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Substituts du bisphénol A et glande mammaire : pas si … inoffensifs ?

Mis en ligne le 20/03/2019

Auteurs : Nicolas Chevalier

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Le bisphénol A (BPA) a fait l'objet de nombreux travaux qui ont conduit à sa restriction d'utilisation dans la vie quotidienne pour certains usages présentant un danger pour la santé. L'un des risques de cette molécule œstrogénomimétique est celui d'une possible tumeur de la glande mammaire chez l'animal.

L'industrie a développé des substituts du BPA dont l'impact pour la santé humaine reste à préciser. Cette étude a évalué l'effet de 2 de ces substituts (le bisphénol AF [BPAF] et le bisphénol S [BPS]) chez des souris CD-1 exposées in utero (10e au 17e jour de gestation ; exposition par gavage) à différentes doses de BPAF ou de BPS. Les animaux ont été suivis jusqu'à l'âge de 14 mois, et une évaluation régulière des paramètres hormonaux et du développement gonadique et mammaire a été réalisée.

Les auteurs ont ainsi pu montrer que les animaux exposés avaient un développement mammaire plus précoce, avec des sécrétions d'estradiol significativement plus élevées en début de puberté, en particulier avec le BPAF. À l'âge adulte, tous les animaux exposés avaient des lésions des glandes mammaires, majoritairement à type d'inflammation périvasculaire (14/22 pour le BPAF et 13/18 pour le BPS versus 3/13 dans le groupe témoin ; p < 0,01), mais aussi à type d'hyperplasie lobulo-alvéolaire (10/22 pour le BPAF versus 0 dans le groupe témoin) ; 3 adénocarcinomes ont été décrits dans le groupe exposé au BPS mais aucun dans le groupe témoin. Ces lésions étaient observées également pour des doses faibles (0,5 mg/­kg de poids).

Bien que ces données ne soient pas directement extrapolables à l'espèce humaine, et même si les souris CD-1 peuvent présenter spontanément des tumeurs mammaires à l'âge adulte, il n'en demeure pas moins que le BPAF et le BPS sont capables d'induire des modifications hormonales en début de puberté et une très nette augmentation des lésions mammaires inflammatoires. Des travaux complémentaires sont bien entendu nécessaires pour mieux comprendre ces effets et leurs risques potentiels pour la santé humaine. Finalement, la substitution n'est peut-être pas forcément la meilleure solution…

Références

• Tucker DR, Hayes Bouknight S, Brar SS, Kissling GE, Fenton SE. Evaluation of prenatal exposure to bisphenol analogues on development and long-term health of the mammary gland in female mice. Environ Health Perspect 2018;126:087003.

Liens d'interêts

N. Chevalier déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Nicolas CHEVALIER
Pr Nicolas CHEVALIER

Médecin
Endocrinologie et métabolismes
Hôpital de l’Archet, CHU, Nice
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Endocrinologie