Editorial

Pan dans le mille !

Mis en ligne le 30/09/2022

Auteurs : F. Penault-Llorca

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Au moment où nous bouclons ce numéro consacré aux actualités des marqueurs de l'immunothérapie, un nouvel accès précoce pour le pembrolizumab vient d'être accordé, en association à une chimiothérapie avec ou sans bévacizumab, dans le traitement des patientes adultes atteintes d'un cancer du col de l'utérus (quel que soit le type histologique) persistant, récidivant ou métastatique, dont les tumeurs expriment PD-L1 avec un CPS ≥ 1, fondé sur les résultats de l'étude KN-826. Vous aurez toutes ces informations sur l'immunothérapie dans les cancers du col dans l'article d'E. Rowinski et O. Tredan (page 85). Cet accès précoce était très attendu dans cette indication. Voici donc une nouvelle indication du test CPS qui, coïncidence, n'aura plus de secret pour vous après la lecture de la mise au point de M. Lacroix-Triki (page 99).

Ceci m'amène à la réflexion (amusée) suivante. À l'ère des analyses pangénomiques, dont le caractère “biologique” peut paraître rassurant en clinique, tant il évoque les notions d'analyse, de dosage, de standardisation, de robotisation… donc d'une certaine fiabilité, nous observons un grand retour de notre bonne vieille immunohistochimie au coeur de la médecine de précision. L'immunohistochimie, avec ses qualités – technique simple peu coûteuse, quantitative et spatiale –, et ses défauts – impact de la fixation, difficulté de standardisation des techniques et des interprétations, points de vigilance sur lesquels les pathologistes ont peut-être trop communiqué. En effet, conscients des limites de l'immunohistochimie, nous nous sommes impliqués dans la recherche de la qualité, de la standardisation, de l'automatisation et de la formation continue.

Si l'on regarde les derniers tests compagnons des drogues parmi les plus largement prescrites actuellement, les inhibiteurs de check point immunitaires anti-PD-1 et PD-L1, la sélection se fait principalement sur le statut d'expression de PD-L1 par immunohistochimie, ou sur un statut d'instabilité microsatellitaire dont le test de criblage est l'immunohistochimie. Dans les cancers du sein, le panel reflexe indispensable à la prise en charge de tous les cancers du sein doit comporter impérativement les statuts des récepteurs hormonaux, oestrogènes et progestérone et le statut HER2. Trois tests immunohistochimiques ! Que dire, depuis juin 2022, du statut HER2 low, que nous décrit K. Leroy (page 102) qui potentiellement intéressera la moitié des cancers du sein avancés qui deviennent éligibles à une thérapie à base de trastuzumab-déruxtecan ? Ou le statut HER2 “non low” dans les carcinomes endométriaux séreux ou de haut grade de l'endomètre P53 mutés ? Rappelons ici que le statut mutationnel de TP53 est également évaluable par immunohistochimie. Si l'on prend l'exemple du cancer gastrique et de la jonction oesogastrique, pas moins de 5 tests compagnons par immunohistochimie sont ou vont probablement être bientôt disponibles, comme le statut HER2, le score CPS de PD-L1, l'expression de la claudin-18, de FGFR2, du statut d'instabilité microsatellitaire afin d'offrir des stratégies thérapeutiques ciblées. Les exemples ne manquent pas. Si certains, comme le statut d'instabilité microsatellitaire, évalué par immunohistochimie, pourraient être substitués par un test de biologie moléculaire exclusive (mais ce n'est pas recommandé et la concordance est de 90 %), la majorité des autres tests ne sont pas interchangeables avec une technique moléculaire. C'est le niveau d'expression de la protéine (cible thérapeutique) qui est ici recherché, et sa corrélation avec un profil d'expression de l'ARN n'est pas forcement linéaire. On imagine l'effroi de nos collègues cliniciens qui, pour beaucoup, s'étaient fait à l'idée que la médecine de précision passerait exclusivement par le profilage moléculaire. Eh bien, force est de constater que ce n'est ni pour aujourd'hui, ni pour demain !

Cher ami lecteur, nous reviendrons sur tous ces nouveaux biomarqueurs dans les prochains numéros de Correspondances en Oncothéranostic !

En attendant, je vous souhaite au nom du comité de rédaction une excellente lecture de ce nouvel opus.

auteur
Pr Frédérique PENAULT-LLORCA
Pr Frédérique PENAULT-LLORCA

Médecin
Anatomie et cytologie pathologiques
Centre Jean-Perrin, Clermont-Ferrand
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Onco-théranostic