Mise au point

Céphalées et migraine de l'enfant : quoi de neuf ?

Mis en ligne le 02/05/2018

Mis à jour le 08/05/2018

Auteurs : J.C. Cuvellier

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La prévalence des céphalées et de la migraine chez l'enfant et l'adolescent est respectivement de 54-58 % et 7,7-9,1 %. La majorité des enfants et adolescents migraineux ont des postdromes. La comorbidité migraine et épilepsie est confirmée et plusieurs entités ont été substituées à la migralepsie : crise déclenchée par une aura migraineuse, céphalée ictale épileptique et hemicrania epileptica. Les médicaments préventifs n'ont pas la même efficacité chez l'adulte et chez l'enfant. Découvrir de nouveaux médicaments et promouvoir en France les techniques de relaxation constituent 2 priorités.

Petit tour d'horizon du monde des céphalées en pédiatrie, ou quels sujets ont suscité l'intérêt de la communauté neuropédiatrique depuis la mise au point parue en 20141.

L'actualisation des données épidémiologiques

La méta-analyse de C. Wöber-Bingöl (1) a confirmé celle de I. Abu-Arafeh :

  • prévalence globale des céphalées : 54,4 % (C. Wöber-Bingöl) versus 58,4 % (I. Abu-Arafeh) ;
  • prévalence globale de la migraine : 9,1 % versus 7,7 %.

Alors que dans la plupart des pays, la notion d'âge va de 0 à 18 ans, en France la définition d'“enfant” va de 0 à 15 ans.

Des niches sémiologiques

Les enfants migraineux ont aussi des postdromes

Notre équipe a conduit la première étude consacrée à la phase de résolution de la crise de migraine chez l'enfant et l'adolescent (2). Nos recherches préliminaires avaient montré que 2 groupes de symptômes étaient présents pendant cette phase : certains avaient commencé avant la fin de la céphalée migraineuse et se poursuivaient pendant les postdromes, d'autres avaient débuté après la fin de la céphalée migraineuse. Nous avons appelé les premiers “symptômes persistants”, et les seconds, “postdromes vrais”. Cent enfants et adolescents souffrant de migraine sans et/ou avec aura typique (ICHD-3 β 1,1 et/ou 1,2) et leurs parents ont été interrogés par téléphone, après avoir été instruits à distinguer symptômes persistants et postdromes vrais, sur la phase de résolution des crises de migraine survenues pendant 6 mois consécutifs. Quatre-vingt-onze d'entre eux avaient des symptômes persistants (moyenne : 2,9 ; médiane : 2). Les plus fréquents étaient l'asthénie, les difficultés intellectuelles, la pâleur, le ralentissement idéatoire, l'anorexie, la somnolence et la nausée. Ils duraient moins de 12 heures chez 71 % des patients. Quatre-vingt-deux enfants avaient des postdromes vrais (moyenne : 2,6 ; médiane : 2). Les plus fréquents étaient la soif, la somnolence, les troubles visuels, la boulimie, les paresthésies et la douleur oculaire. Ils duraient moins de 12 heures chez 94 % des patients.

Les comorbidités de la migraine pédiatrique

La réalité de la comorbidité

La comorbidité migraine et épilepsie a suscité nombre de publications. Une méta-analyse récente (3) précise les données épidémiologiques : la prévalence à vie de l'épilepsie chez les migraineux est accrue de 79 % (par comparaison aux sujets non migraineux) et la prévalence à vie de la migraine chez les patients épileptiques est accrue de 52 % (par comparaison aux sujets non épileptiques). Les valeurs respectives dans l'unique étude pédiatrique (4) incluse dans cette méta-analyse sont même supérieures (84 et 105 %). Les auteurs ont toutefois souligné la grande hétérogénéité inter­études.

Quels syndromes épileptiques ?

