Dossier

Traitement par radiofréquence des cancers biliopancréatiques

Mis en ligne le 19/12/2018

Auteurs : Aymeric Becq, Gabriel Rahmi

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  • La radiofréquence sous échoendoscopie (RF-EE) est utilisée pour le traitement d'adénocarcinomes, de tumeurs neuroendocrines et de lésions kystiques du pancréas.
  • L'efficacité à court et à moyen terme de la RF-EE reste à déterminer.
  • La radiofréquence endobiliaire est utilisée pour le traitement des sténoses biliaires malignes ainsi que pour la reperméabilisation de prothèses biliaires obstruées.
  • Cette technique pourrait offrir un gain de survie et une plus longue perméabilité des prothèses biliaires. Le profil de tolérance semble en revanche médiocre à ce stade.
  • La radiofréquence est utilisée pour le traitement du tissu dysplasique résiduel postampullectomie. Ce traitement semble moins efficace en cas de dysplasie avancée.

La radiofréquence (RF) est une technique d'ablation consistant en la destruction d'un tissu cible par la chaleur. Pour cela, des sondes bipolaires sont utilisées. Un courant électrique de haute fréquence (450 à 500 kHz) circule dans la sonde (constituée d'un couple d'électrodes juxtaposées), délivrant localement, par contact direct, de l'énergie thermique. Il en résulte une coagulation protéique et la destruction des microvaisseaux entraînant la mort cellulaire.

La RF endoscopique est aujourd'hui un traitement standard de l'endobrachyœsophage (EBO) avec dysplasie (1-3). Cette technique est également utilisée dans certaines pathologies de l'estomac, de l'intestin grêle et du rectum. Nous proposons dans cet article un résumé de l'utilisation de cette technique endoscopique dans le contexte de pathologies néoplasiques des voies biliaires et du pancréas.

Néoplasies pancréatiques

Après une première utilisation à la fin du siècle dernier (4), la RF par voie endoscopique pour lésions du pancréas a bénéficié d'un regain d'intérêt à l'aube des années 2010. L'effet histologique et le risque de complication ont été évalués sur modèle porcin, utilisant un prototype de sonde adaptable à la ponction sous échoendoscopie (EE) [5, 6]. La RF pancréatique semblait techniquement réalisable, efficace et relativement sûre. Les années qui ont suivi ont permis son essor en pratique clinique humaine.

Technique

La radiofréquence sous échoendoscopie (RF-EE), pratiquée avec un échoendoscope linéaire, utilise 2 sondes différentes (figure 1). La première, la sonde Habib™ EUS RFA, consiste à utiliser une aiguille à ponction (généralement de 18-19 gauges [G]), placée de manière transduodénale ou transgastrique, sous contrôle échoendoscopique, au niveau de la lésion cible. Puis, après retrait du stylet, une sonde sous forme de cathéter (1 French) est avancée à travers l'aiguille à ponction, dans la lésion cible. La sonde mesure 2 mm et permet une ablation en 2 mn. Jusqu'à 10 ablations peuvent être effectuées, en observant 1 minute de refroidissement entre les différentes applications. La deuxième technique, plus récente (2012), utilise une aiguille à ponction de 18 G à l'extrémité de laquelle se trouve la sonde (EUSRA™ RF Electrode), placée de la même manière au niveau de la lésion cible. Cette aiguille est connectée à un générateur dédié. La sonde mesure entre 5 et 10 mm. Une troisième sonde, similaire à la seconde, de 14 G et 25 mm de longueur, est également utilisable (HybridTherm Probe [HTP] ; ERBE Elektromedizin, Tubingen, Allemagne). Enfin, il existe une sonde flexible, bipolaire, combinant la RF avec refroidissement cryogénique (Habib™ EUS RFA Cryotherm probe).

La taille de la zone détruite varie selon la puissance en watts, la durée et la longueur de l'électrode utilisée. L'ablation débute au niveau de la partie de la lésion la plus éloignée. La RF est délivrée à une puissance variant entre 20 et 50 W. Plusieurs ablations peuvent être effectuées après repositionnement en cas de lésion de grande taille (> 3 cm). Le ratio nombre d'ablations/taille de la lésion varie très largement selon les études, avec une valeur médiane de 0,5 (extrêmes : 0,36-19) [7]. Une zone périphérique de 5 mm de largeur maximale est jugée acceptable, permettant le traitement de toute la lésion sans atteinte trop significative du tissu sain. À noter que dans le cas de lésions kystiques, ces dernières doivent être aspirées avant l'ablation.

