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Différences cliniques, neuropathologiques et génétiques entre la maladie d'Alzheimer et la tauopathie primaire liée à l'âge

Mis en ligne le 30/04/2019

Auteurs : J. Lagarde

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Cette étude porte sur la comparaison de patients présentant une MA et une tauopathie primaire liée à l'âge (PART), c'est-à-dire une tauopathie souvent limitée aux régions limbiques, en l'absence d'amyloïdopathie significative, telle qu'on la rencontre dans la MA. Un examen autopsique a été réalisé chez 183 patients âgés de 85 ans ou plus ; un diagnostic neuro­pathologique de MA avait été posé chez 130 d'entre eux et un diagnostic de PART chez 42 autres. Les données neuropsychologiques portant sur 116 patients MA et 34 patients PART (les autres ayant été exclus du fait de la présence de lésions vasculaires pouvant interférer avec la pathologie neurodégénérative) étaient acquises de façon annuelle chez les patients à partir de l'âge de 75 ans, et évaluaient l'efficience cognitive globale, la mémoire épisodique, les fonctions exécutives, l'attention, le langage et les capacités visuospatiales. Chez les 34 patients PART et chez 62 patients atteints de MA, l'étude neuropathologique a comporté la recherche des lésions TDP-43, alpha-synucléine et vasculaires, en plus des pathologies tau et amyloïde. L'évaluation cognitive initiale ne montrait pas de différence significative entre les 2 groupes. Lors du dernier examen effectué, les patients présentant une MA avaient des scores significativement plus faibles que les patients atteints de PART en mémoire épisodique, avec également une tendance similaire pour le langage et l'efficience cognitive globale. Les patients MA montraient un taux de déclin dans le temps plus important que les patients PART dans les domaines de la mémoire, du langage, des capacités visuospatiales et de l'efficience cognitive globale (MMSE). On note également une proportion significativement plus importante de l'allèle APOE4 dans le groupe MA par rapport au groupe PART. La présence de copathologies de type TDP-43 ou alpha-synucléine était également plus fréquente dans le groupe MA que dans le groupe PART, sans que la différence soit cependant statistiquement significative.

Commentaire

Les données clinicopathologiques présentées dans cette étude explorent la question de la relation entre la MA et une entité récemment décrite, caractérisée par une tauopathie plutôt circonscrite aux régions limbiques et au cerveau basal, dont la fréquence semble augmenter singulièrement avec l'âge. Les différences rapportées ici entre ces 2 pathologies, tant sur le plan clinique que génétique et neuropathologique, semblent renforcer l'idée qu'elles pourraient bien avoir des bases physiopathologiques distinctes. Ces considérations sont importantes, car elles apportent un éclairage supplémentaire sur les relations entre les pathologies tau et amyloïdes, en soulignant la possibilité que la pathologie tau puisse entrer en compte dans des troubles cognitifs indépendamment des lésions amyloïdes, qui pourraient cependant contribuer à renforcer leur extension aux régions néocorticales dans la MA. D'un point de vue clinique, cela renforce l'importance de les distinguer chez les patients, du fait d'un pronostic différent et de la nécessité de pistes de réflexion diverses quant au développement d'éventuels traitements curatifs.

Références

Bell WR et al. Neuropathologic, genetic, and longitudinal cognitive profiles in primary age-related tauopathy (PART) and Alzheimer’s disease. Alzheimers Dement 2019;15(1):8-16.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Julien LAGARDE

Médecin
Neurologie
Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Neurologie
thématique(s)
Démences - Alzheimer