Dossier

La place des soins de support

Mis en ligne le 16/12/2018

Mis à jour le 20/12/2018

Auteurs : F. Scotté, P. Leroy, M. Chastenet, L. Aumont, K. Legeay, M. Parichon, T. Maupoint de Vandeul, A. Baléa, S. Hans, P. Beuzeboc

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Les soins de support représentent une part nécessaire et importante de la lutte contre la maladie cancéreuse et ont, de facto, une section spécifique lors du congrès de l'ESMO regroupant sessions orales, posters discussions et posters mais également des sessions éducatives. Voici les nouveautés sur les pratiques cliniques en antiémétiques et pour la période de l'après-cancer ainsi que plusieurs travaux sur des facteurs prédictifs.

Le congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO) devient, année après année, un temps majeur de rencontre du milieu oncologique européen et mondial. Les soins de support y tiennent une place importante, comme l'a rappelé le président de l'association, Josep Tabernero. Voici les temps forts de cette édition 2018.

On parlera dans cet article d'une importante étude sur les prescriptions d'antiémétiques dans la vie réelle, avec un nécessaire regard critique sur le manque de respect des recommandations internationales. On abordera également les facteurs prédictifs de toute sorte – fatigue, survie, cachexie – ainsi que plusieurs informations pêchées sur les posters au détour des couloirs.

Mention spéciale à la session Challenge your expert animée par Vincent Sibaud, de l'institut universitaire de cancérologie de Toulouse, qui a donné une leçon magistrale sur les toxicités cutanées devant une salle remplie et en travaillant avec une grande interactivité en s'appuyant sur une iconographie exceptionnelle.

Session orale

Prophylaxie antiémétique

La première étude retenue par le comité scientifique avait pour sujet les antiémétiques et leur prescription au quotidien (Aapro M et al., abstr. 1681O). Cette étude observationnelle, menée dans 5 pays européens (France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni), avait pour objectif d'évaluer les prescriptions antiémétiques prophylactiques dans la vie réelle, au cours des chimiothérapies hautement émétisantes (protocoles à base de cisplatine et protocole avec association anthracycline + cyclophosphamide) et modérément émétisantes à base de carboplatine.

Il est important de rappeler que les recommandations internationales MASCC-ESMO (1) préconisent l'utilisation d'une triple association sétron + corticoïde + inhibiteur de neurokinine de type 1 pour la prophylaxie antiémétique en première ligne dans les 3 types de traitements évalués. L'analyse a porté sur l'extrapolation des dossiers de 46 503 patients représentant 1 468 522 chimiothérapies réparties en 37,6 % de cisplatine, 26,9 % de schémas associant anthracycline et cyclophosphamide et 31,5 % de schémas à base de carboplatine (figure 1).

Les résultats montrent que 13 % des patients sous cisplatine ne reçoivent aucune prophylaxie anti­émétique et 48 % supplémentaires ne reçoivent pas d'inhibiteurs de la neurokinine de type 1. D'une manière générale, en reprenant les 3 schémas de chimiothérapie, ce sont 12 % des patients qui ne reçoivent aucun anti­émétique et 68 % qui ont une couverture incomplète (aucun antiémétique ou absence de prescription d'inhibiteur du récepteur de la neurokinine de type 1).

Il est par ailleurs intéressant de noter que lorsque les patients reçoivent un antagoniste des récepteurs de la neurokinine de type 1, l'association n'est correcte (triple association) que dans 18 % des cas (sur les 39 % qui en bénéficient) !

Ces résultats de vraie vie sont inquiétants, car ils rappellent que les recommandations ne sont, dans la pratique clinique, pas respectées, alors qu'elles sont fondées sur les preuves obtenues par la recherche clinique : les habitudes de prescription ne changent pas.

En effet, seuls 52 % des cliniciens considèrent que le cisplatine est une molécule hautement émétisante, 52 % estiment que le protocole anthracycline + cyclophosphamide est hautement émétisant et 57 %, que le carboplatine est modérément émétisant (figure 2). Le niveau de prescription des antiémétiques découle donc de cette perception erronée.

Ces résultats diffèrent peu d'un pays européen à l'autre. En France, un inhibiteur de la neurokinine de type 1 est utilisé dans :

  • 50 % des chimiothérapies à base de cisplatine ;
  • 69 % des chimiothérapies à base d'association anthracycline + cyclophosphamide (meilleur taux européen) ;
  • 34 % des chimiothérapies à base de carboplatine.

