patients. De rares effets indésirables de grade 3 et 4 liés au traitement ont été observés : 3 neutropénies, 1 thrombopénie, 1 cas de dyspnée, 1 d'œdème pulmonaire.

On le voit, ces résultats sont très prometteurs et font naître l'espoir d'une vraie médecine de précision chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes atteints de cancer.


Liens d'interêts

J.F. Morère déclare avoir des liens d’intérêts avec Roche et Pierre Fabre.

auteur
Pr Jean-François MORÈRE
Pr Jean-François MORÈRE

Médecin
Radiothérapie
CHU Paul Brousse, Villejuif
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie générale,
Pédiatrie