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Éditorial

Mieux comprendre pour mieux diagnostiquer et traiter la plus fréquente des affections orthopédiques acquises


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J’ai l’honneur de vous présenter un numéro spécial consacré entièrement à la rupture du ligament croisé antérieur (RLCA) chez les carnivores domestiques.

L’évocation de cette affection ne laisse pas indifférent. Pour beaucoup de vétérinaires, elle représente un défi diagnostique préoccupant par sa fréquence. Pour d’autres, c’est une vraie manne financière tant elle apporte la perspective d’actes chirurgicaux nombreux à forte valeur ajoutée. Pour de jeunes confrères intéressés par la pratique chirurgicale, elle est porteuse d’espoirs : on passe indéniablement un palier en orthopédie chirurgicale vétérinaire quand on en maîtrise la gestion, du diagnostic au traitement.

La RLCA des carnivores domestiques est une entité orthopédique à part. Elle fait partie de ces rares affections qui peuvent concerner toute race de chiens de tout format, du chihuahua au Saint-Bernard. Elle a son pendant chez l’humain, et elle “parle” ainsi aux détenteurs de nos patients qui connaissent souvent quelqu’un, un frère, un oncle ou une cousine qui a vécu la même expérience malheureuse. Il est assez facile d’en recommander un traitement chirurgical, parce que le handicap qui résulte de cette blessure est net et permanent, ne répond pas aux anti-inflammatoires, et parce que l’on a entendu parler de chirurgies pratiquées chez telle ou telle célébrité sportive ayant dû se faire opérer pour retourner sur le terrain. La mésaventure récente de notre star nationale en rugby, Antoine Dupont, en est un bon exemple. Enfin et surtout, la RLCA est, chez le chien, la maladie orthopédique acquise la plus fréquemment rencontrée : les matins où j’hospitalise un chien en vue du traitement chirurgical de sa RLCA, je sais qu’au même moment plusieurs centaines d’autres sont hospitalisés pour le même motif dans des structures vétérinaires, rien que sur le sol français.

Parlons chiffres ! Chez l’humain, la RLCA est liée à un accident de sport chez l’adolescent ou l’adulte, plus rare chez l’enfant. Les nouveaux cas rapportés dans la population générale sont d’environ 30 à 70 pour 100 000 personnes par an, soit une incidence annuelle d’environ 0,03 à 0,07 %. Cette valeur varie selon l’âge, le niveau d’activité sportive et le sexe. Dans certains sports, les femmes ont un risque multiplié par 2 à 6 par rapport aux hommes [1]. Chez le chien, les études vétérinaires parlent de prévalence plutôt que d’incidence. La prévalence de la RLCA est de l’ordre de 1,2 à 2,6 % selon les séries et les populations étudiées [2]. Ces chiffres représentent la proportion de chiens atteints à un moment donné dans des populations étudiées, incluant les nouveaux cas (incidence) et les cas plus anciens. On ne peut donc pas tout à fait comparer les incidences humaines et les prévalences canines, et en conclure qu’il y a 100 fois plus de RLCA chez le chien comparativement à l’humain. La vérité se situe sans doute autour d’un risque canin 10 à 20 fois supérieur à celui de l’humain dans les populations générales respectives. Certaines races de chiens (grandes races, races prédisposées) montrent des risques bien supérieurs à la moyenne, et la rupture est souvent d’origine dégénérative et multifactorielle, où la conformation, la génétique, la stérilisation, l’âge et le surpoids sont des facteurs d’influence [3].

On cite souvent une étude qui illustre l’impact économique que représente, pour les propriétaires de chiens, la prise en charge du traitement de la RLCA chez leurs compagnons à 4 pattes. En 2023, cet impact a été évalué à 1,3 milliard de dollars aux États-Unis [4]. Même si le coût unitaire par chien a tendance à être plus élevé aux États-Unis qu’en Europe, ce chiffre rend compte du grand nombre de cas traités sur une année et des retombées économiques substantielles qui en résultent au bénéfice des structures de soins vétérinaires. Il en est de même en Europe.

Il y a donc tout intérêt à en maîtriser les contours. Quand suspecter une RLCA ? Comment la diagnostiquer avec certitude ? Comment mettre en évidence les lésions associées ? Quel traitement proposer ? Autant de questions auxquelles nous espérons que les différents articles de ce numéro spécial vous aideront à répondre.

Bonne lecture ! ●

Références

1. Sanders TL et al. Incidence of anterior cruciate ligament tears and reconstruction: a 21-year population-based study. Am J Sports Med 2016;44(6):1502-7.

2. Taylor-Brown FE et al. Epidemiology of cranial cruciate ligament disease diagnosis in dogs attending primary-care veterinary practices in England. Vet Surg 2015;44(6):777-83.

3. Beom-Seok S et al. Prevalence of canine cranial cruciate ligament rupture and prognosis depending on tibial plateau angle: A retrospective study. J Adv Vet Anim Res 2024;11(3):627-36.

4. Wilke VL et al. Estimate of the annual economic impact of treatment of cranial cruciate ligament injury in dogs in the United States. J Am Vet Med Assoc 2005;227(10):1604-7.


Liens d'intérêt

A. Bernardé déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

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