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“Dr, comment booster mon immunité avant l’hiver ?” “En musclant ton jeu, Robert”


Certes, la réflexion est quelque peu anachronique, mais l’approche de l’hiver est souvent source d’inquiétude pour les patients du fait du risque croissant d’infection virale pendant cette période. L’une des questions récurrentes en consultation est d’ailleurs : “Docteur, comment puis-je “booster” mon immunité ?”. De nombreuses “solutions” sont commercialisées, toutefois, l’effet des vitamines ou des boissons lactées sur l’immunité relève plus du génie marketing que scientifique. Alors, comment aider nos patients à “stimuler” leur immunité pour éviter les infections virales ou bactériennes de l’hiver ? Spontanément, la réponse semble se trouver dans la vaccination qui agit sur l’immunité adaptative, cette immunité qui aboutit à la sécrétion d’anticorps qui peut prendre du temps. Certes très efficace, la vaccination qui aboutit à la sécrétion d’anticorps n’en est pas moins très spécifique, et tous les virus ne sont pas couverts par les vaccins disponibles. Et pourtant, c’est bien l’immunité adaptative qui tient les premiers rôles en thérapeutique, et même au-delà des défenses anti-infectieuses. Le développement des biothérapies dans l’asthme ou de l’immunothérapie en oncologie thoracique est lié à une meilleure compréhension de l’immunité adaptative. L’immunité innée, celle qui implique les 1res défenses, fondées notamment sur la phagocytose non spécifique des macrophages, et qui semble passive, voire léthargique, serait peu accessible à la thérapeutique. Que nenni ! Cette formidable machinerie capable de lutter rapidement de manière non spécifique en “boulottant” les germes fait l’objet d’étude. Mais comment “booster”, ”stimuler” cette immunité innée qui semble inflexible pour accroître les défenses anti-infectieuses, voire au-delà ?

Contrairement à l’immunité adaptative, qui est utilisée par 5 % des êtres vivants, dont majoritairement des mammifères, l’immunité innée est présente chez 100 % des êtres vivants. Tout comme l’immunité adaptative, elle a la possibilité d’avoir une mémoire et d’être éduquée. C’est ce que les scientifiques appellent la “trained immunity”. On peut donc entraîner, éduquer notre immunité innée. La bonne affaire ! Mais comment ? Petit rappel (très court, rassurez-vous) sur l’épigénétique. Cette dernière, qui consiste à modifier la méthylation de l’ADN sous l’effet de l’environnement, entraîne une reprogrammation des cellules de l’immunité innée (macrophages notamment) et, ainsi, augmente son efficacité en préparant ces cellules à une nouvelle stimulation.

Récemment, ce concept de “trained immunity” qui consiste à préparer l’immunité innée a été étudié dans la tuberculose. Des candidats vaccins ont été développés et aucun n’a permis d’éviter de nouvelles infections. Cependant, l’un de ces candidats vaccins a été efficace en évitant 54 % de la progression vers une tuberculose maladie chez des personnes ayant une tuberculose latente. En préparant l’immunité innée, cela permet d’éviter la diffusion de l’infection. Mais Jamy, comment ça marche ? Si on essaie de reprogrammer les macrophages ou les monocytes, la protection n’est pas durable chez la souris. Si, en revanche, la reprogrammation touche les cellules souches, la reprogrammation est durable. Le plus fou, c’est que la trained immunity est non spécifique. Je m’explique. Chez des souris vaccinées contre le BCG qui stimule l’immunité innée, les souris étaient également protégées contre la grippe ! Et donc, comment ça marche ? La trained immunity entraîne une prolifération de lymphocytes T qui sécrètent de l’interféron gamma et qui recrutent les macrophages alvéolaires capables de lutter plus rapidement contre le virus car ils sont déjà sur place pour recevoir le virus. Et le SARS-CoV-2 ? Non, ça ne fonctionne pas, ni chez la souris ni chez l’homme. Ça ne peut pas tout le temps fonctionner ! Et la trained immunity peut-elle protéger contre des pathologies non infectieuses ? Dans des modèles de souris, en utilisant le β-glucane (composé de la paroi de la tuberculose), les chercheurs ont protégé contre… l’asthme allergique. Le potentiel de cette stratégie est donc immense.

L’asthme est-il donc une cible pour la trained immunity ? Effectivement, il est démontré que l’épigénome des cellules immunitaires est déjà altéré à la naissance chez les enfants qui deviendront asthmatiques. Le profil cytokinique de la maman pendant la grossesse est associé avec l’épigénome “pro-asthmatique” de l’enfant à la naissance et permet de prédire le développement de l’asthme. D’autres pathologies sont concernées. La myopathie de Duchenne, qui semble associée à une fonte musculaire progressive inexorable, est surtout liée à l’inflammation créée par l’immunité innée.

La trained immunity est donc une stratégie d’avenir pour booster son immunité. Donc “Muscle ton jeu, Robert !”

Avec cette 3e édition, nous voici parvenus au terme de la couverture de cet ATS 2024. Merci à toute notre équipe de rédaction et à Thierry, notre infographiste-cameraman, ainsi qu’au Pr Pascal Chanez pour sa participation amicale et très active au e-journal !

Rendez-vous à San Francisco (16-21 Mai) pour l’ATS 2025 …


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