Étude

Maladies rénales de l'enfance, un risque d'insuffisance rénale terminale à l'âge adulte

Mis en ligne le 28/06/2018

Auteurs : G. Deschênes

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Dans tous les pays européens, la prévalence de la maladie rénale chronique varie entre 3 et 17 % de la population générale [1]. En France, le poids de la maladie rénale terminale est estimé autour de 35 000 malades dialysés et 100 000 malades porteurs d'une greffe rénale fonctionnelle.

Calderon-Margalit et al. ont mené une étude pour évaluer le risque de progression vers l'insuffisance rénale terminale dans une population d'adolescents ayant un antécédent de maladie rénale dans l'enfance. Cette étude, conduite en Israël, a porté sur un million et demi d'adolescents dont la fonction rénale et la pression artérielle étaient normales à l'âge de dix-huit ans au moment du service militaire.

Calderon-Margalit R., Golan E., Twig G. et al. : «History of childhood kidney disease and risk of adult end-stage renal disease», N. Engl. J. Med.2018; 378 : 428-38. 

L'étude israélienne

Entre 1967 et 1997, un million et demi d'adolescents israéliens de dix-sept à dix-huit ans ont été systématiquement examinés par un médecin militaire avant leur engagement obligatoire dans l'armée nationale. Cet examen comprenait un questionnaire écrit sur les maladies de l'enfance, l'analyse de tous les documents médicaux aux mains de la famille et du médecin traitant, et au moins une mesure de la pression artérielle ainsi qu'une bandelette urinaire. Tous les conscrits avec une histoire médicale rénale, symptomatique ou non, ont eu en plus un prélèvement de sang et une consultation avec un néphrologue. Tous ces éléments ont été consignés dans une base de données. En trente ans, une histoire rénale de l'enfance a été enregistrée chez 18592 conscrits, soit 1,2 % de la population adolescente masculine. Ces données ont été confrontées au registre de l'insuffisance rénale terminale en Israël et ont permis d'établir que le risque de progression vers l'insuffisance rénale terminale était quatre fois supérieur à celui de la population générale sans antécédents pédiatriques de maladie risque par cause de maladie rénale montre que les rénal ont un risque spécifique six fois supérieur à celui de la population générale sans antécédents pédiatriques de maladie rénale. Le groupe pyélonéphrite est peut-être hétérogène, mais il correspond probablement à des malades atteints de reflux vésico-urétéral sans obstruction urinaire. Le risque de progression vers l'insuffisance rénale aiguë dans ce groupe rappelle très utilement que le reflux vésico-urétéral malformatif a un impact sur la qualité du développement rénal et aggrave le risque d'une insuffisance rénale tardive dans la vie [2].

Commentaires

La maladie rénale chronique est un fléau mal reconnu en France, en particulier dans le monde médical et encore plus dans le monde pédiatrique. La phase marquée par la morbidité des traitements de suppléance (dialyse et greffe), avec leur cortège de complications (ostéopathie et cancer), mais également par une mortalité cardiovasculaire mille fois supérieure à celle de la population générale dans la tranche des vingt-cinq à trente-quatre ans, c'est-à-dire chez tous les patients dont la maladie rénale a commencé pendant l'enfance. En fait, la mortalité cardiovasculaire touche les malades à tous les stades de la maladie rénale chronique, et on estime que 50 % d'entre eux meurent avant le stade terminal de l'insuffisance rénale [3]. L'article de Calderon-Margalit et al. rappelle utilement que la maladie rénale chronique est une maladie latente et asymptomatique (les malades sont en bonne santé !) et qu'il n'y a pas de «petite » maladie rénale chronique. C'est dire l'importance du dépistage systématique de la maladie rénale chronique dans l'enfance dans toutes les situations à risque : dysmaturité, anomalie de la morphologie rénale (en particulier la taille des reins et l'hyperéchogénicité corticale) et urinaire foetale sur les échographies anténatales, uropathies obstructives ou non, maladies rénales et antécédents cardiovasculaires familiaux, diabète (et en particulier les antécédents familiaux de diabète tardif), drépanocytose, surcharge pondérale et obésité. Les traitements rénoprotecteurs sont aussi cardioprotecteurs, et leur objectif est de reculer l'échéance des complications de la maladie rénale chronique chez l'adulte [4].

En pratique

Tous les malades avec un risque de maladie rénale chronique devraient avoir un bilan minimal autour de la puberté, entre dix et quinze ans. Ce bilan doit comporter :

  • la recherche d'une polyurie ;
  • une mesure de la pression artérielle ;
  • un dosage de la microalbuminurie rapportée à la créatinine urinaire ;
  • un calcul du débit de filtration glomérulaire par la formule de Schwartz publiée en 2012*.

La pratique d'un holter tensionnel reste le moyen le plus sensible pour dépister une hypertension artérielle masquée. Les malades doivent être adressés à une consultation de néphrologie pédiatrique si un seul des paramètres est anormal.


* 39,8 x [taille/Scr]0,456 x [1,8/cystatine C]0,418 x [30/BUN]0,079 x (taille/1,40)0,179 x [1,076]si garçon. Ce calcul est facilement accessible sur le site https://www.kidney.org/professionals/KDOQI/gfr_calculatorPed en saisissant les données dans le calculateur automatique.

Références

[1] BRÜCK K., STEL V.S., GAMBARO G. et al. ; European CKD Burden Consortium : «CKD prevalence varies across the european general population», J. Am. Soc. Nephrol., 2016; 27 : 2135-47.

[2] WÜHL E., VAN STRALEN K.J., VERRINA E. et al. : « Timing and outcome of renal replacement therapy in patients with congenital malformations of the kidney and urinary tract », Clin. J. Am. Soc. Nephrol., 2013; 8 : 67-74.

[3] HALLAN S.I., DAHL K., OIEN C.M. et al. : «Screening strategies for chronic kidney disease in the general population : follow-up of cross sectional health survey », BMJ, 2006; 333 : 1047.

[4] PIETREMENT C., ALLAIN-LAUNAY E., BACCHETTA J. et al. ; GROUPE MALADIE RÉNALE CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ DE NÉPHROLOGIE PÉDIATRIQUE, MEMBRE DE LA FILIÈRE DE SANTÉ ORKID : «Diagnostic et prise en charge de la maladie rénale chronique de l’enfant : recommandations de la Société de néphrologie pédiatrique (SNP)», Arch. Pédiatr., 2016; 23 : 1191-1200.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec la rédaction de cet article.

auteur
Pr Georges DESCHÊNES

Médecin
Pédiatrie
Hôpital Robert-Debré, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Pédiatrie
thématique(s)
néphrologie
Mots-clés