Mise au point

Syndrome de la maladie post-orgasmique : revue de la littérature

Mis en ligne le 19/06/2018

Mis à jour le 21/06/2018

Auteurs : B. Bignami, F. Le Breton, G. Amarenco

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Le Postorgasmic IIlness Syndrome (POIS), ou syndrome de la maladie post-orgasmique (SMPO), est un syndrome rare, récemment décrit, qui regroupe un ensemble de symptômes cliniques – physiques ou cognitifs – apparaissant électivement après une éjaculation ou un orgasme et pouvant perdurer plusieurs jours. Les étiologies et les mécanismes physiopathologiques du SMPO restent discutés. Une allergie à l'une des protéines composant le liquide séminal ou à une protéine excrétée pendant l'éjaculation, une origine psychosomatique, un équivalent migraineux ou épiletique, et une dysrégulation végétative restent les mécanismes les plus évoqués.

Le SMPO a été rapporté et décrit pour la première fois par M.D. Waldinger et D.H. Schweitzer en 2002 (1). On recense aujourd'hui 55 cas, comprenant les 2 cas initiaux rapportés par M.D. Waldinger et D.H. Schweitzer (1), 2 cas rapportés par J. Ashby et D. Goldmeier (2) en 2010, 1 cas rapporté par A.M. Attia et al. (3), 1 cas rapporté par S.J. Puerta Suárez et M.W. Cardona en 2013 (4), 1 cas rapporté par N. Jiang et al. en 2015 (5), 45 cas récemment rapportés par M.D. Waldinger (6) et 3 cas rapportés par notre équipe (7).

Critères diagnostiques

Récemment, M.D. Waldinger (8) a proposé 5 critères pouvant faire évoquer ce syndrome. Premièrement, il faut que le patient présente au moins 1 des symptômes parmi : une sensation d'état grippal ou d'extrême fatigue, une faiblesse musculaire, un état fébrile ou des frissons, des troubles de l'humeur, une irritabilité, des troubles de la mémoire, des difficultés de concentration, un discours incohérent, un prurit nasal et/ou oculaire. Deuxièmement, l'ensemble de ces symptômes doit apparaître immédiatement (dans la seconde), peu de temps après (quelques minutes) ou dans les heures suivant une éjaculation initiée par un coït et/ou une masturbation et/ou spontanément (durant le sommeil par exemple). Troisièmement, ces symptômes doivent toujours, ou presque toujours (dans plus de 90 % des cas), survenir après une éjaculation. Quatrièmement, la majorité de ces symptômes doivent durer entre 2 et 7 jours. Cinquièmement, ils doivent disparaître spontanément.

Étiopathogénie

L'étiopathogénie du SMPO n'est pas encore clairement définie. Une théorie tend à rapporter les symptômes à une réaction allergique (1). En effet, selon M.D. Waldinger et D.H. Schweitzer, une réaction allergique consécutive à la libération de substances spécifiques dans le sang après une éjaculation et un orgasme pourrait se produire et causer les symptômes du SMPO. D'autres théories ont été proposées, comme un désordre d'origine psychosomatique, des troubles hormonaux avec un déficit en cortisol ou en testostérone, une hypothyroïdie, une hyperprolactinémie, des troubles du système sérotoninergique ou adrénergique, un équivalent migraineux ou épileptique ou encore une dysautonomie (7). Il est en effet probable que ces symptômes puissent s'intégrer dans le cadre d'une dysrégulation passagère du système nerveux autonome car il est bien connu que l'éjaculation déclenche un véritable “orage végétatif” avec, au décours de l'orgasme, une augmentation de l'activité sympathique, accompagnée d'une libération de noradrénaline (9) dans le liquide céphalorachidien et le plasma. Il est probable que d'autres catécholamines et neurotransmetteurs soient également impliqués dans l'excitation et libérés après l'orgasme. Il a également été démontré que plusieurs neurotransmetteurs comme la dopamine, la noradrénaline, les opioïdes et la sérotonine jouaient un rôle tantôt stimulateur tantôt inhibiteur sur l'activité sexuelle (10). Leurs éventuelles contributions dans le SMPO sont à ce jour encore inconnues.

Les autres hypothèses qui peuvent être envisagées sont donc neurologiques, parmi lesquelles, tout d'abord, une comitialité partielle déclenchée par l'éjaculation et, d'autre part, une “migraine sans migraine”. En effet, les symptômes cliniques décrits sont compatibles avec un état post-critique épileptique. Il est, de plus, bien connu qu'il existe de nombreuses circonstances déclenchantes des épisodes migraineux : migraine de week-end, migraine coïtale, migraine cataméniale, migraine de repos, migraine de stress, migraine d'altitude, migraine par privation de café, migraine alcool-dépendante, etc. Certains phénomènes migraineux sont même électivement induits par des stimuli spécifiques : auras visuelles provoquées par une stimulation lumineuse brutale, tel un flash ou un rayon de soleil. Le déclenchement d'une crise migraineuse complexe chez certains sujets prédisposés par une éjaculation est ainsi concevable.

