Mise au point

Activités physiologiques inhabituelles en EEG

Mis en ligne le 21/02/2018

Mis à jour le 02/03/2018

Auteurs : E. Pruvost-Robieux, M. Gavaret

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  • La morphologie, les caractéristiques des activités physiologiques inhabituelles doivent être bien connues afin de ne pas les mésinterpréter et conclure à tort en faveur d'une origine épileptique.
  • Les générateurs de certaines activités physiologiques inhabituelles telles que SREDA et POSTs ont été étudiés en EEG haute résolution et en magnétoencéphalographie.
  • Les activités physiologiques inhabituelles EEG peuvent survenir à la veille et au cours du sommeil avec une prévalence variable dans la littérature (3 à 18 %).
  • L'α variant, les ondes λ et les POSTs sont des activités physiologiques inhabituelles fréquentes, ­enregistrées avec une amplitude maximale au niveau des dérivations occipitales.


L'électroencéphalogramme (EEG) permet une analyse fonctionnelle des activités électriques cérébrales et constitue l'examen de référence pour analyser les processus électro­physiologiques sous-tendant l'épilepsie, mais également de nombreux autres dysfonctionnements du système nerveux central (1). Les activités physiologiques inhabituelles en EEG sont des activités physiologiques, rares ou peu fréquentes, qui peuvent parfois être caractérisées par une morphologie paroxystique. Il est primordial que les neurologues et les neurophysiologistes en aient connaissance, afin d'éviter les erreurs diagnostiques qui consisteraient à les interpréter à tort en faveur d'une épilepsie.

Ces activités peuvent survenir au cours de la veille ou du sommeil, avec une prévalence variable dans la littérature (3 à 18 % des cas) [2-4]. Leur signification est incertaine, et leurs générateurs cérébraux ne sont pas tous connus. Cette mise au point a pour objectif de décrire et illustrer ces différents types d'activités physiologiques inhabituelles.

Pendant la veille

Alpha variant ou harmoniques de l'α

L'α variant est l'une des activités physiologiques inhabituelles les plus fréquentes. Le rythme α est habituellement caractérisé par une fréquence comprise entre 8 et 12 Hz, une topographie postérieure bilatérale et une réactivité à l'ouverture des yeux. Il diffuse vers les régions antérieures au cours de la somnolence. De façon physiologique, son amplitude peut être asymétrique, souvent plus ample à droite. On appelle α variant l'enregistrement d'harmoniques inférieurs ou supérieurs du rythme α (5). L'harmonique inférieur de l'α a une fréquence 2 fois plus lente que le rythme α habituel (entre 4 et 6 Hz, soit dans la bande de fréquences θ). L'harmonique supérieur de l'α est caractérisé par une fréquence qui est un multiple entier de la fréquence de l'α (16 à 20 Hz le plus souvent). L'α variant peut être caractérisé par une morphologie encochée.

Il garde les mêmes caractéristiques, en termes de topographie et de réactivité, que le rythme α. Au cours de l'enregistrement EEG, il peut se mêler au rythme α habituel ou être le seul rythme de fond (figure 1). Il a pu également être décrit pendant le sommeil paradoxal (6).

Ondes λ de fixation

Les ondes λ de fixation sont des ondes de morphologie aiguë parfois pointue, de durée comprise entre 160 et 250 ms, de polarité positive, de topographie postérieure, qui sont présentes lors de la fixation oculaire. Leur topographie est occipitale bilatérale et peut être asymétrique. Leur amplitude, variable, peut parfois excéder 50 µV (5, 7) [figure 2]. Elles apparaissent généralement lors des phases d'exploration visuelle et sont plus fréquentes chez l'adulte jeune. Elles sont assez peu fréquentes lors des EEG standard au cours desquels aucune tâche n'est réalisée par les sujets.

Les ondes λ sont beaucoup plus fréquemment observées lors des enregistrements EEG vidéo prolongés et des holters EEG, au cours desquel les patients ont des activités habituelles comportant une fixation oculaire, telles que la lecture, notamment. Elles ont une morphologie pointue et ne doivent pas être interprétées à tort comme des pointes intercritiques. Les sujets présentant des ondes λ ont fréquemment un entraînement photique, ce qui suggère que ces 2 activités ont le même générateur occipital (8).

