Editorial

Le pancréas dans tous ses états !

Mis en ligne le 31/12/2022

Auteurs : Dr Bertrand Duvillié, Pr Pierre Gourdy

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Si son rôle physiologique ne prête plus à discussion, tant pour le maintien de l'homéostasie gluci­dique que sur le plan digestif, le pancréas n'a pas encore livré tous ses secrets quant à son implication dans de nombreuses pathologies. En effet, cet organe peut être le siège d'anomalies anatomiques et fonctionnelles qui contribuent à la survenue de diverses formes de diabète, mais également de différents processus tumoraux.

Découverts en 1868 par l'Allemand Paul Langerhans (1847-1888), les îlots ont été placés au centre de la réflexion des endocrinologues pour mieux ­comprendre le développement et l'évolution de ces maladies. Cette stratégie s'est avérée extrêmement payante, permettant en particulier d'élaborer au fil du temps plusieurs classes thérapeutiques favorisant ou freinant la sécrétion d'insuline. Néanmoins, les travaux successifs ont révélé la complexité physiopathologique de ces maladies, expliquant l'hétérogénéité des phénotypes et des profils évolutifs. C'est notamment le cas des ­diabètes, qu'il est désormais difficile de limiter à une simple dichotomie entre diabète de type 1 (DT1) et diabète de type 2 (DT2). En 2020, le Pr Bruno Fève a publié dans les Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition [1] un article de synthèse intitulé “Vers une nouvelle classification des diabètes ?”, dans lequel il soulignait l'existence de chevauchements troublants entre ces 2 types de diabète. En se fondant sur des données clinicobiologiques enregistrées au moment du diagnostic de diabète chez l'adulte, une équipe suédoise a établi en 2018 une nouvelle typologie qui classifie les diabètes en 5 clusters [2]. Cette hétérogénéité, intégrant en particulier les différences interindividuelles en termes d'insulinosécrétion, pourrait être le reflet de facteurs génétiques, mais aussi dépendre de l'environnement des cellules du pancréas endocrine. De plus, le diabète, avec ses traits physiopathologiques propres (hyperglycémie, lipotoxicité et inflammation de bas grade, dysfonctions vasculaires, etc.), est susceptible d'exercer une influence délétère sur le pancréas endocrine et son environnement.

Dans ce cadre, vous trouverez dans ce numéro un dossier thématique consacré à la physiopatho­logie du pancréas endocrine, et plus spécifiquement à ­l'influence de ­l'environnement cellulaire des îlots de Langerhans, mettant en lumière la participation de nouveaux acteurs dans ces pathologies. C'est ainsi que le Pr Étienne Larger (Paris) décrit l'existence de déficits exocrines du pancréas possiblement associés à l'évolution du diabète (aussi bien dans le DT1 que dans le DT2). Proposant de nouvelles hypothèses au sujet des causes de ces anomalies et de leurs conséquences cliniques, ses réflexions conduisent à la proposition d'une meilleure prise en charge des patients affectés. De plus, le Dr Benjamin Uzan (Paris) rappelle qu'une inflammation tissulaire affecte le pancréas au cours du DT2. Plus précisément, il décrit le rôle majeur des macrophages et évoque les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans cette inflammation. Coordonnée par le Dr Laure Esposito (Toulouse), une synthèse exhaustive consacrée à la greffe de pancréas chez les patients atteints de diabète vient compléter ce panorama (article disponible en intégralité sur le site ­www.­edimark.fr).

Par ailleurs, ce dossier propose des éléments d'actualité à propos des tumeurs neuroendocrines du pancréas, lésions tumorales le plus souvent bénignes, mais qui peuvent parfois conduire à des métastases. Le Pr Delphine Vezzosi (Toulouse) présente les nouveautés sur la stratégie diagnostique, qui peut s'avérer difficile, et les approches thérapeutiques de l'insulinome, tumeur ayant pour origine les cellules β pancréatiques. Enfin, dans le dernier article de ce dossier également consacré aux tumeurs neuroendocrines du pancréas, nous vous proposons de découvrir les nouveautés en termes de génétique et de signalisation moléculaire, aboutissant, de façon originale et inattendue, à suggérer des interactions possibles entre les mécanismes conduisant au diabète et à l'insulinome.

Références

1. Fève B. Vers une nouvelle classification des diabètes ? Correspondances en Métabolismes Hormones Diabètes et Nutrition 2020;24(3):108-13.

2. Ahlqvist E et al. Novel subgroups of adult-onset diabetes and their association with outcomes: a data-driven cluster analysis of six variables. Lancet Diabetes Endocrinol 2018;6:36-9.

Liens d'interêts

B. Duvillié et P. Gourdy déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet éditorial.

auteurs
Dr Bertrand DUVILLIÉ

Médecin, Endocrinologie et métabolismes, Institut Curie, Inserm U1021, Orsay, France

Contributions et liens d’intérêts
Pr Pierre GOURDY

Médecin, Endocrinologie et métabolismes, Institut Cardiomet, CHU, Toulouse, France

Contributions et liens d’intérêts
centre(s) d’intérêt
Endocrinologie,
Oncologie hématologie