Les référentiels de l'Association francophone pour les soins oncologiques de support vont dans le même sens pour les prescriptions prophylactiques antiémétiques. Reste à connaître, intégrer dans les prescriptions systématiques des centres et appliquer au quotidien ces recommandations. Les patients n'en seront que mieux protégés.

Diarrhées chimio-induites

Après les vomissements, le transit bas et une tentative de réponse à la question posée sur la place des probiotiques dans les diarrhées chimio-induites (Sharma A et al., abstr. 1682O).

Une étude indienne randomisée en double aveugle contre placebo avait pour objectif d'évaluer l'efficacité d'un traitement préventif par probiotiques à la posologie de 2 sachets par jour, par rapport à un placebo (à la même posologie). La place des probiotiques a été rappelée par l'orateur qui a présenté l'étude (2). Au total, 291 patients ont été randomisés entre placebo et probiotiques, et évalués à l'inclusion, plus 2 semaines avant le début de la chimiothérapie à base de fluorouracil et d'irinotécan, puis au début de chacun des 3 cycles et jusqu'à 2 semaines après le troisième cycle de chimiothérapie. Chaque sachet administré comprenait, sous forme lyophilisée, 900 millions de lactic acid bacteria et de bifidobactéries : Lactobacillus acidophilus DSM 24735, L. paracasei DSM 24733, L. plantarum DSM 24730 et L. delbrueckii subsp. bulgaricus DSM 24734, Bifidobacterium longum DSM 24736, B. infantis DSM 24737, B. breve DSM 24732 et Streptococcus thermophilus DSM 24731.

Les profils tumoraux ont été relativement bien équilibrés dans les 2 bras de traitement, avec des cancers colorectaux, de l'appareil digestif haut (œsophage et estomac) et ORL. Les patients des 2 bras étaient très jeunes (âge moyen de 46 ans dans les 2 cohortes).

Les critères principaux portaient sur l'efficacité face à la survenue de diarrhées de grade 3 (objectif non atteint, p = 0,088) et de diarrhées de grade 4 (objectif à la limite de la significativité, p = 0,05). Les critères secondaires, qui portaient sur la diminution de l'incidence des diarrhées tous grades confondus et de grade 1 ou 2, ont quant à eux été atteints (respectivement p = 0,019 et p = 0,016).

Les taux de VEGF sériques et fécaux post-thérapeutiques, par rapport à l'inclusion, ont chuté dans le bras probiotiques alors qu'ils ont augmenté dans le bras placebo (p < 0,001), de même que la calprotectine (marqueur de l'inflammation relargué par les neutrophiles et impliqué dans l'augmentation du volume des selles). Aucune augmentation du taux de complications infectieuses n'a été enregistrée chez les patients traités par probiotiques.

Jörn Herrstedt, le discutant de l'étude, a pourtant estimé qu'il était trop tôt et que ces résultats étaient insuffisants pour changer les pratiques et les recommandations qui viennent d'être publiées (3).

Impact post-traumatique

L'impact post-traumatique (PTG) et l'angoisse de mort (DAN) des proches de patients atteints de cancer ont été étudiés dans le cadre de l'étude PHOENIX (Alkan A et al., abstr. 1539O). Les proches participant ont suivi des questionnaires structurés selon le PTG Inventory et l'échelle DAN. Ces 2 entités ont été groupées en 2 classes : élevée et faible.

En analyse univariée, les facteurs associés significativement à l'angoisse de mort ressentie par les proches étaient l'âge (≥ 65 ans, p = 0,011) et le sexe féminin (p = 0,004), de même que les revenus faibles (p = 0,001), l'absence de travail (p = 0,002) et un score PTG élevé (p = 0,002).

Seul le sexe féminin est toutefois ressorti de l'analyse multivariée (OR = 1,6 ; IC95 : 1,1-2,8 ; p = 0,049).

L'impact post-traumatique n'a quant à lui été associé qu'à un score élevé d'angoisse de mort en analyse multivariée (p = 0,03).

Un score élevé d'angoisse morbide a été associé à une meilleure image de soi, à une meilleure philosophie de vie et à des changements positifs dans les relations humaines.

