La 30e Conférence des Parties organisée au cours de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) – la COP30 – qui s’est déroulée à Belém, au Brésil, entre le 10 et le 21 novembre 2025, se voulait un espace de négociation où États, organisations non gouvernementales, scientifiques, entreprises et acteurs de la société civile se réunissaient pour faire le point sur les engagements climatiques, définir de nouvelles ambitions et coordonner les actions visant à lutter contre le réchauffement global. Elle s’est clôturée le samedi 22 novembre avec 29 décisions adoptées par consensus par les Parties prenantes.
La conférence était très attendue, car de nombreux experts, soucieux de l’avenir de la planète, ont récemment appelé à agir d’urgence, afin que la communauté internationale puisse atteindre l’objectif ambitieux de limiter la hausse de la température moyenne globale à 1,5 degré. La conférence de Belém marque également le 10e anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat, principal instrument depuis 2015 engageant les pays à définir des objectifs volontaires d’atténuation et d’adaptation, afin d’inverser la trajectoire du réchauffement de la planète.
La COP30 a mobilisé au total plus de 42 000 participants, venus du monde entier, autour, d’une part, des négociations internationales et, d’autre part, de la valorisation des initiatives sur le climat des pays participants à travers des pavillons aménagés par les Parties et les observateurs.
Les 195 Parties (194 pays plus l’Union européenne) présentes à Belém souhaitaient principalement adopter des décisions robustes visant à renforcer l’action climatique. Les décisions adoptées portent notamment sur le renforcement de l’ambition de lutte contre les changements climatiques, la mobilisation des financements pour soutenir l’action des pays en développement, l’intégration de la dimension du genre dans la lutte contre les changements climatiques, ainsi que le rôle des technologies dans la mise en œuvre des mesures climatiques.
Dans le cadre du rehaussement de l’ambition, et sous l’égide du Brésil, 2 initiatives ont été mises en place : un accélérateur de l’ambition et une feuille de route pour l’objectif de 1,5 °C. En outre, les Parties ont adopté un programme de travail dédié à l’atténuation. Certaines Parties avaient souhaité un engagement plus ferme en faveur d’une sortie des énergies fossiles. Toutefois, à la clôture de la COP30, cet objectif n’a pu être atteint. Le Brésil a néanmoins annoncé son intention d’organiser ultérieurement des cadres de discussion sur la sortie des énergies fossiles, dont le format et les modalités restent à préciser.
En ce qui concerne le financement de l’action climatique, 2 décisions importantes peuvent être soulignées. Les Parties ont tout d’abord convenu de mettre en place un programme de travail de 2 ans visant à négocier les questions liées au financement de l’action climatique. Ces discussions aborderont notamment la gouvernance, la transparence et le suivi des flux financiers. Par ailleurs, les Parties ont appelé à un triplement du financement de l’adaptation d’ici 2035, par rapport à son niveau de 2025.
Pour la première fois, la Conférence des Parties a explicitement traité les questions de santé. En effet, la décision intitulée “Unir l’humanité dans une mobilisation mondiale contre les changements climatiques” stipule que les Parties devraient prendre des mesures contre les changements climatiques, en tenant compte “du droit à la santé, des droits des peuples autochtones – y compris leurs droits fonciers et leurs connaissances traditionnelles – ainsi que des droits des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation de vulnérabilité”. Par ailleurs, le 13 novembre 2025, à l’initiative du Brésil, a été lancé le Plan d’action pour la santé de Belém présenté dans un rapport détaillé [1], destiné à soutenir l’adaptation du secteur de la santé face aux changements climatiques.
Étant donné que les températures sont aujourd’hui supérieures de 1,5 °C aux niveaux mesurés avant l’industrialisation, les conséquences pour la santé sont de plus en plus importantes. D’après le rapport, 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent déjà dans des zones très vulnérables aux changements climatiques et le risque pour les hôpitaux de subir des dégâts dus à des phénomènes météorologiques extrêmes est 41 % plus élevé qu’en 1990 [1]. Cela montre bien qu’il est urgent de renforcer et d’adapter les systèmes de santé pour protéger les communautés des chocs liés au climat. Les changements climatiques provoquent déjà une situation d’urgence sanitaire mondiale. D’après les chiffres publiés conjointement par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le gouvernement brésilien et le ministère brésilien de la Santé, plus de 540 000 personnes meurent chaque année à cause de la chaleur extrême et 1 hôpital sur 12 dans le monde est menacé de fermeture pour des raisons climatiques. À ces chiffres, il faut ajouter ceux dont sont responsables les effets indirects du changement climatique, tels que les effets relatifs aux cas et aux décès attribuables à la pollution atmosphérique et aux inondations, ou l’excès de biocontaminants engendrés par les phénomènes climatiques, qui nuisent à la santé respiratoire [2].
Ce Plan, financé dès son lancement à hauteur de 300 millions de dollars américains, mettra l’accent sur plusieurs axes d’intervention visant à renforcer la résilience des systèmes de santé face au changement climatique, notamment : la surveillance sanitaire intégrée, le renforcement des capacités fondées sur des données factuelles, ainsi que l’innovation et la santé numérique, afin de faciliter l’accès à des technologies répondant aux besoins sanitaires de populations diverses.
Ces actions s’articulent autour de 2 principes et concepts transversaux : l’équité en matière de santé et la “justice climatique”, d’une part, et le leadership et la gouvernance en matière de climat et de santé, avec la participation active de la société civile, d’autre part.
Le rapport spécial de la COP30 a été établi suivant les orientations d’un groupe consultatif d’expertes et d’experts composé de leaders mondiaux de la santé publique, présidé par le NUS Centre for Sustainable Medicine, sous la direction de l’OMS et du ministère brésilien de la Santé. S’appuyant sur plus de 70 études de cas du monde entier, le rapport recense des interventions pratiques qui donnent déjà des résultats – systèmes d’alerte précoce, conception écologique des hôpitaux, planification sanitaire adaptée au climat ou encore financement durable.
À l’issue de la COP30, il ne s’agit plus de savoir si nous avancerons, mais comment nous choisirons de le faire ensemble – en plaçant au premier plan les besoins des pays vulnérables face aux changements climatiques – avec la lucidité d’un monde qui change, et la conviction inébranlable que notre capacité collective à agir reste notre meilleure chance.

