Ectopia lentis pédiatrique : pourquoi (et comment) retirer la totalité du sac capsulaire
D’après Chapron T et al., abstr. 5978, actualisé
Chez l’enfant atteint de syndrome de Marfan, l’ectopia lentis impose souvent une chirurgie cristallinienne ; toutefois, le décollement de rétine (DR) reste l’épée de Damoclès postopératoire.
Y. Abdelmassih et al. [1] ont récemment identifié, dans cette population, le résidu capsulaire comme facteur de risque indépendant de DR tardif, vraisemblablement par tractions sur le vitré antérieur et reprolifération cellulaire secondaire.
L’équipe pédiatrique de la Fondation Rothschild rapporte une série rétrospective de 49 yeux (27 enfants, âge moyen 3,9 ± 2,8 ans, 2012-2025) opérés selon une technique standardisée d’ablation complète du sac capsulaire au vitréotome 25G par voie limbique.
La technique en 4 temps.
- Trois incisions cornéennes limbiques (2 h ; 5 ou 7 h ; 10 h) ; canule d’irrigation par l’incision inférotemporale, sécurisée si besoin par un point de Vicryl 8-0 (figure 1).
- Deux capsulotomies antérieures au vitréotome 25G en mode coupe, dont une placée face à l’irrigation pour stabiliser le sac (figure 1).
- Aspiration intracapsulaire du cristallin, puis traction douce et progressive sur le sac à la pince Grieshaberg 25G pour exposer les fibres zonulaires (figure 2).
- Section progressive des zonules sur 360° au plus près de leur insertion, jusqu’à libération complète et aspiration du sac. La procédure se termine par une vitrectomie antérieure étendue, chlorure d’acétylcholine intracaméral, iridectomie périphérique et fermeture en 10-0 (figure 2).


Sécurité au rendez-vous. Succès chirurgical complet sur les 49 yeux. Aucun DR ni hypertonie postopératoire au recul moyen de 2,4 ± 2,8 ans. MAVC de 0,74 à 0,15 LogMAR (p < 0,001). Les complications peropératoires (12 yeux : 4 déchirures capsulaires, 5 désinsertions de canule, 3 hyphémas) ont toutes été résolues immédiatement. Six réinterventions : 4 brides vitréennes (toutes chez des opérateurs en formation) et 2 repositionnements d’implant intraoculaire (IOL). 85,7 % des yeux laissés aphaques avec une bonne tolérance, l’implantation par Carlevale® différée après 4 ans.
Cette technique limbique en 4 temps, accessible aux opérateurs juniors comme seniors, supprime le résidu capsulaire (facteur connu de DR tardif dans cette population à très haut risque) et obtient sur 49 yeux suivis pendant 2,4 ans une absence totale de DR. L’aphakie initiale, bien tolérée chez le petit enfant, autorise une implantation différée raisonnée.
Références
1. Abdelmassih Y et al. Risk factors for retinal detachment in Marfan syndrome after pediatric lens removal. Am J Ophthalmol 2024;266:190-5.






