Editorial

Covid-19 : “une maladie aux multiples facettes”

Mis en ligne le 30/04/2021

Auteurs : Dr Jean-Luc Meynard

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Un an déjà, et c'est un triste anniversaire puisque l'on dénombrera bientôt 100 000 décès en France, et près de 3 millions dans le monde.

Inimaginable, il y a 1 an, lors des premiers cas rapportés de la maladie avec une présentation à fort tropisme pulmonaire. On a appris depuis que si cette forme reste largement prédominante, il existe d'autres manifestations, en particulier neurologiques, thromboemboliques, ORL ainsi que des formes chroniques ou “Covid long” qui posent des problèmes de prise en charge.

Ce triste anniversaire – en termes de pertes de vies humaines et de conséquences économiques – est aussi marqué par un risque non négligeable de burn out du personnel soignant dont les conditions de travail ne font que se dégrader, et ce, face à la troisième vague de l'épidémie. On parlait d'un “avant” et d'un “après” Covid à la suite de la première vague. À ce jour, on a bien connu l'“avant”, mais malheureusement l'espoir d'un “après meilleur” n'était manifestement que de belles paroles !, contribuant en particulier, comme cela est souligné dans l'article d'A. Ayouch-Boda et P. Nuss, à un risque de burn out.

Ce numéro fait le point sur les manifestations extrapulmonaires de la Covid-19, parmi lesquelles figurent les atteintes neurologiques. Leur fréquence est estimée à 8 % chez les patients hospitalisés, et parfois elles révèlent la maladie par une présentation de type encéphalite ou neurovasculaire, nécessitant systématiquement la réalisation d'une PCR de dépistage devant ce tableau, comme le précisent T. de Broucker et E. Meppiel dans leur article.

Un des symptômes le plus souvent rapporté au cours de l'infection à SARS-CoV-2 est l'anosmie, présente dans au moins un tiers des cas, très majoritairement associée à des formes légères de la maladie (85 %), comme cela est montré par J.F. Papon et C. Blanchard dans ce numéro. Son mécanisme ne semble pas différent de celui des autres anosmies post-viroses respiratoires, à savoir œdème de la muqueuse olfactive et cytotoxicité du virus sur l'épithélium et les bulbes olfactifs. La récupération est rapide et complète en cas d'atteinte inflammatoire isolée. L'atteinte de l'épithélium olfactif nécessite une période plus ou moins longue, expliquant la récupération retardée et parfois incomplète.

Dès les premiers cas rapportés d'infection à SARS-CoV-2, en particulier dans les formes respiratoires sévères, il a été mis en évidence, avec une fréquence plus élevée que dans les pneumopathies infectieuses, l'association Covid-19 et embolie pulmonaire.

Bien que la physiopathologie des thromboses associées à l'infection à SARS-CoV-2 ne soit pas complètement élucidée, plusieurs mécanismes ont été identifiés, en particulier l'activation de la coagulation, qui semble être le facteur principal de risque. La fréquence d'une maladie veineuse thromboembolique (MVTE) a été retrouvée chez 8 à 21 % des patients hospitalisés, et 16 à 31 % des patients en réanimation. Cette fréquence et la gravité de la MVTE sont à l'origine de recommandation d'anticoagulation préventive, détaillée dans l'article de F. Parent et al.

Non seulement l'infection à SARS-CoV-2 est à l'origine d'infections aiguës aux multiples facettes, mais également elle pose le problème de manifestations persistantes plusieurs semaines ou mois après l'infection.

Ainsi L. Savale et al. ont rapporté les résultats publiés dans le Journal of the American Medical Association [1] de l'évolution des symptômes 4 mois après l'hospitalisation chez 478 patients avec une évaluation pulmonaire, cognitive et de la qualité de vie. Plus de la moitié des patients rapportent la survenue d'un nouveau symptôme : asthénie (31 %), troubles cognitifs (21 %), dyspnée (16 %). 63 % des patients ont encore des anomalies scanographiques, et pour 19 % d'entre eux, il existe des lésions de fibrose.

Tous ces éléments montrent la diversité des tableaux cliniques de l'infection à SARS-CoV-2, à la fois à la phase aiguë et à distance.

Tous les espoirs reposent désormais sur la vaccination pour réduire drastiquement l'incidence de la maladie, comme cela est observé dans les pays où elle a déjà été largement effectuée. Ce n'est qu'à ce prix que l'on n'aura pas à prendre en charge ou à découvrir de nouvelles facettes de cette infection aux lourdes conséquences.

Références

1. Carfì A et al. Persistent symptoms in patients after acute Covid-19. JAMA 2020;324:603-5.

Liens d'interêts

J.L. Meynard déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec l’article.

auteur
Dr Jean-Luc MEYNARD
Dr Jean-Luc MEYNARD

Médecin
Pathologie infectieuse et tropicale, clinique et biologique
Hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Infectiologie
thématique(s)
COVID-19