Indications émergentes et efficacité

La RF-EE peut être utilisée pour le traitement d'adénocarcinomes, de tumeurs neuroendocrines (TNE) et de tumeurs kystiques telles que les tumeurs intracanalaires papillaires et mucineuses du pancréas (TIPMP).

Plusieurs études ont étudié la faisabilité et l'effica­cité de cette technique sur ces différents types de tumeurs. Dans une série prospective, publiée en 2016 par Song et al., incluant 6 patients présentant un adénocarcinome pancréatique non résécable traité par RF-EE (20 à 50 W pendant 10 s par impact), la faisabilité était de 100 % et 2 patients ont décrit des douleurs survenant après la procédure (8). Alvarez-Sánchez et al. ont publié en 2016 les résultats obtenus chez 42 patients ayant bénéficié de RF-EE (28 adénocarcinomes non résécables, 7 TNE et 7 lésions kystiques) [9]. Le succès technique de l'inter­vention était de 86 % (36 patients), les 6 échecs étant liés à l'impossibilité d'avancer la sonde bipolaire (Habib™ EUS RFA Cryotherm probe) dans la lésion (10). Depuis, Scopelliti et al. ont obtenu 100 % de réussite technique chez 10 patients traités à l'aide de la sonde EUSRA™ RF (20 à 30 W) [11]. Enfin, Crinò et al. ont publié une série de 7 patients présentant un adénocarcinome du pancréas non résécable traité par RF-EE (30 W avec 1 à 3 applications de 15 à 95 s), obtenant également 100 % de réussite, sans aucune complication après 6 mois de suivi médian, et affichant sur l'imagerie à 1 mois une réduction moyenne de 30 % de la taille des lésions (5,8 à 73,5 %) [12]. En ce qui concerne les TNE, 2 cas cliniques et une série de 3 patients, tous non opérables (en raison de la taille de la lésion et/ou de comorbidités) ont rapporté un succès technique de 100 % ainsi qu'une destruction complète des lésions après un suivi inférieur à 1 an (13-15). Chez 1 patient ayant un insulinome, les symptômes liés à l'hypoglycémie avaient disparu (15). Enfin, dans une série publiée par Pai et al. de 8 malades présentant des lésions kystiques (cystadénome mucineux, TIPMP et adénome microkystique), le succès technique était de 100 % et une régression de la taille tumorale de 50 à 100 % était observée après un suivi de 6 mois (16). L'ensemble de ces résultats est résumé dans le tableau.

Ainsi, aujourd'hui, le traitement par radiofréquence dans le contexte de néoplasies pancréatiques apparaît comme une technique réalisable et sûre. Des études à plus grande échelle sont nécessaires afin de confirmer son efficacité à court terme et sa bonne tolérance. Une évaluation de l'efficacité et la sûreté de cette technique à moyen et à long terme sont donc indispensables. Des études randomisées et comparatives (à la chirurgie) permettront d'établir la place de cette technique dans l'algorithme de prise en charge de ces pathologies.

Avantages et limites de la radiofréquence pancréatique

Les avantages évidents de cette technique sont, comparativement à la chirurgie, une morbi­mortalité plus faible, la préservation des tissus sains environnants, un temps d'hospitalisation plus court et un coût moins élevé (17). La RF-EE permet l'imagerie et le suivi en temps réel de la lésion. Enfin, compara­tivement à la voie percutanée, cette région anatomique est plus facilement accessible. On notera également l'intérêt de cette approche dans le contexte des TNE localisées et de petite taille, chez des patients non opérables ou refusant la chirurgie (18). À ce jour, la difficulté technique de la RF-EE reste l'absence de consensus concernant la puissance, le temps d'application et le nombre d'ablations optimaux requis, sachant que les propriétés physiques du pancréas diffèrent largement de celles d'autres organes où la RF est déjà utilisée (7). En effet, les études sur modèle animal ont montré que le pancréas est très thermosensible, avec un risque de pancréatite et de lésion des structures adjacentes pouvant par exemple provoquer une péritonite, en particulier dans les cas de lésions cibles de petite taille (4). Contrairement à des métastases ou des lésions hépatiques primitives, les adénocarcinomes du pancréas sont mal limités, rendant l'identification du tissu cible plus complexe. Il est admis dans cette indication que 2 séances sont nécessaires au minimum (7). Enfin, le suivi optimal de ces lésions après traitement reste également à déterminer. La complication potentielle redoutée de la RF-EE est la pancréatite aiguë, qui semble rare, et il n'existe aucun cas de pancréatite grave décrit à ce jour (9, 10). Des cas de lésions d'organes adjacents (voies biliaires, vaisseaux mésentériques supérieurs, veine porte, estomac, duodénum) ont cependant été décrits (6, 19, 20). Les douleurs abdominales sont présentes dans les 24 heures suivant le traitement dans environ 25 à 33 % des cas, toutes indications confondues (9, 16, 17). Des études sont nécessaires afin de confirmer l'absence de mortalité et un taux de morbidité bas associés à la radiofréquence pancréatique.