Les origines allergiques ou encore immunologiques sont également discutées. Dans une étude de M.D. Waldinger (6) regroupant 45 patients suspects de SMPO, 58 % des patients avaient d'autres allergies mais la moyenne des immunoglobulines E (IgE) intrasériques des patients non atopiques était normale.

L'hypothèse d'une défaillance du système immunologique, dont l'implication dans l'activité sexuelle semble démontrée, avec une activation du système immunologique lors de l'orgasme par libération de certaines cellules (lymphocytes B et T) dans le sang (11), est également discutée dans cette même étude puisque 88 % des patients présentaient un prick-test positif à leur propre sperme (6). Cette hypothèse immuno-allergique est corroborée par le cas (12) d'une femme ayant déclenché des réactions allergiques après exposition au sperme de son partenaire ainsi que par l'efficacité partielle d'une désensibilisation au sperme chez cette même femme (12) et chez 2 patients (13).

Thérapeutique

Sur le plan thérapeutique, outre la désensibilisation en cas d'allergie au sperme (8, 13), certaines médications peuvent être essayées comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens, le tramadol ou les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (1, 2). Il peut aussi être envisagé d'essayer des traitements neuroleptiques, antihistaminiques, anticholinergiques et anticholinestérasiques (7), voire d'introduire un traitement antimigraineux ou antiépileptique d'épreuve.

Conclusion

Le SMPO est une maladie rare et probablement sous-diagnostiquée car encore méconnue.

Au-delà des mécanismes physiopathologiques classiquement suspectés (auto-allergie au liquide séminal, dysfonctionnement psychique), on a pu récemment évoquer des hypothèses spécifiquement neurogéniques, telles une dysautonomie spécifique, des crises comitiales partielles avec état post-critique et des crises de migraine complexe. Ces hypothèses permettent d'imaginer des traitements d'épreuve spécifiques.■

Références

1. Waldinger MD, Schweitzer DH (2002). Post­orgasmic illness syndrome: Two cases. J Sex Marital Ther 2002;28(3):251-5.

2. Ashby J, Goldmeier D. Postorgasm illness syndrome – a spectrum of illnesses. J Sex Med 2010;7(5):1976-81.

3. Attia AM, Yasien HA, Al-Ziny MH. Post-orgasmic illness syndrome: a case report. F1000Research 2013;2:113.

4. Puerta Suárez J, Cardona Maya W. Postorgasmic illness syndrome: semen allergy in men. Actas Urol Esp, 2013;37(9):593.

5. Jiang N, Xi G, Li H, Yin J. Postorgasmic Illness Syndrome (POIS) in a Chinese man: no proof for ige-mediated allergy to semen. J Sex Med 2015;12(3):840-5.

6. Waldinger MD, Meinardi MM, Zwinderman AH, Schweitzer DH. Postorgasmic illness syndrome (POIS) in 45 Dutch Caucasian males: clinical characteristics and evidence for an immunogenic pathogenesis (Part 1). J Sex Med 2011;8(4):1164-70.

7. Bignami B, Honore T, Turmel N et al. Post-orgasmic illness syndrome. Prog Urol 2017;27(7):446-8.

8. Waldinger MD. Post orgasmic illness syndrome (POIS). Transl Androl and Urol 2016;5(4):602-6.

9. Kruger T, Schiffer B, Eikermann M, Haake P, Gizewski E, Schedlowski M. Serial neurochemical measurement of cerebro­spinal fluid during the human sexual response cycle. Eur J Neurosci 2006; 24(12):3445-52.

10. Pfaus JG. Pathways of sexual desire. J Sex Med 2009; 6(6):1506-33.

11. Haake P, Krueger TH, Goebel MU, Heberling KM, Hartmann U, Schedlowski M. Effects of sexual arousal on lymphocyte subset circulation and cytokine production in man. Neuroimmunomodulation 2004;11(5):293-8.

12. Lee J, Kim S, Kim M et al. Anaphylaxis to husband’s seminal plasma and treatment by local desensitization. Clin Mol Allergy 2008;6:13.

13. Waldinger MD, Meinardi MM, Schweitzer DH. Hyposensitization therapy with autologous semen in two Dutch Caucasian males: beneficial effects in postorgasmic illness syndrome (POIS; Part 2).J Sex Med 2011;8(4):1171-6.

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteurs
Dr Blaise BIGNAMI

Médecin, Médecine physique et réadaptation, Hôpital Tenon, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Gérard AMARENCO

Médecin, Neurologie, Hôpital Tenon, Paris, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Neurologie
Mots-clés