Editorial

Transplantation et cancer : les perspectives

Mis en ligne le 24/05/2018

Auteurs : Yvon Calmus

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Le cancer est une des préoccupations majeures du transplanteur. Plusieurs facteurs l'expliquent, que ce numéro du Courrier de la Transplantation tente d'explorer :

  •  le cancer peut être lui-même une indication de transplantation, quel que soit le type de transplantation, mais la transplantation hépatique (TH) est pour cette question un bon modèle : le carcinome hépatocellulaire est une indication croissante de TH, dépassant souvent 30 % dans la plupart des régions du monde, et d'autres types de cancers, primitifs ou secondaires, font actuellement l'objet d'une importante réflexion en tant qu'indications de TH ;
  •  la question de la possibilité de transplanter des patients avec un antécédent de cancer se pose fréquemment ;
  •  l'âge grandissant des receveurs (et des donneurs) et l'immunosuppression, notamment celle centrée autour des anticalcineurines, sont de puissants facteurs de récidive de cancers préexistants ou d'apparition de cancers de novo. De plus, de nombreuses indications de transplantation favorisent le développement de cancers de novo : c'est le cas en transplantation rénale comme en TH.

Jérôme Le Pavec a revisité dans ce numéro (cf. p. 272) la transplantation pulmonaire pour cancer, qui reste, pour les transplanteurs pulmonaires, un sujet difficile. Shaida Varnous et al. ont revu les indications de transplantation cardiaque après cancer et la toxicité cardiaque des chimiothérapies pour cancer, sujet innovant (cf. p. 284). Les cancers sont une indication majeure de TH, qui fait actuellement l'objet de nombreuses réflexions. Pour le carcinome hépatocellulaire, indication classique en nette progression depuis 10 ans, l'une des pistes a été de limiter le pourcentage de récidives en sélectionnant les futurs receveurs : sur la taille et le nombre des tumeurs, mais également sur le taux d'alphafoetoprotéine, qui sont des facteurs prédictifs majeurs de la récidive, actuellement associés, en France, en un “score alphafoetoprotéine” qui limite considérablement la récidive, mais au prix d'une exclusion excessive qui pénalise de “bons” receveurs (cf. l'article de Christophe Duvoux, l'initiateur de ce score, p. 246). L'objectif suivant sera de trouver des paramètres plus sophistiqués, permettant de rattraper ces receveurs potentiels.

Trois autres indications de TH pour cancer sont discutées : le cholangiocarcinome périhilaire (cf. l'article d'Emmanuel Boleslawski paru en 2017 dans Le Courrier de la Transplantation [1]), où la transplantation obtient de bons résultats dans des cas très strictement sélectionnés, au prix d'une radiochimiothérapie préparatoire lourde ; les métastases de tumeurs neuroendocrines (cf. l'article de Thomas Walter et al., p. 262), et les métastases de cancer colorectal (cf. l'article de Maximiliano Gelli et René Adam, p. 276), longtemps exclues de la TH, qui pourraient en faire l'objet, après une sélection précise, ce qui fait actuellement l'objet d'un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC).

L'équipe d'oncohépatologie de la Pitié-Salpêtrière (cf. Alina Pascale et al. p. 256) passe en revue les alternatives à la TH (radiothérapie, radioembolisation, thérapie virologique, immunothérapie), qui peuvent également être des traitements d'attente de la TH, et qui sont un sujet en forte progression. L'attitude à adopter chez les receveurs potentiels ayant un antécédent de cancer n'est pas consensuelle, et repose sur des bases  fragiles (cf. l'article de Romain Boissier, p. 268).

En effet, les registres disponibles, notamment le premier d'entre eux, celui d'Israel Penn, sont anciens, et reflètent des prises en charge obsolètes en termes d'indications et d'immunosuppression; de plus, la démographie des receveurs a beaucoup changé. Des données robustes persistent (2, 3) : il convient d'être très restrictif en cas de cancers à risque (mélanome, cancer du sein, myélome, cancers de la vessie ou du rein évolués, etc.), où la présence de cellules tumorales dormantes expose à un risque de récidive élevé. La durée d'attente n'est pas clairement définie : elle peut atteindre 5 ans dans les formes les plus à risque, mais cette attente, si elle reste possible en transplantation rénale, est souvent impossible pour les transplantations vitales.

Ce numéro n'aborde pas 2 sujets majeurs, qui feront l'objet d'articles ultérieurs : la transmission du cancer à partir du donneur (4), et la modulation possible du risque de cancer postgreffe, notamment par la manipulation des immunosuppresseurs (5, 6).


© Le Courrier de la Transplantation 2017;17(3-4):105

Références

1. Boleslawski E. Place de la transplantation hépatique dans le traitement du cholangiocarcinome périhilaire. In: Le Courrier de la Transplantation 2017;17(3-4):144.

2. Brattström C, Granath F, Edgren G et al. Overall and cause-specific mortality in transplant recipients with a pretransplantation cancer history. Transplantation 2013;96(3):297-305.

3. Acuna SA, Fernandes KA, Daly C et al. Cancer mortality among recipients of solid-organ transplantation in Ontario, Canada. JAMA Oncol 2016;2(4):463-9.

4. Desai R, Collett D, Watson CJ et al. Estimated risk of cancer transmission from organ donor to graft recipient in a national transplantation registry. Br J Surg 2014;101(7):768-74.

5. Holdaas H, De Simone P, Zuckermann A. Everolimus and malignancy after solid organ transplantation: a clinical update. J Transplant 2016:4369574.

6. Dumortier J, Dharancy S, Calmus Y et al. Use of everolimus in liver transplantation: the French experience. Transplant Rev 2016;30(3):161-70.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Yvon CALMUS
Pr Yvon CALMUS

Médecin
Gastro-entérologie et hépatologie
Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie générale,
Transplantation
Mots-clés