Néoplasies des voies biliaires

La RF endobiliaire a pour objectif principal de rétablir un drainage biliaire adéquat et ce, quelle que soit la cause initiale de l'obstruction. Les premiers essais cliniques datent de 2011 et de multiples études ont été publiées depuis. Dans le cadre d'une obstruction d'origine maligne, la pose d'une prothèse métallique autoexpansible (PMAE) est le traitement de référence (21). Cependant, des occlusions sont rapportées dans plus de la moitié des cas 6 mois après le placement de la prothèse, en raison de la croissance tumorale intraprothétique, la formation d'un biofilm ou de sludge. Ainsi, l'intérêt de la RF endobiliaire réside dans son potentiel à augmenter la durée de perméabilité des prothèses, de par sa capacité de destruction du tissu tumoral.

Technique

La RF endobiliaire est réalisée à l'aide d'un duodéno­scope au cours d'une cholangiopancréatographie rétrograde par voie endoscopique (CPRE). Cette voie est moins invasive que la voie percutanée bien que celle-ci ait prouvé son efficacité (22). Au cours de la CPRE, la longueur et la sévérité de la sténose biliaire sont évaluées. Une sphinctérotomie endoscopique est souhaitable dans les cas associant une papille native. Parfois, une dilatation au ballonnet hydro­statique de la sténose est nécessaire avant de placer la sonde de RF. Deux sondes dédiées à la réalisation de gestes endobiliaires sont commercialisées, Habib™ EndoHPB et ELRA™ (figure 2). La sonde est avancée dans le canal opérateur du duodénoscope puis montée dans la voie biliaire extrahépatique sur un fil-guide. Entre 2 applications, 1 mn de battement est souhaitable, afin d'éviter l'adhérence des tissus traités à la sonde. Le nombre d'applications de RF dépend de la longueur de la sténose. Le traitement s'effectue de l'extrémité proximale vers l'extrémité distale de la sténose, avec un chevau­chement minimal afin de réduire le risque de complication. Dans les cas de tumeurs hilaires, la RF peut être pratiquée au niveau de différentes sténoses (canal hépatique commun, canal hépatique gauche ou droit), au cours de la même procédure. La puissance et le temps d'application sont très variables selon les études (de 5 à 10 W et de 60 à 180 s) [9]. Après traitement, un ballon est utilisé afin d'ôter les débris tissulaires des voies biliaires, puis une prothèse (plastique ou métallique) est placée. Enfin, l'administration d'une antibioprophylaxie est conseillée.

Indications émergentes et efficacité

La RF endobiliaire est principalement utilisée dans le traitement de sténoses biliaires malignes non résécables (cholangiocarcinome, adénocarcinome pancréatique ou de la vésicule biliaire, voire carcinome hépatocellulaire) et le traitement de PMAE obstruées par envahissement tumoral (9). Cette technique a également été utilisée pour le traitement de sténoses biliaires bénignes (inflammatoires et postopératoires).

