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Où sont les femmes, où sont les femmes* … ?


C’était l’idée du matin : la place de la femme dans la CROI 2026 ? Testée entre deux croissants auprès de certaines d’entre vous. Plutôt un sentiment global de sous -représentativité. Seule Constance Delaugerre a tapé en touche : « Pour les virologues c’est compliqué de répondre car le virus est non genré ». Imparable.

 Rappelons qu’en 2024 1,3 million de personnes ont acquis le VIH et les femmes représentaient 45 % de toutes les nouvelles infections VIH dans le monde. En Afrique subsaharienne, les femmes (tous âges confondus) représentaient 63 % des nouvelles infections. Chaque semaine, 4 000 adolescentes et jeunes femmes (15 à 24 ans) sont infectées par le VIH dont 3 300 en Afrique subsaharienne. Rappelons aussi qu’en France, le nombre d’initiations de PrEP pour les femmes reste très bas, 6,1% au dernier semestre connu, même s’il a régulièrement augmenté en nombre absolu tandis que ce nombre stagnait chez les hommes : +30% chez les femmes, -3,4% chez les hommes entre le 1er semestre 2023 et le 1er semestre 2025. Alors que les femmes comptent pour 30% des nouvelles infections en France, 64% en Afrique subsaharienne et 45% dans le monde. Il reste donc un énorme « gap » pour faire connaître et proposer aux femmes des modalités de PrEP diversifiée, non graduées en niveau d’intention, qui leur conviennent pour accélérer la baisse de l’incidence, notamment pour celles qui refusent la PrEP orale en continu, seule solution actuelle pour les femmes en France à ce jour. Dans l’attente – elle fut longue l’attente** … - du JO du cabotégravir en Prep et des fiches pratiques DGS/SFLS qui vont accompagner son implémentation. Puis viendra le lénacapavir en PrEP. Dans l’attente aussi des recommandations françaises et autres plaidoyers qui devraient faire bouger les lignes de la PrEP orale (Teno/FTC) « à la demande » encore non recommandée aux femmes. Contrairement aux guidelines de l’EACS, de la British ou de l’Etat de New York***.  Dans ce constat on est parti à la recherche de la prévention chez les femmes cis dans cette 33 éme CROI. L’index de l’abstract book nous confirme que les femmes y sont bien représentées, y compris dans le Comité d’organisation (19/43 soit 44 %) :

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Mais en pratique les femmes cis y sont surtout représentées quand elles sont enceintes ou allaitantes ou très jeunes, ou via le microbiote, la prise de poids sous ARV et autres…  L’exercice devient un jeu de piste pour chercher les femmes moins dans les essais que dans les cohortes de « real life » de Prep. Quelques exemples informatifs. Le Poster # 810 venu de Cap Town (Afrique du Sud) où ont été recrutées 1 920 femmes enceintes, dont 1 116 femmes séronégatives dans des cliniques de soins primaires du Cap pour participer à une étude observationnelle sur le VIH et la santé métabolique (NCT04991402). Les critères d'éligibilité comprenaient une grossesse de moins de 20 semaines. La PrEP orale est couramment disponible localement dans les établissements de soins primaire avec 9 visites de suivi jusqu'à 2 ans après l'accouchement. L'âge médian (IQR) était de 26 ans (23-31). Au moment de l'entrée dans l’étude 14 % des femmes (n = 151) utilisaient une PrEP orale ; 23 % ont utilisé une PrEP au cours du suivi, ce qui représente 10 % des femmes-années. Une infection incidente par le VIH a été observée chez une femme utilisant la PrEP sur 148 années-femme (IR = 0,68) contre 23 chez les femmes ne prenant pas de PrEP sur 1 339 femmes-années (IR = 1,71) (RR = 0,39 ; IC = 0,05-2,94) ; l'effet protecteur de la PrEP semblait plus fort pendant la période prénatale (RR = 0,24 ; IC = 0,03-1,86) que pendant la période postnatale (RR = 0,97 ; IC = 0,21-4,57) ce que confirme d’autre études. Le moment de la grossesse est donc une opportunité pour proposer la Prep en Afrique mais la résilience diminue avec le temps.  Ce que confirme le poster # 809 (Kenya) : chez 1003 femmes enceintes ou allaitantes, les taux de poursuite de la PrEP par Kaplan-Meier étaient respectivement de 63 %, 34 % et 33 % au bout d'un, trois et six mois. La modélisation de Cox a montré que la fréquentation des visites de suivi prénatal réduisait considérablement le risque d'arrêt (HRa 0,62, IC à 95 % : 0,51-0,76, p < 0,001). Études qui se concluent pour la plupart par l’attente des injectables (cabotégravir IM, lénacapavir SC) mais avec de programmes d’accompagnement spécifiques.

