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Étude de faisabilité d'une reconstruction d'une trachée et d'une bronche grâce à l'ingénierie biologique, par une matrice aortique stentée

Mis en ligne le 26/09/2018

Mis à jour le 28/09/2018

Auteurs : Dr Celeste Rebours

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E. Martinod et al. ont réalisé, d'octobre 2009 à février 2017 à l'hôpital d'Avicenne, une innovation chirurgicale en greffant des trachées et bronches chez 13 patients grâce à une prothèse aortique stentée. Ces patients présentaient une lésion bénigne ou maligne (traitée ou non par chimiothérapie néodajuvante), significative et proximale nécessitant une résection chirurgicale invasive de la trachée, le plus souvent inaccessible à des traitements habituels. Vingt patients ont été inclus dans l'étude (âge moyen de 54,9 ans, 13 hommes) ; 7 patients n'ont pas bénéficié de la greffe (contre indication médicale n = 1, pneumonectomie non réalisable n = 1, thoracotomie exploratrice seule n = 2, lobectomie ou bilobectomie réalisables n = 3) ; 5 patients ont eu une greffe de trachée ; 7 patients, une greffe de bronche ; 1 patient une greffe de carène. La technique chirurgicale consiste en une exérèse de la lésion en marges saines, suivie, lorsqu'en peropératoire les techniques de reconstruction habituelles s'avèrent impossibles, d'une greffe de la voie aérienne, à l'aide d'une prothèse aortique cryoconservée, calibrée par un stent en nitinol ou en silicone. Un lambeau local est placé en regard des sutures afin de favoriser la néovascularisation et d'éviter la fistulisation. Suivant les recommandations en chirurgie vasculaire, aucun traitement immunosuppresseur n'est nécessaire pour les prothèses aortiques. Un patient est décédé au cours des 3 premiers mois (critère de jugement principal : 5 %). Il avait bénéficié d'une chirurgie lourde, nécessitant une circulation extracorporelle, pour une greffe de la carène. Le critère de jugement secondaire était la morbidité dans les trois premiers mois. Aucune complication chirurgicale n'a été relevée. Les complications observées ont été un œdème laryngé nécessitant une trachéotomie temporaire, un œdème pulmonaire, un syndrome de détresse respiratoire, une arythmie cardiaque. À plus long terme, il a été observé des granulomes endotrachéaux qui ont pu être traités avec succès par des gestes locaux, cependant un patient a dû avoir une trachéotomie temporaire entre 2 à 5 mois postopératoire. Le suivi médian était de 3 ans et 11 mois, sur 13 patients 10 étaient encore en vie, dont 8 ont pu avoir une ablation du stent avec une respiration normale. L'analyse endoscopique et biologique postopératoire a permis de constater la disparition des cellules du donneur et la colonisation par les cellules hôtes, avec régénération d'un épithélium mixte respiratoire, et reconstruction d'un néocartilage.

Commentaire

Ces résultats, fruits de nombreuses années de recherche par l'équipe sur le modèle animal, puis humain, sont très prometteurs pour des patients à qui l'on proposait bien souvent un traitement palliatif. La poursuite des recherches pourrait peut-être permettre de traiter des patients avec un cancer thyroïdien localement évolué, voire de découvrir des pistes pour reconstruire un larynx ?

Références

Martinod E, Chouahnia K, Radu D et al. Feasibility of bioengineered tracheal and bronchial reconstruction using stented aortic matrices. JAMA 2018;319:2212-22.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Céleste REBOURS

Médecin
ORL et chirurgie cervico-faciale
CHI de Poissy-Saint-Germain-en-Laye, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
ORL
Mots-clés