La mode est à l’accouplement plutôt de longue durée…
La tendance indéniable de cette CROI spéciale, vu le contexte géopolitique, c’est l’accouplement. Il ne s’agit là ni de santé sexuelle ni d’une version internationalisée du "réarmement démographique" voulu par Emmanuel Macron pour contrer la baisse de la natalité, mais d’accouplement de molécules anti-VIH. En prévention comme en thérapeutique, c’est la course aux couples : chercher la bonne combinaison, plutôt “long acting” et si possible incestueuse (issue du même laboratoire). Un vent de progrès, dans une économie et une recherche contraintes, qui va nous permettre de revenir à nos consultations, au sein des équipes, la tête moins basse et avec quelque chose d'autre à proposer que le climat scientifique délétère.
Commençons par le scoop du jour : ARTISTRY-1. Un essai randomisé, ouvert, contrôlé de non-infériorité de phase III, menée dans 90 hôpitaux et cliniques répartis dans 15 pays ou territoires (Australie, Argentine, Canada, République dominicaine, France, Allemagne, Italie, Japon, Porto Rico, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne, Taïwan, Royaume-Uni et États-Unis). Une communication au cordeau puisque l’article du Lancet daté du 25 février circulait dans les rédactions des grands quotidiens européens (embargo 18h37 en France) alors même que Chloé Orkin, la nouvelle star des essais multicentriques, parlait à 19h29 le même jour à Denver. La Britannique aux cheveux violets (voir ci-dessous) nous avait déjà fait le coup de la synchronisation parfaite publication/communication avec les formes graves de mpox chez les PVVIH à la CROI 2023 de Seattle. C’est un métier et The Lancet adore cela. L’essai a des résonances avec l’essai ANRS TRIO, pour les plus ou moyennement anciens, avec Yazdan Yazdanpanah à la commande (Clin Infect Dis 2009;49(9):1441-9) : alléger les plus lourdement traités. Résultat des courses, le STR BIC/LEN léger versus la poursuite de la multithérapie lourde, c’est non inférieur. Les résultats des essais de phase III ARTISTRY-1 et ARTISTRY-2 mettent ainsi en évidence l'efficacité et l'innocuité d'un schéma expérimental d'association monocomprimé de bictégravir 75 mg/lénacapavir 50 mg (BIC/LEN) chez les personnes vivant avec le VIH en succès virologique et passées de leur traitement antirétroviral antérieur à la nouvelle combinaison. C’est une bonne nouvelle en soi.


Côté accouplements prometteurs, après des prémices compliquées, on citera l’association doravirine/islatravir (# 177) chez les patients naïfs présentés par Juergen Rockstroh qui lui aussi a fait le coup double de la publication dans Lancet HIV en même temps que la communication. À S48, 91,8 % des patients sous DOR/ISL et 90,6 % des patients sous bictégravir/FTC/TAF présentaient un taux d'ARN du VIH-1 < 50 cp/mL (différence 0,3, IC95 : −2,9 ; 3,5) signant la non-infériorité de cette bithérapie par rapport à une trithérapie classique. Il n'y avait aucune différence entre les groupes en termes de variation moyenne par rapport à la valeur initiale du nombre de lymphocytes T CD4+ (on se souvient de la baisse des T CD4 + à des doses plus importantes d’islatravir qui avait freiné le développement de cette molécule originale en tant que premier inhibiteur de la translocation de la transcriptase reverse, ni du nombre total de lymphocytes).
Cette combinaison ISL/DOR a aussi été testée avec succès en switch chez les patients prétraités comme présenté par Chloé Orkin (# 555) qui “représentait l’Europe” au panel de fin de congrès de “take home messages”. Les résultats montrent qu’à S96, l’ARN du VIH-1 était ≥ 50 copies/mL chez 9 participants : 7 (1,9 %) du groupe 1 et 2 (1,1 %) du groupe 2, alors que la suppression virologique était maintenue chez respectivement 92,6 et 96,6 %. Aucun participant n’a développé de résistance émergente sous traitement à la DOR ou à l’ISL jusqu’à S96.
