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Désescalade antibiotique et infection à Clostridium difficile au cours des infections à entérobactéries

Mis en ligne le 31/08/2019

Auteurs : J.L. Meynard

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Les antibiothérapies à large spectre, en particulier celles couvrant Pseudomonas aeruginosa, sont de plus en plus utilisées, et pas toujours à bon escient.

La relation entre l'utilisation d'une antibiothérapie par ß-lactamines active contre ­Pseudomonas aeruginosa (ABLP) et le risque de développer une ICD (infection à Clostridium difficile) est bien établie. Une méta-analyse récente a d'ailleurs démontré que c'est cette classe d'antibiotiques qui est le plus souvent responsable de ces infections. Peu de données concernant l'influence des désescalades d'antibiotiques sur le risque d'ICD sont disponibles.

Les auteurs de cette étude (1) ont évalué l'effet de l'utilisation brève d'une ABLP (moins de 48 h, par rapport à plus de 48 h) sur l'incidence des ICD.

Il s'agit d'une étude de cohorte rétrospective portant sur des patients hospitalisés pour une durée supérieure à 48 h entre janvier 2011 et juin 2015 pour une infection bactériémique à entérobactéries.

L'analyse statistique a été réalisée selon un modèle de Cox (régression logistique) afin de mesurer le risque de développer une infection à ICD dans les 90 jours en fonction de la durée de traitement empirique par ABLP (inférieure ou supérieure à 48 h).

Parmi les 808 patients avec une infection à entérobactéries, 414 et 394 ont reçu une ABLP pour plus ou moins 48 h, respectivement.

Les germes le plus souvent isolés étaient Escherichia coli (56 %), Klebsiella sp. (21 %), Proteus mirabilis (7 %). La porte d'entrée était principalement urinaire (56 %) ou digestive (13 %).

Les ABLP étaient les suivants : pipéracilline + tazobactam, ceftazidime, céfépime, imipénem, méropénem, aztréonam.

L'incidence des ICD était plus élevée dans le groupe APBL > 48 h que dans le groupe < 48 h (7 versus 1,8 % ; p = 0,002). Après ajustement sur le score de propension à recevoir les ATB > 48 h et autres ajustements en analyse multivariée, une durée d'ABLP supérieure à 48 h (HR = 3,56 ; IC95 : 1,48-9,92) et l'insuffisance rénale terminale (HR = 4,27 ; IC95 : 1,89-9,11) sont associées de manière indépendante au risque de développer une ICD.

Commentaire

Cette étude montre qu'une désescalade thérapeutique précoce (< 48 h) peut permettre de réduire l'influence des antibiotiques à large spectre sur le risque d'ICD. Ces données devront être confirmées par des études prospectives.

Références

1. Seddon MM et al. Role of early de-escalation of antimicrobial therapy on risk of clostridioides difficile infection following enterobacteriaceae bloodstream infections.
Clin Inf Dis 2019;69:414-20.

Liens d'interêts

L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts en rapport avec cet article.

auteur
Dr Jean-Luc MEYNARD
Dr Jean-Luc MEYNARD

Médecin
Pathologie infectieuse et tropicale, clinique et biologique
Hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Infectiologie
thématique(s)
Antibiothérapie