Revue de presse grand public

Mis en ligne le 01/02/2001

Auteurs :

Lire l'article complet (pdf / 50,38 Ko)
“La santé peut être bonne. La maladie peut parfois être meilleure. Les maladies sont des questions posées. Ce sont aussi des tâches à remplir, et même des distinctions. Le fait décisif, c’est la manière dont on les supporte.” E. Jünger (dans sa période conceptuelle nietzschéenne prétransitionnelle esthétisme éclectique... comme m’expliquait mon voisin de palier, plombier de son état) Joli sujet de dissertation pour psycho-oncologues en mal de réflexion, n’est-il pas ? À moins qu’ils ne préfèrent celui d’un des rares bipèdes terriens ayant saisi l’intérêt bancaire colossal de se faire psychanalyser par des millions de personnes plutôt qu’une seule : Woody Allen himself, lorsqu’il gémit : “Rather than to make a depression, I’d develop a cancer”. Car s’il y a bien un topique qui détient la Palme d’or, la Légion d’honneur, le prix Nobel, la Victoria Cross des idées reçues, c’est celui de la floraison cancéreuse par souffrance de la psyché, autrement dit psychogenèse des cancers ! Ainsi, même Montaigne notait-il dans ses Essais : “J’ai ouï réciter plusieurs exemples de gens devenus malades, ayant entrepris de s’en feindre” et Sainte-Beuve écrivait : “La médecine donne aux hommes plus que la santé, elle leur donne le bonheur ; car tant de maladies viennent de l’âme”. Alors comment lutter contre des siècles d’endoctrinement enfoui aux tréfonds de l’inconscient collectif quand, en plus, on a ouï maintes fois dans notre tendre enfance judéo-chrétienne : “c’est bien fait pour toi, c’est le Bon Dieu qui t’a puni(e)” ? Que l’un de nous ose prétendre n’avoir jamais pensé ou dit : “avec tout ce qui lui est arrivé, ce n’est pas étonnant”, en parlant d’une patiente dont la vie ressemble à un best of des Rougon-Macquart et nous lui érigerons immédiatement une statue... au Panthéon de la mauvaise foi ! Et que de fois n’avons-nous pas entendu, à l’annonce d’un diagnostic redouté, cette fréquente doléance : “Mais pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?” pour laquelle peu d’entre nous se risquent à tenter une ébauche justificative, tant le terrain nous paraît aussi fiable qu’une plage normande un 6 juin 1944 ! Et vraisemblablement, nous ne sommes pas les seuls à le penser, car le peu d’articles journalistiques sur ce sujet est totalement surprenant, comme si nos stukas de la plume informative se retrouvaient, subitement, à cours de kérosène. En octobre 1999, Elle s’aventurait timidement avec “Cancer du sein : au-delà de la maladie, le choc psy”, où l’on retrouvait des conseils psychothérapeutiques réservés aux proches des malades et où apparaissait la notion de psycho-oncologie destinée au suivi psychologique des malades cancéreux. Il faudra attendre mars 2000 pour lire dans La Croix “Apprendre aux patients à vivre avec leur tumeur”, où il est expliqué que, sous l’impulsion des États généraux du cancer et avec l’appui de la Ligue nationale de lutte contre le cancer, des consultations de psycho-oncologie se mettaient en place un peu partout en France. Car les plaintes les plus itératives de ces États généraux, ne l’oublions pas, concernaient le manque d’écoute des médecins, la non-information ou l’information insuffisante (sanctionnée depuis lors par la loi Hédreul). Mais l’on retrouve paradoxalement dans Marie Claire : “La vérité… jusqu’où ?”, où se lisent des témoignages de ressentiment psychologique face à une vérité fatale qui soulèvent, peut-être, la question de l’opportunité réelle de l’information et, certainement, celle de l’art et la manière de l’exprimer. Nous noterons que, curieusement, ces témoignages ne sont rapportés que par les proches des malades et non par les patients eux-mêmes… Puis en octobre 2000, Réponses Santé avec “Pour vaincre enfin les cancers”, Marie Claire : “Cancer du sein : ça bouge” et Marie France, deux dossiers sur “La traversée du cancer”, où il est à nouveau question de psycho-oncologie avec adresses et numéros de téléphone des centres pilotes. De plus, il y est relaté la naissance d’un groupe de réflexion, l’EPAC (Ensemble parlons autrement du cancer), sous l’impulsion d’industriels et d’oncologues, destiné, entre autres, à tenter de modifier le vocabulaire carcinologique utilisé et de trouver, de la manière la plus vraie, “les mots pour le dire” (sans vouloir parodier Marie Cardinale). Et toujours Marie France, en “bonne frondeuse”, explique “Quand le stress rend malade”, s’appuyant sur des études (lesquelles ?) qui démontreraient que celui-ci favorise l’émergence du cancer du sein ! “C’est votre dernier mot ?” dirait Jean-Pierre Foucaut. Eh bien, non ! Désolé ! La réponse est loin d’être aussi manichéenne et les sources sont incomplètes... mais nous enverrons à la rédaction de ce journal le dernier article de Christine Reynaert paru dans le Bulletin du Cancer, avec une bibliographie encyclopédique, où il est écrit en conclusion : “un constat s’impose : rien dans les connaissances actuelles ne permet d’affirmer clairement que les facteurs psychosociaux peuvent avoir une influence certaine et significative sur le décours des maladies néoplasiques.” Amen. “Il faut toujours s’attendre au pire, on n’est jamais déçu” : ceux qui avaient