Les nombreuses études publiées ces dernières années ont démontré la possibilité de ce traitement dans les sténoses biliaires malignes et le traitement des PMAE obstruées, rapportant des taux de succès technique proches de 100 % (9, 23). L'évaluation de l'efficacité de la RF endobiliaire porte sur la qualité du drainage, la durée de perméabilité de la prothèse et, enfin, la survie. Dans un article publié par Alvarez-Sánchez et al. en 2016 et regroupant les données de 25 études (293 patients), la RF avait permis un drainage adéquat dans 99 % des cas (1 échec en raison d'une infiltration tumorale intrahépatique majeure, 1 échec malgré un succès technique et mise en place d'une prothèse) [9]. La plupart des études sont rétrospectives, réalisées à partir de faibles effectifs. Cinq études évaluaient la perméabilité des prothèses avec des résultats variables (moyenne de 170 à 270 jours et perméabilité à 30 et 90 jours, soit 96 à 100 % et 76 % respectivement) [9]. Six études se sont intéressées à la survie, oscillant entre 8,5 et 18 mois en moyenne (9). Une méta-analyse réalisée par Zheng et al., publiée en 2016, regroupant 9 études soit 263 patients ayant une obstruction tumorale (65,8 % de cholangiocarcinomes et 29,3 % d'adénocarcinomes du pancréas) a montré une augmentation significative du diamètre de la sténose après RF (3,446 mm, IC95 : 3,356-3,536). Le temps de perméabilité moyen des prothèses était de 7,6 mois. Le temps de survie globale était de 9,62 mois (IC95 : 9,33-9,90) et le taux de mortalité à 2 ans, de 48 % (IC95 : 37-59).

Certaines études ont comparé la RF suivie de la pose d'une PMAE à la pose d'une PMAE seule. Une méta-analyse récente de Sofi et al., regroupant les résultats de 9 études (505 patients) a montré que chez les patients ayant bénéficié de RF la perméabilité de la prothèse durait significativement plus longtemps (50,6 jours en moyenne) que chez ceux recevant une prothèse seule (IC95 : 32,83-68,48), et que la survie était significativement prolongée (HR = 1,395 ; IC95 : 1,145-1,7 ; p < 0,001) [24]. Dans une de ces études, la RF était un facteur prédictif indépendant de survie (RR = 0,29 ; p = 0,01) [25]. Plus récemment, Yang et al. ont publié une étude prospective randomisée incluant 65 patients ayant un cholangiocarcinome non résécable, avec un suivi moyen de 21 mois (26). Le temps de survie était significativement plus long dans le groupe traité par RF (13,2 ± 0,6 versus 8,3 ± 0,5 mois ; p < 0,001). Le temps moyen de perméabilité des ­prothèses était également significativement plus élevé (6,8 versus 3,4 mois ; p = 0,02). Enfin, le taux de complications était similaire (6,3 [2/32] versus 9,1 % [3/33] ; p = 0,67).

In fine, la RF endobiliaire pourrait offrir un gain de survie et une durée plus longue de la perméabilité des prothèses biliaires, bien que cela reste à démontrer par le biais d'études prospectives à grande échelle. La reperméabilisation des PMAE est donc une approche intéressante.

Avantages et limites de la radiofréquence endobiliaire

Au-delà de l'aspect mini-invasif de l'acte, l'intérêt de la RF endobiliaire est qu'il s'agit d'une option thérapeutique supplémentaire, adjuvante à la pose d'une prothèse biliaire, notamment chez les patients ayant une sténose maligne non opérable. D'un point de vue technique, comme avec la RF du pancréas, la puissance et la durée d'application optimales sont à mieux définir. Il est probable que ces données varient en fonction de la longueur de la sténose biliaire et de la cause de la sténose (27). D'après les résultats publiés par Alvarez-Sánchez et al., le taux de complications rapporté était de 19 % et le taux de mortalité, de 2 % (9). Dans la méta-analyse de Zheng et al., le taux de complications était de 17 % (IC95 : 10-25) [23]. La plus fréquente est la complication infectieuse (angiocholite, cholécystite). Des douleurs abdominales sont décrites dans 4 % des cas (souvent peu intenses) et la survenue d'une pancréatite aiguë, dans 2 % des cas. Une hémobilie est constatée dans 4 % des cas. Les décès décrits surviennent dans le contexte d'une probable lésion de l'artère hépatique au niveau hilaire, responsable d'une hémobilie (2 cas) et d'une ischémie hépatique (1 cas) [9, 23, 28]. À ce jour, il n'a pas été précisé si les complications infectieuses qui surviennent sont liées à la CPRE ou s'il s'agit d'un réel surrisque imputable à la RF. À noter que l'utilisation de la cholangioscopie avant et après RF afin de limiter le risque de complications a été évaluée chez 12 patients par Ogura et al., avec un succès technique de 100 % et une seule complication rapportée (angiocholite) [29]. Cela étant demeure la question du risque de complication infectieuse ainsi que celle du coût de cette procédure. En fin de compte, bien qu'ayant un profil de tolérance correct, les complications ne sont pas rares et la mortalité est non nulle.

