Du cancer du côlon à la rétine : un anti-EGFR intravitréen pour stopper la fibrose maculaire ?
D’après Gilemzianova LI et al., abstr. 1190-0960, actualisé
La fibrose sous-rétinienne demeure l’une des principales causes de baisse visuelle centrale irréversible dans la DMLA exsudative et la myopie pathologique compliquée (sans aucun traitement spécifique validé à ce jour). La voie EGF (epithelial growth factor)/EGFR (epithelial growth factor receptor), qui pilote la transition épithéliomésenchymateuse à l’origine du tissu cicatriciel, constitue une cible mécanistique séduisante.
Les auteurs ont évalué la tolérance intravitréenne du panitumumab (anticorps monoclonal humanisé anti-EGFR utilisé en oncologie depuis plus de 20 ans) dans 2 cohortes prospectives totalisant 28 yeux.
- Cohorte 1 : myopie pathologique stade 4 (n = 11), phase I open-label en doses croissantes (0,6 ; 1,2 ; 1,8 mg ; 1 à 3 IVT par œil, intervalles ≈ 3,6, puis ≈ 4,7 mois).
- Cohorte 2 : DMLA exsudative (n = 17), essai contrôlé randomisé associant panitumumab 1,2 mg + ranibizumab 0,5 mg en IVT combinée toutes les 8 semaines (S0, S8, S16), avec ranibizumab seul intercalé à S4 et S12 (en moyenne 2,2 IVT combinées par patient).
Sur le plan de la tolérance, aucun effet indésirable systémique ni signal de toxicité oculaire n’a été observé : pas d’inflammation intraoculaire, pas d’élévation pressionnelle, aucune anomalie en OCT-angiographie, OCT du nerf optique ni en ERG. Seule une hémorragie sous-conjonctivale au site d’injection (> 50 % de la cohorte 2), résolutive spontanément, a été rapportée. Le suivi prolongé de la cohorte 1 (médiane 3,8 ans ; n = 8) n’a mis en avant aucune toxicité différée. La dose intravitréenne représente ≈ 1/350 de la dose oncologique, plaidant pour une exposition systémique minime.
Sur le plan fonctionnel (bien que l’étude ne soit pas dimensionnée pour l’efficacité), la cohorte 1 montre une tendance à l’amélioration de la MAVC (de 1,62 à 1,28 LogMAR à court terme, puis 0,85 LogMAR à 3,8 ans ; p = 0,08), avec amplitude de l’onde b en ERG inchangée. Dans une population de myopie de stade 4, dont l’histoire naturelle est un déclin visuel progressif, ce signal mérite d’être souligné, même s’il reste exploratoire (n = 8). La cohorte 2 (DMLA), de recul plus court, ne rapporte pas encore de critère fonctionnel principal.
Les données anatomiques n’ont pas été rapportées.


Ces données préliminaires de tolérance (sans signal de toxicité oculaire ni systémique sur près de 4 ans de suivi, avec un signal fonctionnel exploratoire encourageant en myopie stade 4) soutiennent la faisabilité d’essais randomisés de plus grande envergure, visant le blocage intravitréen de l’EGFR comme stratégie antifibrosante dans la DMLA néovasculaire et la myopie pathologique compliquée.






