Editorial

L'heure de la puberté

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Mis à jour le 08/11/2017

Auteurs : Dr Estelle Louiset

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Étymologiquement, le terme “puberté” signifie “se couvrir de poils”. Le processus physiologique qui conduit l'enfant à la maturation sexuelle et à l'acquisition de la fonction de reproduction indispensable à la survie de l'espèce est bien plus complexe que la simple apparition de la pilosité. De plus, la transition pubertaire engendre des bouleversements dans la vie de chaque individu qui s'accompagnent d'importants changements morphologiques, psychologiques et comportementaux. L'étude de la puberté est donc un vaste champ de recherche, fréquemment abordé sous l'angle physiologique, médical, psychologique ou sociologique. Le dossier “L'heure de la puberté” est consacré à l'origine de tout le processus : l'initiation de la puberté.

Les grandes questions abordées par Nicolas de Roux sont : quand, où et comment commence la puberté ? Il décrit les mécanismes neuroendocriniens qui gouvernent le réveil des neurones à GnRH après la longue période de quiescence durant l'enfance. L'heure de la puberté est programmée génétiquement. Elle correspond à une levée progressive du contrôle frénateur et à une activation des systèmes excitateurs des neurones à GnRH. Les maladies génétiques de la puberté ont permis d'identifier des neuropeptides, telles la kisspeptine et la neurokinine B, comme éléments clés de l'initiation de la puberté. Les recherches actuelles portent sur les facteurs de transcription et les modifications de la chromatine qui pourraient gouverner le réveil des neurones à GnRH.

Outre les facteurs génétiques, l'initiation de la puberté est aussi sous l'influence de facteurs environnementaux. De fait, les études épidémiologiques montrent une diminution progressive de l'âge d'initiation de la puberté chez les filles et un allongement de la durée de la phase de transition. Les endocrinologues pédiatres sont donc fréquemment confrontés à la prise en charge de jeunes patientes présentant des signes cliniques pubertaires précoces. Mireille Castanet fournit des outils pratiques pour établir le diagnostic différentiel de puberté précoce, puberté avancée, pubarche précoce et autres pathologies endocriniennes surrénaliennes et gonadiques. Elle expose également la prise en charge thérapeutique qui vise à freiner le réveil des neurones à GnRH afin de limiter les retentissements de la puberté précoce sur la taille adulte et la psychologie des très jeunes filles du fait du changement prématuré de leur morphologie et de l'apparition des menstruations.

L'exemple des pubertés précoces centrales observées chez les filles adoptées en provenance de pays en voie de développement a mis en évidence le rôle de la prise de poids dans le réveil des neurones à GnRH. En effet, l'accès des enfants préalablement malnutris à une alimentation riche et variée permet une croissance staturopondérale de rattrapage annonciatrice d'une puberté précoce. Il semble que la leptine produite par le tissu adipeux relaye le signal nutritionnel à l'hypo­thalamus, permettant l'avancée de l'heure de l'initiation de la puberté.

L'horloge programmant la puberté peut également être retardée. Alexandre Naccache décrit les 5 étiologies de retard pubertaire chez le garçon. Il expose la démarche diagnostique et présente le bénéfice du traitement par testostérone de courte durée, qui permet d'améliorer le bien-être psychologique de l'adolescent.

Contrôler le timing de la puberté est crucial, car il apporte un bénéfice à long terme sur la santé et le bien-être des adultes en devenir.

Liens d'interêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Dr Estelle LOUISET
Dr Estelle LOUISET

Inserm U1239, Normandie Université, UNIROUEN, Rouen
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie,
Pédiatrie
Mots-clés