Prédiction de la survie en situation métastatique

Un travail utilisant l'intelligence artificielle pour prédire la survie en situation métastatique a également été rapporté (Gensheimer M et al., abstr. 1512O). La prédiction de la survie peut effectivement modifier les stratégies thérapeutiques. Cette étude, menée par une équipe de Stanford, a intégré 4 126 variables prédictives, à savoir des données démographiques, des signes vitaux, les données biologiques, les comédications, des codes de dia­gnostic et de procédure et des commentaires libres. Au total, 12 588 patients ont été intégrés à l'étude, dont la médiane de survie en situation métastatique a été de 20,9 mois. Quatre cohortes prédictives ont ainsi été définies, allant d'un pronostic sombre, avec une survie inférieure à 3 mois, à un pronostic plus optimiste, avec une survie supérieure à 12 mois. Une étude à suivre.

Relation soignant-soigné et décisions partagées

Faut-il entraîner les oncologues à la relation soignant-soigné, notamment dans le cadre des décisions partagées (“shared decision making”) ? Ces dernières apporteraient une meilleure satisfaction du patient, un meilleur bien-être et une attention particulière au contrôle des symptômes. Une équipe hollandaise a tenté d'apporter des réponses à cette question, et d'évaluer l'effet de l'accompagnement des patients (Van Laarhoven H et al., abstr. 1511O). Le modèle de décision partagée suit 4 étapes :

  • fixer un calendrier de ces décisions ;
  • informer sur les différentes options ;
  • évaluer les préférences du patient en termes de construction et de support ;
  • accepter et appliquer les décisions prises.

Cette étude randomisée en 2 temps avait pour objectif principal d'évaluer l'efficacité de l'aide à la communication offerte au patient et de l'entraînement du praticien à la prise de décision partagée chez les patients atteints de cancer au stade avancé. Les groupes ont été randomisés en 2 temps : entre oncologues entraînés et non entraînés, puis entre patients aidés à la communication et non aidés.

L'évaluation a été menée par un groupe d'observateurs en aveugle de la décision partagée observée (objectif principal) puis de la décision partagée rapportée par le patient, l'évaluation de la décision du patient (Decisional Conflict Scale), la satisfaction du patient (questionnaire PSQ [Patient Satisfaction Questionnaire]) et la durée de consultation (en minutes).

Trente et un praticiens ont été randomisés (âge moyen : 42 ans, avec une médiane de 8 ans d'expérience). Deux cent quarante et un patients (âge médian  : 64 ans), dont la majorité étaient suivis pour un cancer digestif et 11 % pour un cancer gynécologique, ont été randomisés entre les groupes.

L'objectif principal a été atteint, avec un effet global positif en faveur de l'entraînement des praticiens sur la décision partagée (p < 0,01) par rapport aux situations habituelles. Un résultat similaire a été retrouvé pour la décision partagée avec le patient (p < 0,01) mais pas pour le conflit de décision ou encore la satisfaction des patients (p = 0,03).

Sessions poster discussion

Neuropathies chimio-induites

La question des neuropathies chimio-induites est toujours d'actualité, bien que le monde de la cancéro­logie se tourne progressivement vers l'immunothérapie. Elle touche encore un tiers des patients après un cancer du sein ou colorectal, comme l'a rapporté, après une étude menée à Gustave-Roussy, l'équipe de M. Matias (abstr. 1687PD).

Une analyse des données de 877 patients déjà traités pour un cancer du sein (n = 700) ou colorectal (n = 177) a été réalisée afin d'évaluer la proportion de patients touchés par une neuropathie ainsi que les facteurs de risque associés. Les facteurs associés à la survenue d'une neuropathie sont :

  • le diabète : OR = 3,87 ; IC95 : 1,61-9,31 ; p < 0,001 ;
  • le surpoids : OR = 1,58 ; IC95 : 1,08-2,30 ; p = 0,030 ;
  • l'absence d'activité physique : OR = 1,40 ; IC95 : 1,04-1,89 ; p = 0,004.

L'impact du surpoids a été surtout retrouvé pour des indices de masse corporelle (IMC) majorés de plus de 10 %.

Les auteurs ont insisté sur l'importance de mettre en place des programmes d'accompagnement pour la période de l'après-cancer.

Fatigue après cancer du sein

Dans le même domaine de l'après-cancer, une autre étude menée à Gustave-Roussy a évalué, à travers une analyse longitudinale, la prévalence de la fatigue après un cancer du sein, son contexte et les facteurs qui lui sont rattachés (Vaz Luis I et al., abstr. 1689PD). Cette étude observationnelle prospective menée sur 2 ans auprès d'une cohorte de 4 597 patientes incluses dans l'étude CANTO et dont les données ont pu être extraites au regard de la validité des information obtenues à l'inclusion et après 1 an de suivi. Toutes avaient été traitées pour un cancer du sein de grade 1, 2 ou 3.

