Et si le dépistage VIH universel aux urgences permettait d’atteindre de nouvelles populations ?
Au Royaume-Uni, les recommandations nationales préconisent un dépistage systématique de l’infection à VIH dans les zones de forte prévalence (> 2 ‰) mais ce dépistage est peu réalisé en réalité. Le travail présenté ici décrit les résultats de ce dépistage systématique, pratiqué aux urgences de l’hôpital King’s College à Londres pendant 5 ans (2016-2021).
Durant ces 5 années, le but était donc de proposer à tous les patients majeurs consultant aux urgences et nécessitant une prise de sang un test VIH, après obtention de leur consentement. Chaque semaine, le laboratoire de virologie établissait la liste des patients testés, avec un résultat négatif ou positif. Tous les patients ayant un test positif étaient bien évidemment rappelés. Pendant les 5 ans, plus de 250 000 patients avaient consulté aux urgences et avaient bénéficié d’une prise de sang (Tableau). Le test VIH avait été réalisé chez 165 000 d’entre eux (64 %) et le test était revenu positif chez 1 900 patients. Parmi ces positifs, la grande majorité (1 750) correspondait à des patients séropositifs connus, quelques-uns (34) n’avaient pas pu être recontactés et 116 étaient d’authentiques nouvelles découvertes VIH. Ces 116 découvertes représentaient une prévalence de 0,7 ‰. L’objectif était également de déterminer si le profil de ces patients nouvellement diagnostiqués aux urgences était le même que le profil des patients nouvellement diagnostiqués dans des cliniques de santé sexuelle. Les auteurs ont donc comparé les caractéristiques des nouvelles découvertes chez 48 patients diagnostiqués aux urgences et chez 90 patients diagnostiqués dans des cliniques de santé sexuelle pendant la période 2018-2020. Aux urgences, les patients nouvellement diagnostiqués avaient sensiblement le même âge (40 ans), mais étaient significativement plus souvent des femmes (37 versus 20 %) hétérosexuelles (61 versus 35 %) d’origine africaine (48 versus 25 %) avec des CD4 plus bas (158 versus 350/mm3) (figure). Par ailleurs, 56 % de ces patients n’avaient jamais été admis à l’hôpital auparavant, mais 44 % avaient déjà été admis aux urgences ou été hospitalisés, dont la moitié pour des motifs qui auraient clairement dû motiver la réalisation d’un test VIH (symptômes compatibles avec un sida, ou avec une séroconversion récente, ou une autre infection). A noter, enfin, que les patients testés positifs qui le savaient déjà étaient interrogés sur leur suivi et qu’en cas de rupture de soin, un accompagnement était proposé pour revenir dans le soin. En conclusion, cette expérience montre que le dépistage systématique aux urgences des populations insuffisamment testées, et/ou testées beaucoup trop tardivement, permet un nombre substantiel de nouveaux diagnostics. Cette expérience pourrait à nouveau être reproduite en France, en particulier aux urgences des hôpitaux implantés dans les zones ayant les plus fortes prévalences de VIH.








