Editorial

La biopsie liquide : avantages et limites

Mis en ligne le 26/11/2018

Mis à jour le 11/12/2018

Auteurs : Pr Jean-Yves Pierga

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Le concept de biopsie liquide a été introduit en tant que nouvel examen diagnostique fondé sur l'analyse des cellules tumorales circulantes (CTC) ou de produits dérivés de tumeurs circulantes, en particulier l'ADN tumoral circulant (ADNtc). Grâce à des technologies spécialisées, les CTC peuvent être détectées et isolées à partir du sang périphérique, ce qui permet non seulement leur comptage, mais aussi leur analyse phénotypique et moléculaire. Des vésicules encapsulées ­appelées exosomes sont également libérées par des cellules tumorales dans la circulation sanguine et contiennent des protéines et des acides nucléiques spécifiques aux tumeurs, comme les microARN. Des acides nucléiques, par exemple de l'ADN libre de cellule, sont également retrouvés en circu­lation dans le plasma. Le sang n'est pas le seul fluide corporel qui peut être utilisé pour la biopsie liquide. Les urines, les selles, le liquide céphalo­rachidien, la salive, le liquide pleural et l'ascite sont également des sources potentielles de matériel dérivé de tumeurs, comme l'ADNtc.

Les applications cliniques potentielles de ces biomarqueurs sont multiples. Les CTC et l'ADNtc ont montré l'intérêt de leur utilisation comme facteur pronostique, dans le suivi sous traitement d'une maladie métastatique ou la détection d'une maladie résiduelle au stade précoce. De même, la détection de l'apparition de marqueurs de résistance, telles certaines mutations dans l'ADNtc, peut être utilisée pour le suivi de thérapies ciblées. Cependant, malgré les progrès technologiques majeurs comme les techniques de capture des CTC ou de séquençage de l'ADN de nouvelle génération adaptées au matériel circulant, l'utilité clinique de ces marqueurs reste débattue. La seule indication clinique approuvée par les agences de régulation reste la recherche de mutations d'EGFR dans le cancer bronchique non à petites cellules (mutations activatrices et de résistance secondaire), mais de nombreux médicaments ciblés se développent en utilisant l'ADNtc comme biomarqueur compagnon, ce qui élargira à terme l'utilisation “théranostique” de l'ADNtc. L'utilisation des CTC ou de l'ADNtc comme outils de dépistage précoce d'une tumeur primitive ou d'une récidive reste un sujet de recherche clinique très actif, mais n'est pas, en l'absence de preuve clinique, utilisable en routine.

L'ensemble de ces enjeux est présenté dans ce numéro englobant la détection des CTC dans le cancer du sein, le suivi de mutations dans l'ADNtc au cours de thérapies ciblées, le suivi de l'ADN viral dans les tumeurs liées à l'HPV ou les produits du métabolome circulant. Enfin, indépendamment des applications cliniques, ces marqueurs restent de formidables outils de recherche pour décrypter, entre autres, les mécanismes du processus métastatique ou l'hétérogénéité tumorale.

Liens d'interêts

J. Y. Pierga déclare avoir des liens d’intérêts avec Roche, Novartis, Puma, Pfizer, Lilly, AstraZeneca, Amgen, MSD et Illumina.

auteur
Pr Jean-Yves PIERGA
Pr Jean-Yves PIERGA

Médecin
Oncologie
Institut Curie, Paris
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie générale
Mots-clés