À travers l'évaluation globale de la fatigue (selon le QLQ-C30 [30-Item Core Quality of life Questionnaire] de l'EORTC), il a été retrouvé 2 cohortes, différentes selon leur niveau de risque de présenter une fatigue après traitement (figure 3). Quarante pour cent des patientes ont été rattachées à la cohorte à haut risque. Les variables influençant ce risque étaient : l'âge, le revenu mensuel, le score de Charlson, le tabagisme, la prise d'une hormonothérapie, l'IMC, les symptômes dépressifs, la présence d'une insomnie et de douleurs, et sont donc les facteurs de cette fatigue globale à long terme.

D'autres composantes de la fatigue, spécifiquement liées à différentes variables, ont également été retrouvées :

  • la fatigue émotionnelle caractérisée par l'association d'une insomnie, de douleurs, d'une dépression et d'anxiété pour les patientes à haut risque (57 %) ;
  • la fatigue physique, associant, pour les cohortes de patientes à haut risque (45 %), insomnie, douleur, dépression et IMC élevé ;
  • la fatigue cognitive, associant insomnie, douleur, dépression et anxiété pour les patientes à haut risque (22 %).

Certaines patientes, en fonction de certains ensembles de facteurs, présentent un risque supérieur à 90 % d'avoir une fatigue sévère jusqu'à 2 ans après le diagnostic.

Cachexie

Alors que les Américains tentent de prédire la durée de survie en cas de maladie métastatique, les Norvégiens ont tenté de prédire la rapidité de survenue d'une cachexie en cas de maladie avancée (Vagnildhaug OM et al., abstr. 1513PD). Une étude observationnelle multicentrique prospective internationale a été réalisée auprès de 628 patients (en analyse finale) atteints de cancer incurable sans cachexie. L'évaluation a porté sur le délai de survenue de la cachexie, et les facteurs de risque de cachexie ont été analysés.

La cachexie était définie par une perte de poids supérieure à 5 % sur les 6 derniers mois ou une perte de poids supérieure à 2 % associée à un IMC inférieur à 20 kg/m2. Cinq groupes à risque ont ainsi été déterminés en fonction de 4 critères principaux en analyse multivariée :

  • le type de cancer ;
  • la perte de poids ;
  • l'anorexie ;
  • la présence d'une bronchopneumopathie chronique obstructive.

Le type de cancer à faible risque est représenté par les cancers du sein et les cancers hématologiques. Les cancers à haut risque sont les cancers du pancréas et de l'estomac. Les autres types de cancers sont classés à risque neutre (poumon, colorectal, pro­state, urinaire, ORL, etc.). Les niveaux de risque ont ainsi été définis :

  • niveau 1 : perte de poids entre 0 et 3 %, cancer à faible risque et perte d'appétit absente ou minime ;
  • niveau 2 :
  • perte de poids entre 0 et 3 %, cancer à faible risque et perte d'appétit importante ;
  • perte de poids entre 0 et 3 %, cancer à risque neutre et perte d'appétit absente ou minime ;
  • niveau 3 : perte de poids entre 0 et 3 %, cancer à risque neutre et perte d'appétit importante ;
  • niveau 4 : perte de poids entre 0 et 3 % et cancer à haut risque ;
  • niveau 5 : perte de poids entre 3 et 5 % (figure 4).

Une interaction entre perte de poids et cancer à risque de cachexie a également été démontrée. Cette étude permet d'approcher autrement le pronostic, puisque la cachexie et la rapidité de sa survenue sont souvent corrélées à de faibles chances de survie.

Soins palliatifs

Une fois le pronostic établi en fonction de la prédiction des chances de survie et du risque de survenue de la cachexie, une fois la décision partagée prise, reste à adresser le patient à l'équipe de soins palliatifs. Quel est le meilleur moment pour cette orientation ? Le plus tôt est le mieux, comme l'a notamment démontré Jennifer Temel dans son étude randomisée sur l'early palliative care dans le contexte du cancer bronchique (4).

L'objectif de l'étude de David Hausner et al. (abstr. 1514PD) était d'analyser l'évolution des pratiques depuis la publication des essais randomisés qui ont démontré l'intérêt de ces programmes d'early palliative care. Deux cohortes de patients suivis en 2006 (n = 392) et 2015 (n = 337) ont ainsi été comparées suivant le délai avant l'orientation vers une équipe de soins palliatifs.