S.A. Kelley et al. (5) ont trouvé que la prévalence de la migraine (selon les critères diagnostiques de l'ICHD-2) était de 25 %, augmentant avec l'âge (après 10 ans [p = 0,0009], 32 % > 12 ans) [n = 400 enfants épileptiques, âge moyen de 9,7 ans, interrogés par questionnaire en centre tertiaire hospitalier]. Les syndromes épileptiques concernés étaient l'épilepsie à pointes centro-temporales (EPCT) [p = 0,003] et l'épilepsie myoclonique juvénile (EMJ) [p = 0,008]. L'étude révélait une préoccupation imparfaite des médecins pour la migraine : seuls 50 % des migraineux justifiant d'un traitement préventif étaient pris en compte par le neurologue !

L'originalité de l'étude de cohorte de T. Clarke et al. (6) réside dans la comparaison de sujets index atteints d'EPCT (n = 72) avec des sujets non épileptiques (n = 150) et avec leur fratrie respective (n = 88 versus n = 188). Quinze pour cent des patients souffrant d'EPCT avaient une migraine (versus 7 % chez ceux indemnes d'épilepsie) ; les chiffres correspondant dans les fratries respectives étaient de 14 % et 4 %. La traduction en termes de HR était de 2,46 (IC95 : 1,06-5,70) dans la population index et de 2,86 (IC95 : 1,10-7,43) dans leur fratrie.

L'étude islandaise de P. Ludvigsson et al. (7) concernait 94 patients épileptiques nouvellement diagnostiqués, âgés de 5 à 15 ans, qui étaient appariés avec des sujets témoins du même âge (dans un rapport de 2/1). La prévalence de la migraine était respectivement de 20,2 % et 6,9 % dans chacun des 2 groupes. Cela ne concernait que la migraine avec aura (MA) [OR de 8,1 (IC95 : 2,7-4,3)].

I. Toldo et al. (8) ont repris dans une étude rétrospective, cas-témoins, 1 795 dossiers de céphalées idiopathiques (migraines et céphalées de type tension [CTT]). Cinquante-six patients avaient une épilepsie, la comorbidité migraine et épilepsie concernant 46 patients. Le risque de développer une épilepsie était 3,2 fois plus élevé chez les migraineux que chez les sujets souffrant de CTT, sans qu'il y ait de différence selon le type de migraine (sans aura [MO] versus MA, p = 0,89). Le risque de migraine était 4,5 fois plus élevé que le risque de CTT chez les patients épileptiques.

À la recherche de la migralepsie…

Introduite en 1960 par William Lennox (Epilepsy and related disorders. Boston: Little, Brown & Company, 1960), comme une affection où la “migraine ophtalmique est suivie de symptômes caractéristiques de l'épilepsie”, la migralepsie a fait récemment couler beaucoup d'encre. Si elle est absente de l'International League Against Epilepsy (ILAE), l'ICHD-3 β (9) comporte, sous l'appellation de “crise déclenchée par une aura migraineuse (ICHD-3 β 1.4.4)”, un concept similaire (encadré 1). La revue des cas de la littérature par G. Sances et al. (10) a conclu que, sur les 50 observations publiées, seules 2 vérifiaient les critères diagnostiques (de l'ICHD-2) de migralepsie ! L'électroencéphalographie (EEG) avait concerné seulement 68 % des cas et était normale dans 4 %. Nombre de cas publiés sont probablement des erreurs diagnostiques, au profit de celui de crises épileptiques occipitales authentiques ressemblant à la MA. La céphalée correspondrait à l'aura épileptique de la crise, voire en serait l'unique manifestation clinique ; autrement dit, elle serait une céphalée ictale, entité introduite par P. Parisi et al. (11) [encadré 2]. Les céphalées ictales sont des céphalées aiguës soulagées par l'injection intraveineuse d'un anti­épileptique. Plus troublantes sont les observations de céphalées chroniques quotidiennes, comme le cas n° 2 de E.G. Coci et al. (12) : une adolescente de 13 ans souffrait de céphalées chroniques quotidiennes intenses depuis 2 mois non soulagées par les antalgiques. L'EEG réalisée pendant les céphalées a montré des bouffées généralisées de pointes-ondes et polypointes-ondes majorées par l'hyperpnée et par les stimulations lumineuses intermittentes. La patiente a refusé l'injection intraveineuse d'un antiépileptique. L'éthosuximide per os (10 mg/kg/j) a entraîné la disparition des céphalées en quelques jours, suivie de leur reprise à l'arrêt de l'éthosuximide, à l'initiative de la patiente, et de leur résolution à la reprise du médicament. Alors, faut-il remettre en question le précepte avec lequel les neuropédiatres de ma génération ont été élevés, qui affirme que l'EEG n'a pas d'intérêt dans la démarche diagnostique devant des céphalées ?

