Dossier

Épistaxis antérieure de l'adulte : cautérisation chimique ou électrique ?

Mis en ligne le 11/12/2018

Mis à jour le 12/12/2018

Auteurs : B. Verillaud

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  • L'idéal est d'effectuer une cautérisation électrique après anesthésie locale avec vasoconstriction (niveau de preuve 2, recommandation de grade B).

L'épistaxis est l'un des motifs de consultation le plus fréquent en ORL : elle représentait ainsi 11,5 % des consultations en urgence et près d'un quart des motifs d'hospitalisation dans une étude publiée par Timsit et al. en 2011, et portant sur 20 563 patients consécutifs (1). La gestion de ces patients représente donc un enjeu important pour les praticiens ORL. La Société française d'ORL a publié en 2015 un rapport sur le thème des épistaxis (2) et des recommandations pour la pratique clinique ont été émises en 2017 (3). Parmi les premiers gestes, il est ainsi recommandé d'effectuer successivement un mouchage, une compression bidigitale, puis en cas d'échec une anesthésie locale avec vasoconstriction et une endoscopie nasale. En cas de saignement de la tache vasculaire il est ensuite recommandé de réaliser une cautérisation (4). Les possibilités de cautérisation chimique ou électrique sont évoquées, mais la supériorité de l'une ou l'autre de ces techniques n'est pas précisée.

Plusieurs études ont tenté de déterminer laquelle de ces 2 modalités de cautérisation était la plus efficace. Une étude randomisée contrôlée, réalisée chez 119 patients adultes et publiée en 1990, retrouvait une tendance à un moindre taux de récidive de saignement à 2 mois après cautérisation électrique, mais sans atteindre le seuil de significativité (possiblement pour des raisons de puissance de l'étude) (niveau de preuve 2) [5]. Sokya et al. publiaient en 2011 les résultats d'une étude de cohorte incluant 397 patients traités par cautérisation électrique à la pince bipolaire et 73 traités par cautérisation chimique au nitrate d'argent. L'étude n'était pas randomisée, et les patients avaient le traitement choisi par le praticien qui les recevait. Il existait dans cette étude une supériorité de la cautérisation électrique, tant pour le contrôle du saignement à la phase aiguë que pour la prévention des récidives (niveau de preuve 2) [6]. Enfin, Henderson et al. publiaient en 2013 les résultats d'une étude comparative de type “avant/après”, évaluant l'impact de la mise en place d'un protocole de cautérisation électrique à la pince bipolaire dans son équipe : 63 patients étaient traités par cautérisation chimique puis 61 patients par cautérisation électrique après la mise en place du nouveau protocole. Le taux d'échec était plus faible chez les patients traités par cautérisation électrique, avec un taux moindre de méchage et d'hospitalisation (niveau de preuve 2) [7].

Les données de ces 3 séries étaient réunies pour une analyse globale par McLeod et al. en 2017 et les auteurs rapportaient sur l'effectif total de 830 patients un taux d'échec de 14,5 % avec la cautérisation électrique contre 35,1 % avec la cautérisation chimique (p < 0,01) (niveau de preuve 2) [8].

À noter, la cautérisation doit être idéalement effectuée après le contrôle temporaire du saignement, afin de mieux visualiser la zone à cibler. Dans une étude comparative prospective portant sur 150 patients, Matoo et al. comparaient l'efficacité d'une cautérisation chimique au nitrate d'argent effectuée après anesthésie locale par un spray de lidocaïne et (i) une compression digitale, (ii) un méchage avec une solution adrénalinée, (iii) un méchage avec une solution de xylométazoline (vasoconstricteur). La compression bidigitale se révélait moins efficace que les 2 solutions de vasoconstricteur (qui étaient équivalentes entre elles) (niveau de preuve 2) [9]. En termes de tolérance par le patient, une étude de Nikolaou et al. concluait, après une comparaison prospective de l'inconfort mesuré sur une échelle visuelle analogique auprès de 84 patients, à une tolérance comparable entre cautérisations chimique et électrique. En revanche, le tamponnement par une sonde à ballonnet était à l'origine d'un inconfort significativement supérieur (niveau de preuve 2) [10].

Conclusion

En cas d'épistaxis antérieure spontanée survenant chez l'adulte, il faut effectuer une anesthésie locale avec vasoconstriction, et si le saignement siège au niveau de la tache vasculaire, il faut donner la préférence à une cautérisation électrique.■

Question non résolue

La réalisation d'une cautérisation bilatérale de la tache vasculaire au cours d'une même procédure expose-t-elle à un risque accru de perforation septale ?

Références

1. Timsit CA, Bouchene K, Olfatpour B, Herman P, Tran Ba Huy P. Epidemiology and clinical findings in 20,563 patients attending the Lariboisière Hospital ENT Adult Emergency Clinic. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac 2001;118:215-24.

2. Malard O, Crampette L, Herman P et al. Épistaxis : rapport de la Société Française d’ORL et de chirurgie cervico-faciale. Paris : Elsevier Masson, 2015.

3. https://www.orlfrance.org/wp-content/uploads2017/06/Prise-en-charge-des-epistaxis-adulte.pdf

4. Bequignon E, Vérillaud B, Robard L et al. ; SFORL work-group. Guidelines of the French Society of Otorhinolaryngology (SFORL). First-line treatment of epistaxis in adults. Eur Ann Otorhinolaryngol Head Neck Dis 2017;134:185-9.

5. Toner J, Walby A. Comparison of electro and chemical cautery in the treatment of anterior epistaxis. J Laryngol Otol 1990;104:617-8

6. Soyka MB, Nikolaou G, Rufibach K, Holzmann D. On the effectiveness of treatment options in epistaxis: an analysis of 678 interventions. Rhinology 2011;49:474-8.

7. Henderson AH, Larkins A, Repanos C. The use of bipolar electrocautery in adult epistaxis management: using audit of one hundred and twenty-four cases to define a standardised protocol. Clin Otolaryngol 2013;38:554-8.

8. Mcleod RWJ, Price A, Williams RJ, Smith ME, Smith M, Owens D. Intranasal cautery for the management of adult epistaxis: systematic review. J Laryngol Otol 2017;131:1056-64.

9. Mattoo O, Yousuf A, Mir A, Muzaffar R, Pampori R. Control of anterior epistaxis: a comparative analysis of the decongestive effect of xylometazoline and adrenaline in idiopathic epistaxis in emergency settings. Clin Rhinol 2011;4:130-5.

10. Nikolaou G, Holzmann D, Soyka MB. Discomfort and costsin epistaxis treatment. Eur Arch Otorhinolaryngol 2013;270:2239-44.

Liens d'interêts

B. Verillaud déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Benjamin VERILLAUD

Médecin
ORL et chirurgie cervico-faciale
Hôpital Lariboisière, AP-HP, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
ORL
Mots-clés