Wicket spikes

Les wicket spikes sont des activités physiologiques inhabituelles rencontrées essentiellement chez l'adulte. Leur prévalence est estimée à 0,03 % (2). Elles peuvent être enregistrées pendant la veille et sont souvent majorées par la somnolence et le sommeil lent (5). Il s'agit de pointes isolées ou regroupées en bouffées, le plus souvent dans une bande de fréquences allant de 6 à 11 Hz. Elles sont enregistrées au niveau des dérivations temporales, soit de façon unilatérale, soit de façon bilatérale et indépendante.

La morphologie des bouffées est caractéristique, avec une enveloppe crescendo­-decrescendo des pointes arciformes (figure 3). Elles ne sont pas suivies d'ondes lentes. Elles ne doivent pas être interprétées à tort comme des pointes épileptiques temporales, mais cette distinction peut parfois être difficile et rester incertaine.

SREDA (subclinical rhythmic electrographic discharge of adults)

Cette activité physiologique inhabituelle est rare (prévalence : 0,07 %) [3]. Elle survient chez l'adulte, généralement après 50 ans, lors de la veille ou, occasionnellement, lors du sommeil (4). Il s'agit d'une décharge rythmique dans la bande θ, maximale au niveau des dérivations temporo­pariétales ou centro­pariétales, uni- ou bilatérale asymétrique, durant 40 à 60 secondes, de début abrupt et de fin progressive. La fréquence de la décharge des SREDA est en principe stable, et les décharges de SREDA ne sont pas suivies d'ondes lentes (figure 4 ; tableau I). L'hyperventilation favorise généralement les SREDA. Lorsqu'elles sont enregistrées chez un sujet, elles sont généralement retrouvées sur d'autres EEG réalisés au cours du temps chez ce même sujet et peuvent être favorisées par la réalisation d'hyper­pnées. Des études cherchant à localiser la source des SREDA réalisées en EEG haute résolution ont mis en évidence un générateur large pariétal bilatéral (9).

Au cours de la somnolence ou du sommeil

POST (positive occipital sharp transients)

Cette activité physiologique inhabituelle est enregistrée au cours de la somnolence ou du sommeil lent, plus souvent chez l'adulte jeune. Elle est très fréquente. Sa prévalence est en effet comprise entre 8 et 79 % (11, 12). Il s'agit d'ondes aiguës, de topogra­phie bioccipitale, dont l'amplitude peut être asymétrique (figure 5). Une étude en ­magnéto­encéphalo­graphie (MEG) a caractérisé leur morpholo­gie et mis en évidence un générateur bioccipital médian des POST (13). Elles peuvent survenir de façon isolée ou, plus souvent, se regrouper en bouffées répétitives (5).

Les POST sont des ­activités physiologiques inhabituelles de survenue fréquente, qui ne doivent pas être interprétées à tort comme des activités paroxystiques intercritiques occipitales

Pointes sporadiques bénignes du sommeil

Cette activité physiologique inhabituelle du sommeil est retrouvée chez 1,8% des adultes (2), plus souvent dans le sommeil lent léger. Il s'agit de pointes isolées de morphologie monophasique ou diphasique, de faible amplitude et de durée brève (< 50 ms) [5]. Elles sont diffuses mais peuvent prédominer au niveau des dérivations temporales (14). Elles surviennent le plus souvent de façon isolée.

Décharge rythmique temporale moyenne

Cette activité physiologique inhabituelle est retrouvée chez 1 % des sujets sains (2), le plus souvent chez l'adolescent ou l'adulte jeune pendant la somnolence (5). Il s'agit de bouffées ou décharges rythmiques dans la bande θ, de morphologie souvent aiguë. Les décharges rythmiques temporales moyennes sont majoritairement observées sur les dérivations temporales moyennes, de façon uni- ou bilatérale, et peuvent passer d'un hémi­sphère à l'autre. Il n'y a pas de recrutement au cours de la décharge, qui reste monomorphe (10). La décharge peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes.