L'hemicrania epileptica (ICHD-3 β 7.6.1) [9] se distingue de la céphalée ictale de P. Parisi et al. par la présence d'autres manifestations critiques que la céphalée (motrices, sensitives, etc.), alors que dans la céphalée ictale, la céphalée est la seule manifestation épileptique (des signes neurovégétatifs associés sont toutefois admis) [encadré 3].

Plus banale est évidemment la céphalée post­critique pour laquelle l'ICHD-3 β fournit des critères diagnostiques (9) [encadré 4]. Elle est fréquente, succédant à 12 à 52 % des crises épileptiques.

Les nouveautés thérapeutiques

Si plusieurs études concernant les anticorps anti-CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide) chez des patients adultes ont été publiées, la première analyse pédiatrique se fait attendre. Si on dispose aujourd'hui d'un nombre de méta-analyses consacrées aux médicaments préventifs s'approchant du nombre d'études individuelles qui leur sont consacrées, avec, curieusement, des divergences d'une méta-analyse à l'autre dans les conclusions, l'étude américaine CHAMP (13), prospective, multicentrique (31 centres) d'une durée de 28 semaines, vient de jeter un pavé dans la mare. Elle a comparé l'efficacité préventive de l'amitriptyline et du topiramate au placebo (dans un rapport 2/2/1). Étaient inclus (n = 324) des patients âgés de 8 à 17 ans, ayant une migraine épisodique, avec ou sans aura, ou une migraine chronique, vérifiant les critères respectifs 1,1, 1,2 et/ou 1,3 de l'ICHD-3 β, ayant eu au moins 4 jours de céphalées pendant la ligne de base de 28 jours.

Soixante et un pour cent (n = 66) des patients du groupe placebo ont atteint le critère primaire d'efficacité (réduction d'au moins 50 % du nombre de jours de céphalées pendant les 28 derniers jours de l'étude par rapport à la ligne de base) versus 52 % (n = 132) et 55 % (n = 130) des patients traités respectivement par amitriptyline et topiramate. La réduction (sur les 28 derniers jours de l'étude par référence à la ligne de base) du score ­PedMIDAS était de 22,5 (27,6-17,4), 26,8 ­(32,2-21,5) et 22,6 (30,2-15,0), et celle du nombre absolu de jours de céphalées de 6,7 (7,9-5,5), 6,7 (7,6-5,7) et 5,9 (7,7-4,1) dans les groupes amitriptyline, topiramate et placebo respectivement.

Est-il besoin de dire qu'aucun de ces chiffres ­n'atteignait le seuil de significativité statistique ? Les effets indésirables conduisant à la sortie de l'étude étaient en revanche plus fréquents dans les groupes respectivement traités par amitriptyline : 7 (5 %), topiramate : 8 (6 %) et placebo : 1 (2 %). L'étude a été interrompue prématurément pour “futilité” et après survenue d'une tentative de suicide chez un patient sous topiramate. Les éditoriaux (14) se sont succédé depuis, affirmant que les résultats des études adultes ne pouvaient être transposés à l'enfant et l'adolescent, et qu'il fallait privilégier chez ces derniers les méthodes préventives non médicamenteuses, telles que la relaxation, le rétrocontrôle (biofeedback), l'autohypnose, ou la thérapie cognitivo-comportementale (une récente méta-analyse [15] conclut à son efficacité en pédiatrie).