prédit le risque d’une utilisation mercantile des tests génétiques n’avaient peut-être pas tort quand on lit dans Science et Vie, La Croix, France Soir, les Échos, le Financial Times Europe : “Faut-il avoir peur de la génétique”, “L’espionnage génétique des assureurs anglais”, “Les tests génétiques au service des assureurs britanniques”. En effet, le gouvernement de Sa Majesté s’apprêterait à autoriser les assureurs à utiliser le résultat d’un test génétique sans toutefois pouvoir obliger le postulant à s’y soumettre (Alléluia !). Pour l’instant, cela ne concerne que la chorée de Huntington, car le test serait particulièrement fiable, mais à quand l’Alzheimer et le cancer du sein ? Surtout quand on lit : “Cette décision signifie que les personnes dont le résultat est négatif n’auront pas à payer davantage à cause des antécédents familiaux”. Et les positifs, ils font quoi ? Et même si certaines entreprises américaines et danoises (que disait Hamlet, déjà, à propos du Danemark ?) utilisent des tests génétiques à l’embauche pour “identifier les candidats génétiquement incompatibles” avec certaines professions, cela nous paraît à peu près aussi franc que les urines d’un cycliste du groupe Festina ! ! Mais rassurez-vous, en France, un moratoire a été signé en 1994, renouvelé en 1999 et jusqu’à 2004, décrétant l’invalidité par les assureurs des résultats des tests éventuellement pratiqués par les souscripteurs. Lorsqu’on lit Top Santé, Marie France, Tribune Santé, Femme actuelle, la République du Centre, détaillant minutieusement toutes les dernières avancées technologiques sur le dépistage, la chirurgie et les traitements, on imagine une consultation légèrement surréaliste avec une patiente ouvrant son petit panier : “Alors… je voudrais tout d’abord une mammographie numérique, une IRM et peut-être, oui, un Pet scan, puis un Mammotome ou un ABBI avec le ganglion sentinelle, et ensuite du Taxotère® avec un peu d’Herceptin® et beaucoup d’inhibiteurs de l’angiogenèse et pour finir un antiestrogène dernière génération, et pas un générique s’il vous plaît !” ; et pour vous achever, elle conclura : “Et puis je veux aller me faire soigner là ! (en vous montrant le premier du classement du palmarès des cliniques et hôpitaux de France du Figaro Magazine).” Dans Bébé Santé, on retrouve, conseillé par un maternologue (si, si, ça existe !), “l’allaitement au visage et non pas au sein” car “le regard de la mère rend l’enfant voyant... (!)”. Donc, il est formellement déconseillé – même pour rire – d’allaiter avec un masque d’Halloween ! Dans Réponses Santé et Science et Vie , “Sus aux gros seins”, où il est expliqué que des chercheurs italiens ont démontré que les risques de maladies cardiovasculaires étaient proportionnels à la profondeur des bonnets… “Devil ! comme disait un pilier de bar polyglotte à qui je relatais ce fait, pourquoi ce qui est bon est toujours mauvais pour la santé ?” Dans le Journal du Centre, l’Éveil de la Haute-Loire, VSD, la Nouvelle République du Centre-Ouest : on connaissait BRCA2 responsable des cancers du sein chez l’homme, eh bien, figurez-vous qu’il y a plus simple : l’intensité de la sexual life ! Selon les résultats d’une étude menée en Grèce (!), les hommes ayant une activité sexuelle limitée, avec un nombre d’orgasmes réduit lié à un faible taux de testostérone, seraient plus exposés à cette maladie… L’avocat de la défense au juge – légèrement inquiet – : “D’abord, Monsieur le Juge, cette étude est critiquable : 1) le nombre de patients (une centaine eu égard aux 3 milliards d’individus mâles) est ridicule et non spécifique ; 2) n’y aurait-il pas un biais de sélection géographique ? 3) il n’y est mentionné nulle part le nombre d’actes sexuels nécessaires au-dessous duquel le risque est potentiellement significatif ; 4) la Grèce est le pays comptant le plus de… mariages ! Nous demandons donc, Monsieur le Président, le rejet pur et simple pour vice de forme.”. “Adjugé !” Alors… soulagé ? Retrouvé dans l’Union : “Opération des seins déductible des impôts”. Au Danemark, une prostituée a pu bénéficier d’une déduction fiscale du coût de sa plastie mammaire d’augmentation sous prétexte que “les investissements pour améliorer et entretenir l’instrument de travail sont déductibles des impôts”. Peut-on imaginer voir fleurir, dans les salons d’attente de nos plasticiens, cette petite affichette : “Si vous êtes aristotélicienne, déduisez fiscalement la pose de vos prothèses !”. Surtout, nous aimerions beaucoup assister à l’explication étymologique… Le torchon brûle : “Inutile de se plaindre à un cancérologue” (Marie France), “Les malades ont aussi une âme. Des générations de cancérologues l’ont quelque peu occulté” (Marie Claire), “Après avoir accepté de considérer leurs confrères comme des partenaires, les cancérologues vont peut-être se décider à traiter leurs malades comme des adultes responsables” (Le Progrès)… Bonne fête, les cancérologues ! Mais que Christine Cognat du Progrès se rassure, ils le feront certainement avant que les journalistes ne se décident à cesser de se prendre pour Batman. Je sais, je sais, d’aucuns vont parler de la blanche colombe… mais elle commence peut-être à en avoir plein les ailes, la blanche colombe…
centre(s) d’intérêt
Sénologie