Editorial

2018 : une année très particulière pour la gynécologie !

Mis en ligne le 21/02/2019

Auteurs : Pr Philippe Descamps

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Alors que vous allez découvrir le très beau dossier consacré à “Femme et Coeur”, coordonné par le Pr C. Mounier-Vehier et le Dr B. Raccah-Tebeka, il faut souligner combien l'année 2018 a été particulière pour notre communauté gynécologique avec l'attribution du prix Simone-Veil au Dr Ghada Hatem, ainsi que la remise du prix Nobel de la paix au Dr Denis Mukwege, gynécologue congolais, qui a passé sa vie à lutter contre les mutilations imposées aux femmes dans son pays.

Le Dr Ghada Hatem est une gynécologue d'origine libanaise qui a choisi d'étudier la médecine à Paris. Elle s'oriente rapidement vers la gynécologie-obstétrique, définissant notre métier comme “le meilleur ami des femmes” puisque présent à toutes les étapes importantes de leur vie.

C'est le début d'une carrière riche en rencontres et en projets qui va l'amener de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à celui de Saint-Denis, en passant par la maternité des Bluets ou celle de l'hôpital Bichat.

Elle s'attachera avec persévérance et obstination à mettre en place dans les différents établissements où elle a exercé les structures indispensables à la prise en charge des femmes : interruption volontaire de grossesse, assistance médicale à la procréation, prise en charge du cancer du sein. Elle gère aujourd'hui la Maison des femmes de Saint-Denis. Ce lieu innovant, planning familial aux missions élargies, accueille toutes les femmes vulnérables ou victimes de violences et leur propose un parcours de soins complet, ainsi qu'un accompagnement social et juridique. La Maison des femmes a reçu le Prix du citoyen européen 2018, et l'attribution du prix Simone-Veil est une juste reconnaissance pour cette grande gynécologue qui honore notre profession.

Le Dr Denis Mukwege, gynécologue formé dans les années 1980 à Angers, membre d'honneur du Collège national des gynécologues et obstétriciens français depuis 2015 et président d'honneur du Fonds pour la santé des femmes, qui a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Sakharov en 2014, vient d'être honoré par l'attribution du prix Nobel de la paix, décerné à Oslo le 11 décembre 2018.

Après des études effectuées au Burundi, Denis Mukwege se spécialise en gynécologie-obstétrique et, grâce à une bourse, il complète sa formation au CHU d'Angers en 1984. Après 5 années passées en France, il rentre en République démocratique du Congo en 1989 avec Madeleine, sa femme, qui lui apportera toujours un indéfectible soutien, et leurs 3 premiers enfants.

Entre 1989 et 1999, il vit les atrocités de la guerre, et en 1996 il échappe miraculeusement à la mort, alors que l'hôpital de Lemera est totalement détruit. Il préside alors à la construction d'un hôpital de 450 lits à Panzi, qu'il dirige depuis 1999. Il crée également une faculté de médecine et une école de sages-femmes.

À partir de 1999, le viol est utilisé comme arme de guerre en République démocratique du Congo. Le Dr Mukwege organise à l'hôpital de Panzi un accueil des victimes de cette atroce barbarie qui concerne des femmes de tous âges, mais aussi des enfants et des nourrissons. On estime que, à ce jour, le Dr Mukwege a soigné plus de 50 000 victimes, et son parcours a été remarquablement mis en images par Thierry Michel et Colette Braeckman dans le film “L'homme qui répare les femmes ou la colère d'Hippocrate” diffusé en 2015.

Nous espérons, bien sûr, que l'attribution du prix Nobel de la paix lui permettra d'assurer sa sécurité et de faire stopper cette innommable barbarie.

Après avoir rendu hommage à ces deux personnalités exceptionnelles qui honorent notre spécialité, je ne peux que vous encourager à découvrir ce très riche dossier consacré à “Femme et Cœur”, avec des experts reconnus dans leur spécialité que je remercie pour leur collaboration.

Nous découvrirons notamment les spécificités féminines du risque cardiovasculaire, de l'infarctus du myocarde, de l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs, mais aussi une mise au point sur les hormones et le risque cardiovasculaire ainsi que sur la prévention de la prééclampsie, sans oublier la gynécardiologie qui va nous aider à agir sur le risque cardiovasculaire de nos patientes.

Bonne lecture !

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centre(s) d’intérêt
Gynécologie et obstétrique