Le taux de prise en charge précoce a plus que doublé, passant de 13 à 32 % des cas. Si la proportion de patients adressés trop tardivement a diminué significativement entre 2006, où elle était de 69 %, et 2015 (OR = 2,37 ; IC95 : 1,72-3,18 ; p < 0,000 1), elle reste encore élevée, à plus de 45 %, ce qui est bien supérieur à la proportion des patients adressés précocement (figure 5).

Les facteurs associés à une prise en charge plus précoce sont le sexe féminin (OR = 1,40 ; IC95 : 1,04-1,88 ; p = 0,02), le nombre d'années depuis le diagnostic (> 2 ans) [OR = 1,90 ; IC95 : 1,41-2,55 ; p < 0,0001) et une demande de prise en charge motivée par la douleur et les symptômes (OR = 1,96 ; IC95 : 1,40-2,75 ; p = 0,002).

Session posters

De nombreux posters (150) ont été présentés lors de la dernière session de posters affichés en soins de support, soins palliatifs et psycho-oncologie, de niveau souvent équivalent à ceux présentés en session orale ou en poster discussion. Les thématiques phares abordées étaient :

  • pour les soins de support : la nutrition, les nausées et vomissements, les événements thromboemboliques veineux, les facteurs de croissance des lignées blanches et leurs biosimilaires et la cardiotoxicité, notamment ;
  • pour les soins palliatifs : la perception d'être en situation palliative et la prise en charge précoce.

Quelques abstracts ont retenu notre attention, notamment les 2 prix posters décernés à l'issue de la session.

Critères d'admission en soins intensifs

Le premier prix a été décerné à une équipe bordelaise (Baylot C et al., abstr. 1754P), pour son travail sur les critères d'admission en soins intensifs. Cette étude monocentrique a mis en avant l'intérêt d'une discussion et anticipée entre équipe d'oncologie et équipe de réanimation, permettant une prise en charge en réanimation à un stade moins sévère. Avec ce mode de prise en charge, 50 % des patients retournent au domicile, et 44 % reprennent un traitement actif anticancéreux. Les taux de mortalité en soins intensifs à 30 puis 90 jours ont été respectivement de 36 et 50 %. Les 6 variables considérées comme discriminantes en analyse multivariée sont :

  • le performance status ;
  • le nombre d'organes atteints ;
  • le fait que le patient ait eu un choc septique ;
  • le fait que l'admission ait lieu la nuit, le week-end ou pendant les vacances scolaires ;
  • la présence d'un cancer bronchique ;
  • la curabilité.

Perception des soins palliatifs par les patients

Le second prix poster a été attribué à une équipe australienne pour son travail sur la perception des soins palliatifs par les patients (Yoong J et al., abstr. 1523P). Cette étude observationnelle monocentrique menée sur une durée de 6 mois, incluant l'ensemble des patients atteints de cancer (103 patients) dans les 48 h suivant leur admission pendant cette période de 6 mois, a été réalisée au moyen d'un questionnaire de 16 questions autour des soins palliatifs : ressenti, connaissance, expérience, compréhension des soins palliatifs. Parmi les patients, 75 % recevaient un traitement palliatif, mais seulement 20,8 % avaient bénéficié de soins palliatifs, tandis que 47,9 % avaient dans leur entourage une personne ayant bénéficié de soins palliatifs. Seuls 22,9 % des patients ont reconnu que les soins palliatifs impliquaient médecins, infirmières, représentants du culte, assistantes sociales, psychologues et équipes d'accompagnement de fin de vie. Au total, 44,7 % étaient d'accord avec l'idée que les soins palliatifs sont développés en fin de vie. La notion d'intégration des soins palliatifs dans la prise en charge oncologique représentait, pour la grande majorité des patients, la possibilité de continuer à recevoir des soins oncologiques (85,6 %) ou des traitements anticancéreux (81,4 %). Leur ressenti vis-à-vis des soins palliatifs était :

  • du confort (76,8 %) ;
  • de la frayeur (39,8 %) ;
  • de l'espoir (29 %).

Concernant la préférence entre les termes “soins palliatifs” et “soins de support”, 50 % des patients étaient plus favorables à l'usage du terme “soins de support”, 26,1 % n'avaient pas d'opinion et 23,9 % désapprouvaient ce choix.

Une étude, menée à l'hôpital Foch de Suresnes, a comparé un programme permettant d'anticiper la fabrication des chimiothérapies (production des poches de traitement avant l'arrivée du patient suivant les données d'intercure cliniques et biologiques) avec contact infirmier téléphonique au remplissage par le patient d'un questionnaire sur Internet (Korostelev M et al., abstr. 1740P). Il n'a pas été retrouvé de différence sur la déclaration des toxicités de grades 3 et 4 (suivant le CTCAE). En revanche, le questionnaire web a permis de mieux repérer les cas de grades 1 (p < 0,000 1) et 2 (p < 0,000 1).