Conclusion

La prévalence élevée des céphalées et de la migraine chez l'enfant et l'adolescent est confirmée. Continuer à explorer les différences sémiologiques par rapport à l'adulte ouvrira probablement des avancées physiopathologiques fécondes. Au-delà de la migralepsie, la comorbidité migraine et épilepsie n'a pas livré tous ses secrets ! En thérapeutique, si l'enfant n'est pas un adulte en miniature, la découverte de nouveaux médicaments et la promotion en France des techniques de relaxation constituent 2 priorités.■

Références

1. Wöber-Bingöl C. Epidemiology of migraine and headache in children and adolescents. Curr Pain Headache Rep 2013:17(6);341.

2. Mamouri O, Cuvellier JC, Duhamel A, Vallée L, Nguyen The Tich S. Postdrome symptoms in pediatric migraine: a questionnaire retrospective study by phone in 100 patients. Cephalalgia 2018;38(5):943-8.

3. Keezer MR, Bauer PR, Ferrari MD, Sander JW. The comorbid relationship between migraine and epilepsy: a systematic review and meta-analysis. Eur J Neurol 2015;22(7):
1038-47.

4. Baldin E, Ludvigsson P, Mixa O, Hesdorffer DC. Prevalence of recurrent symptoms and their association with epilepsy and febrile seizure in school-aged children: a community-based survey in Iceland. Epilepsy Behav 2012;23(3):315-9.

5. Kelley SA, Hartman AL, Kossoff EH. Comorbidity of migraine in children presenting with epilepsy to a tertiary care center. Neurology 2012;79(5):468-73.

6. Clarke T, Baskurt Z, Strug LJ, Pal DK. Evidence of shared genetic risk factors for migraine and rolandic epilepsy. Epilepsia 2009;50(11):2428-33.

7. Ludvigsson P, Hesdorffer D, Olafsson E, Kjartansson O, Hauser WA. Migraine with aura is a risk factor for unprovoked seizures in children. Ann Neurol 2006;59(1):210-3.

8. Toldo I, Perissinotto E, Menegazzo F et al. Comorbidity between headache and epilepsy in a pediatric headache center. J Headache Pain 2010;11(3):235-40.

9. Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS). The International classification of headache disorders, 3rd edition (beta version). Cephalalgia 2013;33(9):692-808.

10. Sances G, Guaschino E, Perucca P, Allena M, Ghiotto N, Manni R. Migralepsy: a call for a revision of the definition. Epilepsia 2009;50:2487-96.

11. Parisi P, Striano P, Trenité DG et al. Ictal epileptic headache: recent concepts for new classifications criteria. Cephalalgia 2012;32(9):723-4.

12. Coci EG, Riedel J. Exploring two novel cases of suspected ictal epileptic headache, a rare form of paediatric epilepsy. Acta Pædiatra 2017;106(5):786-90.

13. Powers SW, Coffey CS, Chamberlin LA et al. Trial of amitriptyline, topiramate, and placebo for pediatric migraine. N Engl J Med 2017;376:115-24.

14. Jackson JL. Pediatric migraine headache – still searching for effective treatments. N Engl J Med 2017;376(2):169-70.

15. Ng QX, Venkatanarayanan N, Kumar L. A systematic review and meta-analysis of the efficacy of cognitive behavioral therapy for the management of pediatric migraine. Headache 2017;57(3):349-62.

Liens d'interêts

L’auteur déclare avoir des liens d’intérêts avec Shire, Merck-Serono et Novartis.

auteur
Dr Jean-Christophe CUVELLIER

Médecin
Pédiatrie
Hôpital Roger-Salengro, CHRU, Lille
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Neurologie
thématique(s)
Neurovasculaire - Céphalées
Mots-clés