Néoplasies ampullaires

La RF a également été utilisée pour le traitement de néoplasies (principalement des adénomes dégénérés) ampullaires avec extension dans le cholédoque, afin de traiter le tissu néoplasique résiduel après ampullectomie. Plusieurs études ont été publiées, montrant un taux de succès technique de 100 % ­(30-32).
​En ce qui concerne l'efficacité, dans une étude rétrospective incluant 14 patients, ayant en moyenne 1 session de RF (1 à 5), et dont 7 avaient bénéficié de traitements locaux auparavant (coagulation au plasma argon, thérapie photodynamique), le taux de succès était de 92 %, objectivé par des biopsies du bas cholédoque et après un suivi médian de 16 mois. À noter que le nombre de sessions de RF était plus élevé chez les patients qui avaient une dysplasie de haut grade (4) et un adénocarcinome intramuqueux (1). Enfin, le seul échec (biopsies positives durant le suivi) concernait un patient ayant un adénocarcinome intramuqueux. Le taux de complications était en revanche élevé (43 %) avec sténose biliaire chez 5 patients et abcès rétroduodénal dans 1 cas (30). Par ailleurs, la mise en place systématique de prothèses ne semblait pas réduire le risque de sténose, cette complication pouvant apparaître de manière tardive. Enfin, plus récemment, Camus et al. ont publié un essai prospectif multicentrique incluant 20 patients ayant un adénome du bas cholédoque résiduel après ampullectomie (15 ayant une dysplasie de bas grade, 5 une dysplasie de haut grade). La RF était délivrée à la puissance de 10 W pendant 30 s. Le taux de succès technique était de 100 %. Le taux de dysplasie résiduelle était de 15 et 30 % à 6 et 12 mois respectivement. Cela était significativement plus élevé chez les patients ayant une dysplasie de haut grade (p = 0,01). Une chirurgie complémentaire a été nécessaire pour 2 patients. Le taux de complications était également élevé (angiocholite, hémorragie, pancréatite aiguë, sténose biliaire), de 40 %, bien qu'aucune n'ait été sévère et que la mortalité soit nulle (33).

En définitive, la RF complémentaire sur tissu dys­plasique résiduel après ampullectomie constitue un possible traitement adjuvant et surtout une alternative au traitement chirurgical et à la morbidité que celui-ci entraîne. Néanmoins, des études prospectives à plus grande échelle sont nécessaires afin de mieux cerner les patients candidats éligibles à cette approche thérapeutique. De plus, une limite majeure de ce traitement semble être un taux de complications non négligeable.

Conclusion

La radiofréquence est une approche thérapeutique mini-invasive et intéressante dans le contexte des néoplasies biliopancréatiques. En effet, les options thérapeutiques sont limitées, notamment pour nombre de patients non opérables. La radiofréquence du pancréas est un geste technique réalisable, entraînant peu de complications. Son efficacité dans le traitement des adénocarcinomes du pancréas, des tumeurs neuroendocrines et des lésions kystiques reste cependant à démontrer. La radiofréquence endobiliaire est techniquement possible et pourrait potentiellement améliorer la survie et la durée de perméabilité des prothèses biliaires dans le contexte de sténoses biliaires malignes (adénocarcinome du pancréas, cholangiocarcinome extrahépatique ou hilaire). Cela étant, le taux de complications semble élevé. Enfin, la radiofréquence sur tissu dysplasique résiduel après ampullectomie, bien que réalisable, semble peu efficace en cas de dysplasie avancée et comporte également un risque non négligeable. La radiofréquence a donc une place dans le contexte de néoplasie biliopancréatique, toutefois une meilleure compréhension des propriétés thermocinétiques du pancréas et des voies biliaires, ainsi qu'une évaluation précise de son efficacité semblent nécessaires afin de mieux cerner les indications et le rôle de cette technique dans l'arsenal thérapeutique dont nous disposons aujourd'hui.■


FIGURES

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Liens d'interêts

A. Becq déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

G. Rahmi déclare avoir des liens d’intérêts avec Medtronic et Fujifilm.

auteurs
Dr Aymeric BECQ

Médecin, Gastro-entérologie et hépatologie, Hôpital Saint-Antoine, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Gabriel RAHMI

Médecin, Gastro-entérologie et hépatologie, Hôpital européen Georges-Pompidou, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Gastroentérologie,
Hépatologie,
Oncologie digestif
thématique(s)
Endoscopie
Mots-clés