Une équipe du Mans a rapporté son expérience d'intégration d'une équipe de soins de support et de soins palliatifs sur un mode ambulatoire (Gonzalez Moya A et al., abstr.1531P). L'évaluation, portant sur 152 patients, a permis de rapporter une durée médiane de survie de 27,6 mois et un taux de survie à 2 ans de 59,7 %, avec un délai moyen entre la première visite et le décès de 3,9 mois, 37 % des patients étant encore en vie au moment de l'évaluation. Cette intégration permet notamment d'améliorer la qualité de vie des patients, de réduire l'agressivité des traitements et de faciliter le travail sur les directives anticipées.

Une évaluation menée en Espagne a porté sur les accès douloureux paroxystiques (Lopez R et al., abstr. 1709P). Sur 540 patients évalués, 79,3 % ont rapporté souffrir de douleurs le jour de l'étude, 53,9 % ayant été identifiés comme douloureux antérieurement et 20,4 % non. Notons que 5 % n'avaient jamais été sujets à des accès douloureux paroxystiques. Sur les 20,7 % de patients ne souffrant pas de douleurs le jour de l'étude, 17 % n'avaient jamais été dépistés et 3,7 % n'avaient pas d'accès paroxystique. Un effort de prise en charge de la douleur reste à mener.

Prévalence de la cachexie au diagnostic

Quelle est la prévalence de la cachexie ? Une étude menée sur 8 mois dans un centre universitaire d'oncologie a collecté les données de 9 694 dossiers (Demol J et al., abstr. 1732P). Plus de 90 % des dossiers analysés comportaient une évaluation du poids, mais l'information sur l'évolution du poids manquait dans 46 % des cas. La prévalence de la cachexie au diagnostic était de 42 %. Une intervention nutritionnelle a été initiée par le médecin chez 16 % des sujets atteints de cachexie. L'intervention nutritionnelle a été documentée pour 8 % de la population globale de l'étude.■



FIGURES

Références

1. Roila F, Molassiotis A, Herr­stedt J et al. 2016 MASCC and ESMO guideline update for the prevention of chemotherapy- and radiotherapy-­induced nausea and vomiting and of nausea and vomiting in advanced cancer patients. Ann Oncol 2016;27(Suppl 5): v119-v133.

2. Redman MG, Ward EJ, Phillips RS. The efficacy and safety of probiotics in people with cancer: a systematic review. Ann Oncol 2014;25(10):1919-29.

3. Bossi P, Antonuzzo A, Cherny NI et al. Diarrhoea in adult cancer patients: ESMO Clinical Practice Guidelines. Ann Oncol 2018;29(Suppl 4): iv126-iv242.

4. Temel JS, Greer JA, Muzikansky A et al. Early palliative care for patients with metastatic non-small-cell lung cancer. N Engl J Med 2010 ;363(8):733-42.

Liens d'interêts

F. Scotté déclare avoir des liens d’intérêts avec BMS, Arrow, Roche, Vifor, MSD, Teva, Norgine, Kyowa Kirin, Leo Pharma, Janssen, Hospira, Boehringer, Sanofi, Amgen, Pierre Fabre Oncologie et Tesaro.

S. Hans déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

P. Beuzeboc déclare avoir des liens d’intérêts avec Janssen, Astellas, Sanofi, Ipsen, MSD, BMS, Novartis et Roche.

Les autres auteurs n’ont pas précisé leurs éventuels liens d’intérêts.

auteurs
Dr Florian SCOTTÉ

Médecin, Oncologie, Institut Gustave-Roussy, Villejuif, France

Contributions et liens d’intérêts
Dr Pauline LEROY

Médecin, Médecine générale, Hôpital Foch, Suresnes, France

Contributions et liens d’intérêts
Mme Karine LEGEAY

Infirmier / Infirmière, Hôpital Foch, Suresnes, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Stéphane HANS

Médecin, ORL et chirurgie cervico-faciale, Hôpital Foch, Suresnes, France

Contributions et liens d’intérêts
Dr Philippe BEUZEBOC

Médecin, Radiothérapie, Hôpital Foch, Suresnes, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Oncologie générale
thématique(s)
Soins oncologiques de support
Mots-clés