Pointes positives à 14 et 6 Hz

Cette activité a une prévalence de 0,5 % chez les sujets sains (2). Elle est le plus souvent observée chez l'adolescent (mais peut persister chez l'adulte) au cours de la somnolence ou du sommeil lent et léger. Elle peut coexister avec les décharges de pointes-ondes à 6 Hz décrites ci-dessous. Il s'agit de bouffées de pointes positives regroupées en fuseaux en dents de peigne de topographie temporale postérieure unilatérale ou bilatérale, le plus souvent asynchrones. La fréquence des bouffées est habituellement de 6 ou 14 Hz, et leur durée de 0,5 à 1 seconde.

Les décharges de pointes-ondes à 6 Hz

Il s'agit de décharges de pointes-ondes bilatérales, synchrones, à une fréquence comprise entre 5 et 7 Hz (5). Leur durée est généralement brève (1-2 secondes). Ces activités sont plus souvent retrouvées chez l'adulte jeune et l'adolescent, majoritairement pendant la somnolence (7).

Conclusion

Les activités physiologiques inhabituelles sont des variantes physiologiques de l'électrogenèse cérébrale. En EEG, et également en magnéto­encéphalo­graphie, leur morphologie et leurs caractéristiques doivent être bien connues, surtout pour les plus fréquentes (α variant, ondes λ, POST en particulier) afin de ne pas les mésinterpréter et conclure à tort à une origine épileptique. Ces activités sont bien décrites en EEG mais restent à l'heure actuelle peu analysées dans la modalité MEG. ■


FIGURES

Références

1. André-Obadia N, Sauleau P, Cheliout-Heraut F et al. French guidelines on electroencephalogram. Neurophysiologie Clinique 2014;44(6):515-612

2. Santoshkumar B, Chong JJ, Blume WT et al. Prevalence of benign epileptiform variants. Clin Neurophysiol 2009;120(5):856-61.

3. Dash GK et Radhakrishnan A. What does “subclinical rhythmic electrographic discharge of adults” in EEG signify? J Clin Neurophysiol 2013;30(3):255-60.

4. Radhakrishnan K, Santoshkumar B, Venugopal A. Prevalence of benign epileptiform variants observed in an EEG laboratory from South India. Clin Neurophysiol 1999;110(2):280-5.

5. Tatum WO, Husain AM, Benbadis SR, Kaplan PW. Normal adult EEG and patterns of uncertain significance. J Clin Neurophysiol 2006;23(3):194-207.

6. Crespel A, Velizarova R, Garrigues G, Gelisse P. A new case of slow alpha variant during REM sleep. Neurophysiol Clin 2009;39(4-5):263-5.

7. Schomer DL et da Silva FHL. Niedermeyer’s electroencephalography: basic principles, clinical applications and related fields. Lippincott Williams & Wilkins, Philadelphia. 2005.

8. Tatum WO, Ly RC, Sluzewska-Niedzwiedz M, Shih JJ. Lambda waves and occipital generators. Clin EEG Neurosci 2013;44(4):307-12.

9. Zumsteg D, Andrade DM, Del Campo JM, Wennberg R. Parietal lobe source localization and sensitivity to hyperventilation in a patient with subclinical rhythmic electrographic discharges of adults (SREDA). Clin Neurophysiol 2006;117(10):2257-63.

10. Westmoreland BF. Epileptiform electroencephalographic patterns. Mayo Clin Proc 1996;71(5):501-11.

11. Rey V, Aybek S, Maeder-Ingvar M, Rossetti AO. Positive occipital sharp transients of sleep (POSTS): a reappraisal. Clin Neurophysiol 2009;120(3):472-5.

12. Brenner RP, Zauel DW, Carlow TJ. Positive occipital sharp transients of sleep in the blind. Neurology 1978;28(6):609-12.

13. Kakisaka Y, Wang ZI, Enatsu R et al. Magnetoencephalography correlate of EEG POSTS (positive occipital sharp transients of sleep). J Clin Neurophysiol. 2013;30(3):235-7.

14. Crespel A et Gélisse P. Atlas d’électroencéphalographie, tome 1. Montrouge. Éditions John Libbey, 2005.

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteurs
Dr Estelle PRUVOST-ROBIEUX

Médecin, Neurologie, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Martine GAVARET

Médecin, Neurologie, Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Neurologie
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