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Traitement de l'apathie par méthylphénidate dans la maladie d'Alzheimer

Mis en ligne le 24/03/2018

Auteurs : J. Lagarde

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Dans cet essai contrôlé, randomisé et en double aveugle, 60 vétérans de l'armée américaine présentant une probable maladie d'Alzheimer avec un MMSE d'au moins 18/30 et un score supérieur à 40 à l'AES-C (Apathy Evaluation Scale–Clinician version) ont été randomisés pour recevoir, durant 12 semaines, soit un traitement par méthylphénidate (à la dose de 5 mg × 2/j initialement, puis de 10 mg × 2/j après 2 semaines), pour 30 d'entre eux, soit un placebo, pour les 30 autres. Le critère principal de jugement était le score à l'AES-C mesuré au début du traitement, puis à 4, 8 et 12 semaines. Les critères secondaires étaient les scores au MMSE, à une échelle fonctionnelle d'activités de la vie quotidienne, à une échelle évaluant le fardeau de l'aidant (Zarit Burden Scale), à l'échelle de sévérité globale de la maladie (Clinical Global Impression [CGI]) et à une échelle de dépression. Après avoir pris en compte les scores initiaux (en particulier celui de l'échelle de dépression) et les traitements concomitants, on observe un effet bénéfique du méthylphénidate statistiquement significatif sur le score de l'échelle d'apathie à 4, 8 et 12 semaines, ainsi que sur l'ensemble des critères secondaires de jugement à 12 semaines. On note la survenue de 22 effets indésirables (13 dans le groupe traité et 9 dans le groupe placebo). Un effet indésirable sérieux consistant en la survenue d'une crise comitiale a été considéré comme pouvant être lié au traitement. Il n'y a pas de différence significative dans la proportion de survenue d'effets indésirables entre les 2 groupes.

Commentaire

L'apathie est le trouble du comportement le plus fréquent dans la maladie d'Alzheimer, et les options thérapeutiques pour essayer de l'atténuer sont très limitées en dehors des traitements anticholinestérasiques, qui peuvent avoir un effet bénéfique, même s'il n'est souvent que partiel. Cette étude, qui fait suite à 2 autres ayant suggéré un effet du méthylphénidate pris pendant une courte durée (2 ou 6 semaines) sur l'apathie dans la maladie d'Alzheimer, semble confirmer ce résultat sur une durée de traitement plus longue, avec un effet dépendant de la durée, ce qui suggère également un bénéfice dans d'autres domaines que l'apathie. Il faut néanmoins souligner que l'effectif de cette étude est assez limité, que l'échantillon n'est pas très représentatif, car constitué uniquement d'hommes (chez qui l'effet du traitement semble en principe plus prononcé), et que le diagnostic de maladie d'Alzheimer dans cette étude ne repose pas sur des critères clinicobiologiques. Ce résultat, qui est en faveur de l'hypothèse dopaminergique de l'apathie, nécessite donc d'être consolidé sur d'autres groupes de patients, et il est important de s'assurer de la bonne tolérance de ce traitement, qui est suggérée dans cette étude, mais devra être confirmée, en raison, notamment, d'un risque d'élévation de la pression artérielle et de crises comitiales.

Références

Padala PR, Padala KP, Lensing SY et al. Methylphenidate for apathy in community-dwelling older veterans with mild Alzheimer’s disease: a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. Am J Psychiatry 2018;175(2):159-68.

Liens d'interêts

J. Lagarde déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Julien LAGARDE

Médecin
Neurologie
Centre hospitalier Sainte-Anne, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Neurologie
thématique(s)
Démences - Alzheimer
Mots-clés