Entretien / Interview

Réforme de la maquette du DES de cardiologie –
Interview du Pr Richard Isnard, président du Collège national des enseignants en cardiologie

Mis en ligne le 30/03/2018

Auteurs : Propos recueillis par J.P. Madiou

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Quels étaient les principaux objectifs de la réforme du troisième cycle des études médicales ?

Le principal objectif de cette réforme était de faire du diplôme d'études spécialisées (DES) le diplôme nécessaire et suffisant à l'exercice d'une spécialité en partant du constat que la situation qui prévalait jusqu'alors n'était pas satisfaisante, en particulier par rapport aux standards européens. Jusqu'à présent, les futurs spécialistes, à l'issue de l'examen classant national (ECN), choisissaient à la fois un lieu et une spécialité, avec une durée d'internat de 3 à 5 ans comportant une formation à la fois théorique et pratique. Cette formation théorique, souvent structurée de façon inhomogène et laissée à l'appréciation des universités et des coordinateurs locaux, souffrait d'un manque d'évaluation véritable. L'ambition de la nouvelle réforme est de concentrer l'essentiel de la formation à un futur métier de spécialiste (ou de généraliste) sur la période du DES, d'en rendre le contenu pédagogique plus progressif et de proposer un suivi plus attentif au cours du cursus. Comme avant, l'étudiant choisit sa spécialité et son université en fonction de son rang de classement. La formation comporte désormais 3 phases : socle, approfondissement et consolidation. Le socle, d'une durée de 1 an (2 semestres), est la phase où le futur spécialiste va acquérir les bases ou rudiments de sa spécialité ainsi que des connaissances et compétences transversales. À l'issue de cette période, il fera un point complet avec son coordinateur local et émettra des vœux quant à la poursuite du cursus. Il signe alors avec son coordinateur et l'université un véritable contrat de formation. La deuxième phase, dite d'approfondissement, d'une durée de 2 à 3 ans selon les spécialités, est celle de l'acquisition des principales connaissances et compétences, avec passage de la thèse au terme de cette période. Enfin, la troisième phase, ou consolidation, est celle de la mise en responsabilité : l'étudiant aura alors un statut différent de celui d'interne qui se rapprochera plus d'un statut d'assistant ; il restera néanmoins encadré par les seniors mais, étant thésé, il aura la possibilité et la responsabilité de prescrire et de signer, par exemple, des ordonnances. L'idée de la réforme est d'encadrer progressivement cette phase de responsabilité, avec un suivi plus attentif de l'acquisition des compétences qui sont détaillées dans les maquettes publiées des différentes spécialités.

Quelle sera finalement la durée du troisième cycle des cardiologues ?

Dans l'immédiat, elle ne change pas : pour la formation générale, cela reste 4 ans (1 an pour le socle, 2 pour l'approfondissement et 1 pour la consolidation). Nous avons cependant obtenu, compte tenu de l'évolution fortement médico-technique de la cardiologie d'aujourd'hui et après discussion avec les tutelles, la possibilité d'une année supplémentaire pour plusieurs “surspécialités” : cardiologie interventionnelle (coronarographie, pose de stents, de TAVI, etc.), rythmologie (DAI, pacemakers resynchronisateurs, ablation) et cardiologie congénitale et pédiatrique. Un nouveau métier a également été reconnu, et c'est une avancée importante : celui d'imageur non invasif en cardiologie, avec une option d'imagerie cardiovasculaire d'expertise (échocardiographie, incluant ses aspects les plus techniques – 3D, strain, au bloc opératoire –, et imagerie de coupe au scanner et à l'IRM). Il s'agit de mettre en avant la complémentarité radiologue-cardiologue, où ce dernier va pouvoir apporter son expertise clinique.

Quelles sont les nouveautés prévues dans l'enseignement, et le e-learning est-il d'ores et déjà intégré ?

Un des points extrêmement positifs de la réforme est effectivement le e-learning, avec une plateforme nationale qui a été mise en place depuis plusieurs mois et qui permet de recueillir l'ensemble des cours de toutes les spécialités médicales et chirurgicales. Il s'agit de diaporamas sonorisés, ciblés et en général assez courts (20 mn environ) auxquels vont avoir accès les étudiants, avec la possibilité pour les enseignants de vérifier leur assiduité. Une autoévaluation (QRM : questions-­réponses à choix multiples) pourra être proposée aux étudiants. La mise en place au niveau national a aussi permis d'améliorer le niveau de l'enseignement, avec la possibilité de bénéficier de cours d'autres universités. La plate­forme gérera non seulement l'acquisition des compétences et connaissances, mais aussi les stages (validation, appréciation), et proposera aux étudiants un portfolio numérique (actualisation de leur CV, participation à des congrès, acquisition de diplômes complémentaires, etc.). Cette plateforme est d'ores et déjà opérationnelle, et l'ensemble des fonctionnalités en cours d'installation. Le e-­learning ne veut pas dire pour autant exclusion des enseignements présentiels, qui ont vocation à perdurer, mais il faudra, pour ceux-ci, privilégier l'interactivité (cas cliniques et mises en situation, par exemple). La simulation n'est pas oubliée non plus et fait son chemin, de nombreuses universités s'équipant aujourd'hui de matériels plus ou moins sophistiqués.

Quelles sont ou quelles ont été les difficultés à mener la réforme ?

Les principaux points de désaccord avec les tutelles ont porté sur la durée du DES : nous souhaitions, compte tenu de l'évolution du métier de cardiologue, obtenir 5 ans pour la formation générale en cardiologie. Nous avons eu pour le moment 4 ans, plus 1 an pour ceux qui s'orienteront vers une “surspécialité”. Un suivi de la réforme est néanmoins prévu et pourra pallier les failles éventuelles – et prévisibles – de la maquette actuelle ; ce problème de la durée reste en discussion. La nouvelle réforme est entrée en vigueur au mois de novembre 2017, avec une première génération d'étudiants qui va cohabiter avec les “anciens” pendant 2 à 3 ans. Les nouvelles modalités de la réforme (maîtrise, accompagnement) devront être intégrées par les coordonnateurs, et vont sans doute demander plus d'attention, plus de temps et de travail aux hospitalo-universitaires.

Pouvez-vous nous dire un mot sur le co-DES avec la médecine vasculaire ?

La médecine vasculaire est une discipline médicale qui intervient dans la prévention, le diagnostic, le traitement et le suivi des patients atteints d'affections vasculaires périphériques, artérielles, veineuses, lymphatiques et de la microcirculation. La médecine vasculaire était jusqu'à présent un DESC non validant ; les DESC ayant été supprimés, le DES de médecine vasculaire a été créé par l'arrêté ministériel du 4/12/2015. Compte tenu des pathologies d'intérêt commun avec notre discipline, nous avons souhaité, avec nos collègues de médecine vasculaire, un rapprochement avec la création de ce co-DES. Ce dernier réunit pendant la phase socle tous les internes de médecine vasculaire qui feront un stage en cardiologie, alors que tous les internes en cardiologie feront également un stage en médecine vasculaire, puis les cursus (approfondissement, consolidation) se séparent (semestres autonomes de médecine vasculaire), avec délivrance d'un diplôme distinct. Le programme des connaissances est centré sur les pathologies communes et les urgences cardiovasculaires. La durée du cursus pour les médecins vasculaires est la même que pour les cardiologues (4 ans), et est sous la responsabilité du Collège des enseignants de médecine vasculaire.

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