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Mis en ligne le 01/02/2001

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Un vaccin contre le virus Ebola efficace chez des primates Une étude, à laquelle a participé le Français Pierre Rollin, montre l'efficacité d’un vaccin contre le virus Ebola dans un modèle primate (Sullivan N et al. Nature 2000 ; 408 : 605-9). Cette nouvelle est particulièrement rassurante au moment où une nouvelle épidémie est en train de se développer aux confins de l’Ouganda et du Soudan (370 cas et 140 décès rapportés à la date du 5 décembre 2000). L’équipe de Sullivan et al. (National Health Institute, Bethesda, États-Unis) a vacciné quatre macaques avec un vaccin ADN exprimant les glycoprotéines de trois souches de virus : soudanaise, zaïroise et ivoirienne. Trois doses ont été administrées en intramusculaire à trois semaines d’intervalle, et ont été suivies d’un rappel avec un adénovirus atténué exprimant une glycoprotéine de virus Ebola souche Zaïre. Les quatre animaux contrôles ont été vaccinés avec les vecteurs nus (plasmide et adénovirus). Trois mois après la dernière injection, tous les singes ont été infectés avec une dose létale de virus Ebola souche Zaïre. Les quatre singes témoins sont morts en moins d’une semaine après avoir présenté des charges virales et des perturbations hépatiques intenses. Les quatre singes vaccinés ont tous survécu à cette inoculation avec un recul de plus de six mois. L’un d’entre eux a présenté une virémie transitoire au dixième jour d’infection. Des études immunologiques avant l’inoculation avaient montré chez ces singes des titres élevés d’anticorps et une réponse proliférative lymphocytaire significative. Ces résultats très encourageants ouvrent la possibilité d’une protection pour les personnels de santé prenant en charge de telles épidémies. Ils pourront sans aucun doute être utilisés pour la mise au point d’un vaccin contre un autre filovirus responsable de la fièvre de Marburg. Ce dernier virus sévit depuis quelques années sous le mode endémique dans une région de la République démocratique du Congo, proche de l’actuel foyer ougandais d’Ebola. J. Dupouy-Camet, Paris Le virus de la chorioméningite d’Armstrong peut mimer une toxoplasmose congénitale A.P. Brézin et al. ont rapporté deux observations faites chez l’enfant de choriorétinite évocatrice de toxoplasmose, mais dont les sérologies contre ce parasite étaient négatives. En revanche, les sérologies contre le virus de la chorioméningite d’Armstrong étaient fortement positives (Brézin AP et al. Am J Ophthalmol 2000 ; 130 : 245-7). Des observations identiques ont également été rapportées aux États-Unis. Ce virus peut être source, en sus de la classique chorioméningite lymphocytaire, d’une fœtopathie proche de celle provoquée par le toxoplasme, associant choriorétinite, hydrocéphalie, microcéphalie et retard mental. Le réservoir de cet Arenavirus est constitué de rongeurs sauvages ou domestiques tels que souris, hamster ou cochon d’Inde. La contamination se fait par inhalation ou ingestion de particules virales présentes dans les déjections de ces rongeurs. La prévalence des anticorps dans la population française est inconnue, mais des séroprévalences comprises entre 2,4 % et 4 % ont été décrites chez des éleveurs de porcs aux Pays-Bas et dans certaines régions du Canada et des États-Unis. Une étude ancienne avait montré que parmi 60 patients atteints de chorioméningite d’Armstrong, 59 avaient eu des contacts avec des hamsters (Deibel R et al. JAMA 1975 ; 232 : 501-4). La recommandation classique faite aux femmes enceintes d’éviter les contacts avec les chats devrait donc être élargie aux souris ! J. Dupouy-Camet, Paris La trichinellose, une parasitose émergente ou ré émergente Du 20 au 24 août 2000, 150 scientifiques vétérinaires et médecins de trente-trois pays se sont réunis à Fontainebleau pour la Xe Conférence internationale sur la trichinellose (résumés des communications disponibles à http://www.imaginet.fr/~dupouyca/ICT.html). Tous les participants se sont accordés pour dire que cette maladie parasitaire, théoriquement facile à contrôler, était en pleine