Autre exemple (#178), l’étude EMBRACE (on reste dans la métaphore) associant le VH3810109 (N6LS) qui se nomme désormais Lotivibart, un anticorps à large spectre neutralisant qui se lie au site de liaison CD4 en injectable (s.c. ou i.v.) tous les 4 mois (Q4M) associé au cabotégravir intramusculaire à action prolongée (CAB LA) mensuel (pourquoi pas bimensuel ? Ce sera pour la partie 2 de EMBRACE) pour maintenir la suppression de la charge virale VIH-1. Étaient présentés à la CROI 2026 les résultats de l'évaluation de l'efficacité, de la sécurité, de la tolérance et les résultats cliniques à 12 mois issus d'une analyse intermédiaire. Au total, 125 participants ont été randomisés : proportions présentant un taux d'ARN du VIH-1 ≥ 50 c/mL à M12 étaient de 3/50 (6 %) avec N6LS i.v., 5/49 (10 %) avec N6LS s.c. et 1/26 (4 %) sous SOC. Au cours du mois 12, un échec virologique confirmé est survenu chez 2 (4 %) participants recevant N6LS i.v., 3 (6 %) recevant N6LS s.c. et 1 (4 %) recevant le SOC. Malgré les différences en matière de sécurité, les participants des 2 groupes N6LS ont fait état d'une tolérance et d'une acceptabilité élevées jusqu'à M12.
Pour ce qui est de la durée, la CROI 2026 tend à nous faire passer du long acting à l’ultra long acting comme décliné dans la session #10 de ce mercredi : le VH 499 un nouvel inhibiteur de capside en phase 1 candidat aux injections semestrielles (comme le lénacapavir), le VH184, décrit comme le premier inhibiteur de transfert de brin d'intégrase de troisième génération, le lénacapavir en une fois par an en PrEP, l’association lénacapavir/teropavimab/zinlirvimab 2 fois par an etc.
Et puisque l’on est à l’accouplement il est à noter une dernière tendance grandissante de la publication synchrone de la communication orale (2 Lancet et 1 Nature) pour cette dernière journée.
Enfin, celles et ceux qui étaient présent(e)s il y 2 ans à la CROI 2024 ont remarqué combien la ville avait changé. Les 4 ans de travaux sont terminés, la 16e avenue, qui était éventrée, ressemble à un marché de Noël. À première vue, plus de homeless. En fait la ville les a “rangés”.Les autorités municipales ont mis en place une réduction d’environ 45 % du street homelessness et la disparition des grands campements visibles depuis 2023, grâce à une combinaison de mise à l’abri (Shelter, hôtels, housing first) et de démantèlement d’encampments. Pourtant en 2025, les décès par fentanyl à Denver ont augmenté d’environ 25 % (346 décès en 2025 contre 277 en 2024), proche du pic de 2023, alors que le reste du Colorado semble plutôt stabilisé ou en légère baisse. Tous produits confondus, les décès par overdose sont passés de 344 en 2024 à 419 en 2025, soit une hausse d’environ 22 %. En 2025 toujours, les décès par fentanyl à Denver ont augmenté d’environ 25 % (346 décès en 2025 contre 277 en 2024), proche du pic de 2023, alors que le reste du Colorado semble plutôt stabilisé ou en légère baisse. Les autorités imputent cette hausse à un changement du drug supply (fentanyl plus puissant, mélange avec autres substances comme xylazine, nitazènes) et au rôle du corridor routier I‑25 comme axe majeur d’acheminement. Mais de cela, la CROI n’en a cure. Un seul poster sur le fentanyl. Alors que la crise des opioïdes est majeure aux États-Unis et son éradication promise par l’actuel président.
Vivement San Diego !