CDC's New #ShesWell Initiative Aims to Increase PrEP Awareness among Women and Their Healthcare Providers | HIV.gov

             C’est Jeanne Marazzo qui en plénière a remis d’une certaine manière la femme au centre du village. Son sujet était le « superbug » de la syphilis qui ne touche pas que les femmes. Elle est une figure et une voix qui porte après avoir occupé le poste de directrice du NIAID de 2023 à 2025 (en succédant à Anthony Fauci) et après avoir été directrice de la Division des maladies infectieuses de l'Université de l'Alabama à Birmingham. Elle a intenté le 4 septembre 2025 un procès contre le gouvernement fédéral, qui l'a licenciée le 26 septembre suivant. Elle affirme dans sa plainte que ce licenciement est une mesure de représailles suite à une dénonciation qu'elle a déposée contre l'administration américaine. Le Pr Marazzo avait été mise en congés dès avril 2025 pour ses prises de position et s'était vu proposer une réaffectation … au Service de santé indien.  Durant son intervention à la CROI, très applaudie, elle a plaidé en faveur de la Pep par la Doxycycline (sous surveillance bactériologique) : « Les indications et les avantages de la doxy-PEP chez les femmes cisgenres sont à l'étude, ce qui est une bonne chose, car la syphilis chez les femmes cisgenres continue d'augmenter, avec des niveaux records de syphilis congénitale à travers le monde : + 696 % entre 2015 et 2025. Des chiffres à interpréter avec prudence selon elle vu le gel des données du CDC par « l’administration anti-vaccin ». Les femmes représentent 29 % des cas de syphilis secondaire ou primaire aux Etats-Unis juste derrière les HSH (31%). Elle a très largement montré les résultats de l’étude DoxyVac de Prevenir-ANRS MIE (chez les HSH) et cité « Jean-Michel » à plusieurs reprises ainsi que le recul de la Syphilis à San Francisco (- 51,4 %) et à Seattle chez les femmes cis (contrairement aux études négatives menées en Afrique sauf en associant la DOT) . Même si pour l’heure le CDC « n'offre aucune recommandation sur l'utilisation de la PEP doxy pour les femmes cisgenres, les hommes hétérosexuels cisgenres, les hommes transgenres et d'autres personnes queer et non binaires, car il n'y a pas assez de données. Cela dit, l'agence reconnaît que cette stratégie pourrait être efficace dans l'une ou l'autre de ces populations » (https://www.ashasexualhealth.org/new-cdc-guidelines-offer-recommendations-on-doxy-pep/). EnfinJeanne Marazzo a évoqué une piste intéressante : l’effet indirect de la DoxyPep masculine sur la circulation de la syphilis et du Chamydia chez les femmes. Comme un juste retour des choses face à l’inégalité d’accès des hommes et des femmes aux outils de prévention du VIH et des autres IST.

Gilles Pialoux


Références

* L’auteur de ses lignes ne saurait prendre à son compte au-delà du titre les paroles machistes de la chanson de Patrick Juvet.

** « Elle fut longue la route

Mais je l'ai faite, la route

Celle-là, qui menait jusqu'à vous

Paroles de Ma plus belle histoire d’amour © Warner Chappell Music France

*** Pour en savoir plus on peut lire en tout lien d’intérêt : https://vih.org/vih-et-sante-sexuelle/20260115/la-prep-chez-les-femmes-aujourdhui-et-demain/


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