expansion. C’est ainsi que des milliers de cas ont été rapportés au cours des dix dernières années en Roumanie, en Argentine, dans les Balkans, en Russie, dans les pays Baltes et en Chine. Les bouleversements socio-économiques conduisant à un relâchement du contrôle vétérinaire en sont souvent la cause. Mais des épidémies sont toujours rapportées dans des pays économiquement très développés. C’est ainsi que, pour la seule année 1998, dix foyers épidémiques ont été rapportés dans quatre pays de la Communauté européenne (France, Italie, Espagne et Allemagne), et ont impliqué 791 patients. Dans 87 % des cas, il s’agissait d’épidémies liées à la consommation de viande de cheval (France, Italie) ou de porc (Allemagne) commercialisée dans des circuits de distribution habituels. Une meilleure connaissance de la maladie par les médecins permet maintenant de traiter rapidement les malades par l’association d’une corticothérapie et d’albendazole (15 mg/kg/j pendant 15 jours), et ainsi d’éviter les complications cardiaques et neurologiques de la maladie. Il y a toutefois urgence à améliorer le contrôle vétérinaire par la formation continue des personnels, par la rédaction précise des procédures techniques, par des contrôles de qualité réguliers et par la délivrance d’agréments périodiquement rediscutés. Cela est particulièrement important pour notre pays, où la trichinellose autochtone risque de resurgir en raison de la croissance considérable des populations de sangliers (320 000 sangliers abattus par les chasseurs en 1998 contre 36 000 en 1974) et de l’attrait de plus en plus grand du consommateur pour le porc “biologique” élevé en plein air. C’est pour cela que l’Institut de la veille sanitaire a confié au laboratoire de parasitologie du CHU Cochin à Paris (fax : 01 58 41 22 45) la mission de surveiller les cas humains de trichinellose en France. Merci donc de bien vouloir les signaler... Les Anopheles préfèrent les femmes enceintes Le paludisme a un retentissement grave chez la femme enceinte, aussi bien pour la mère (risque de mortalité) que pour le fœtus (mort in utero, faible poids de naissance, mortalité infantile précoce). Le paludisme est surtout grave chez les primipares, car la réponse immunitaire apparaissant lors de la première grossesse entraîne une certaine protection pour les grossesses suivantes. Il est empiriquement connu que les moustiques ont une attirance plus prononcée pour certaines peaux. Une étude a été effectuée en Gambie afin de comparer l’attirance des moustiques pour les femmes enceintes et non enceintes (Lindsay S, Lancet 2000 ; 355 : 1972). Trois femmes de chaque groupe ont dormi trois jours de suite dans des conditions identiques, sous moustiquaire, tout en prenant une chimioprophylaxie. Le lendemain matin, les moustiques ont été comptabilisés dans chaque case. Cette expérience a été renouvelée avec douze groupes de femmes. Il est intéressant de constater qu’il y en a deux fois plus de Anopheles (vecteurs du paludisme) dans les cases des femmes enceintes (en moyenne 6,3 moustiques par nuit) que dans les cases des femmes non enceintes (en moyenne 3,1 moustiques par nuit). Il en est de même pour les Mansonia (vecteurs de filaires), avec des chiffres moyens de, respectivement, 7,6 et 5,7. En revanche, il n’a pas été observé de différence significative avec les autres espèces, comme les Aedes (vecteurs d’arboviroses) ou les Culex (vecteurs de filaires et d’arboviroses). Cette attirance des moustiques pour les femmes enceintes serait expliquée par une augmentation de 21 % de l’air expiré et par une élévation moyenne de 0,7 °C de la température corporelle, ce qui pourrait augmenter la diffusion de substances volatiles à partir de la surface cutanée. En outre, les femmes enceintes se lèvent pendant la nuit (probablement pour uriner) deux fois plus souvent que les autres, et donc quittent momentanément la protection de la moustiquaire. Tous ces facteurs physiologiques peuvent expliquer le risque majoré de paludisme chez les femmes enceintes, et par conséquent la nécessité de renforcer les mesures de prévention. P. Bourée, Le Kremlin-Bicêtre
centre(s) d’intérêt
Infectiologie