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Effets délétères de l'ibuprofène sur la fonction endocrine testiculaire

Mis en ligne le 11/03/2018

Mis à jour le 18/03/2018

Auteurs : Nicolas Chevalier

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L'effet des perturbateurs endocriniens sur la fonction testiculaire est maintenant bien documenté. Récemment, de nouvelles données ont suggéré que les antalgiques “usuels”, comme le paracétamol ou l'aspirine, pouvaient avoir eux aussi des conséquences néfastes sur la fonction testiculaire.

Dans cette étude, l'utilisation prolongée (6 semaines) d'ibuprofène (à la dose de 600 mg × 2/j) par des hommes sains ­(18-35 ans ; 14 sujets) ne modifie pas le taux de testostérone, d'estradiol, d'inhibine B ni de FSH (Follicle-Stimulating Hormone). En revanche, elle s'accompagne d'une élévation significative du taux d'hormone lutéinisante (LH) [+ 33 % ; p = 0,01], ce qui entraîne une diminution du ratio testostérone libre/LH (− 23 % ; p = 0,02) traduisant un état d'hypogonadisme compensé.

Ces données ont été confirmées, ex vivo, sur des explants testiculaires humains et, in vitro, à partir d'une lignée cellulaire dérivée d'un corticosurrénalome (considérée comme modèle d'étude de la stéroïdogenèse). Les auteurs ont ainsi pu montrer une altération des voies ∆4 et ∆5, avec une régulation négative de tous les gènes de la stéroïdogenèse (en dehors de CYP19A1, qui code pour l'aromatase), aboutissant à une diminution de la production de testostérone, mais également d'INSL3. Par ailleurs, les auteurs ont constaté que l'ibuprofène était capable de diminuer les taux d'hormone antimüllérienne (− 7 % ; p = 0,05), aussi bien in vivo qu'in vitro, ce qui suggère une atteinte associée de la fonction sertolienne, par un mécanisme direct indépendant des gonadotrophines. Il reste maintenant à démontrer s'il existe un lien entre ces anomalies et l'inhibition des prosta­glandines induites par l'ibuprofène.

Références

• Mobjerg Kristensen D, Desdoits-Lethimonier C, Mackey AL et al. Ibuprofen alters human testicular physiology to produce a state of compensated hypogonadism. Proc Natl Acad Sci U S A 2018;115:E715-24.

Liens d'interêts

L'auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Nicolas CHEVALIER
Pr Nicolas CHEVALIER

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
Hôpital de l’Archet, CHU, Nice
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie
thématique(s)
Hormones
Mots-clés