Avant-propos

Trois ans déjà...

Mis en ligne le 01/06/2001

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En juin 1998, dans le premier numéro de la Lettre du Sénologue, un article intitulé “Sénologie” (1) s’employait à définir cette spécialité en cours de reconnaissance, et retraçait l’historique de la démarche, de 1975 à 1998. La sénologie est donc “l’affaire” du sein, même si nombreux sont encore ceux qui ignorent la signification du terme. À la croisée des spécialités, elle fait l’objet de congrès à travers le monde entier, organisés par de multiples sociétés savantes (deux en France pour elle toute seule), avec des participants passionnés, multidisciplinaires par essence. Le sein est à tous, puisqu’il n’est vraiment à personne : aucune spécialité ne se l’est approprié ; cela faisait l’étonnement de Charles-Marie Gros, lors de l’introduction de son diplôme d’Université de Sénologie à Strasbourg, que de voir les gynécologues obstétriciens “s’arrêter, pour la plupart, à la ceinture”. Pendant des années, la mammographie n’a été que très peu enseignée aux futurs radiologues et l’examen mammaire, ainsi que les examens complémentaires en sénologie, pas davantage évoqués dans les diplômes de gynécologie. En somme, pour s’initier à la sénologie, il fallait, soit suivre les cours d’un DU de sénologie, soit avoir la chance de passer en cours de formation, lors d’un des stages hospitaliers, dans un service orienté vers le cancer du sein. Certes, la sénologie ne se résume pas au cancer du sein, mais l’intérêt pour cette discipline serait moindre s’il n’était pas le premier cancer de la femme, tuant d’avantage que les accidents de voiture, le sida ou la “vache folle” : pensez-y, dix fois plus de cancers du sein que de cancers du col utérin sont diagnostiqués par an en France, et pourtant on parle encore beaucoup du frottis... Environ 8 000 gynécologues-obstétriciens et 8 000 radiologues œuvrent tous les jours en France, 16 000 praticiens pour 33 000 nouveaux cas de cancer du sein par an... Ces chiffres ne sont-ils pas parlants d’eux-mêmes ? Dans le cadre de la “Formation, des diplômes et des compétences” (2, 3), le sein ne devrait-il pas faire partie intégrante de l’enseignement des gynécologues, afin qu’ils se l’approprient et se sentent concernés, comme ils se sont sentis impliqués dans le cancer du col et ses états précancéreux, avec le succès que l’on connaît. Les radiologues, quant à eux, avec la montée en puissance du dépistage mammographique généralisé, pourraient également être séduits par le pari de dépister, mieux, et plus précocement, une maladie fréquente qui fait peur, mais qui pourrait guérir plus souvent si elle était diagnostiquée plus tôt. Il suffit pour s’en convaincre de lire le dernier article de Tabar, montrant un bénéfice bien supérieur en pourcentage de réduction de mortalité à celui annoncé précédemment. Les médecins sont par essence individualistes et “pas prêteurs” (“mon malade”, “mon dossier”...). Lutter contre l’instinct de propriété, unir et optimiser les compétences, faire tomber les barrières entre les différentes spécialités, infiltrer les différentes filières, voici une mission qui servirait grandement aux femmes et serait source de beaucoup de satisfactions au niveau médical. C’est la raison d’être des réseaux, c’est le but de La Lettre du Sénologue. Nous avons voulu dès le premier jour, dans ce tandem éditeur-médecins, dont nous soulignons la qualité et la synergie, réaliser un pari d’ouverture et de formation. D’autres s’étaient lancés dans l’aventure avant nous, d’autres revues ont vu le jour, certaines se sont éteintes, d’autres existent en complémentarité, nous en voulons pour preuve l’éditorial du Pr Lamarque (3) qui a bien voulu écrire dans ce numéro, alors qu’il a créé le journal Le Sein il y a tout juste dix ans. Nous avons voulu intéresser les sénologues certes, mais également toutes les spécialités menant à la sénologie, afin de mobiliser les praticiens impliqués dans la pathologie du sein et, notamment, les radiologues et les gynécologues-obstétriciens qui sont les “poumons” des structures spécialisées en cancérologie. Car comment les uns pourraient-ils se passer des autres ? Ménageons un peu plus de place à la sénologie au quotidien : que les examens cliniques soient plus performants, plus systématiques, que l’on retrouve confiance dans la parole et dans le toucher (4-6), que l’on sache trouver ces petits signes appris autrefois en compagnonnage et transmis à la contre-visite, au lit du malade, de seniors à internes. Que les clichés radiologiques soient optimisés, de qualité, bien faits, bien lus dans un contexte de contrôle de qualité. Que les réseaux fonctionnent en échange et en complémentarité, sans concurrence, pour offrir à la patiente des chances égales de traitements adéquats, surtout quand on sait combien sont dommageables sur le pronostic vital, la négligence initiale ou le geste inadapté. “On ne triche pas avec le cancer, sinon on court derrière lui jusqu’à l’issue fatale.” Pour ne pas tricher, il faut savoir qu’il existe, penser à le rechercher, et optimiser nos conduites. Quand tous les sénologues auront compris ces concepts de rigueur, de qualité et d’humilité devant une maladie dont l’incidence n’a pas fini de nous préoccuper, nous aurons presque vaincu l’obscurité Références Bibliographiques 1. Lesur A, Villet R. Sénologie. La Lettre du Sénologue, 1998 ; 1 : 27-8. 2. Haehnel P. À propos de la FMC, La Lettre du Sénologue 2001 ; 11 : 4. 3. Villet R, Formations, diplômes et compétences : à propos de la gynécologie obstétrique. Obstet Gynecol 2001 ; 8 : 9-10. 4. Gros D. Ce que l’on ne sait pas, comment le dire ? Limites et ambiguïté du concept de femme à risque. Le Sein 2000 ; 10 (1-2) : 62-9. 5. Gros D. Êtes-vous sénologiquement correct(e) ? ou les tentations de la Sénologie. La Lettre du Sénologue 2000 ; 10 : 3-4. 6. Pujol H, Rouanet P. À propos des signes cliniques des mastopathies bénignes et cancers du sein. Le Sein 1991 ; 1 (1) : 37-40.
centre(s) d’intérêt
Sénologie