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Association entre la longueur des télomères et le risque de cancer ou de maladies non cancéreuses : des implications dans quelques tumeurs urologiques ?

Mis en ligne le 16/06/2017

Auteurs : P. Beuzeboc

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Au bout des chromosomes, les télomères sont des structures ADN combinées à des protéines qui protègent le génome. Marqueurs physiologiques de l'âge, ils raccourcissent au cours du vieillissement.

Le raccourcissement des télomères est non seulement associé aux maladies cardiovasculaires, au diabète de type 2 et à différentes causes non tumorales de mortalité, mais aussi au risque de cancer. L'importance de la magnitude de cette association a fait l'objet de rapports contradictoires dans les études observationnelles (1-4). Les individus présentant une dyskératose congénitale, caractérisée par des mutations avec perte de fonction au niveau des gènes TERC et TERT composant des télomérases, possèdent de façon chronique des télomères courts et présentent un risque plus élevé d'être touchés par certains cancers, notamment des leucémies aiguës myéloïdes et des cancers épidermoïdes cutanés (5, 6).

L'approche méthodologique de cette très large étude anglaise (420 081 cas, 1 093 105 contrôles) des membres de la Telomeres Mendelian Randomization Collaboration (7) était de simuler, dans la population générale, l'attribution au hasard de la distribution des génotypes constitutionnels (comme dans une étude randomisée), indépendamment du style de vie et des facteurs environnementaux.

Elle a utilisé des variants génétiques germinaux comme variables instrumentales de la longueur des télomères pour aider à clarifier son association avec le risque de cancer et d'autres pathologies non néoplasiques. La première étape a consisté à identifier des SNP (Single-Nucleotide Polymorphisms) associés avec la longueur des télomères. La sélection a porté sur 16 SNP correspondant à 10 régions génomiques indépendantes comptant collectivement pour 2 à 3 % de la variance des longueurs des télomères des leucocytes.

Les résultats montrent qu'une longueur des télomères génétiquement augmentée est associée avec un OR (IC95) plus élevé pour 9 cancers primaires analysés sur un total de 22 : les gliomes (5,27 ; IC95 : ­3,15-8,81), les cancers de l'endomètre (1,31 ; IC95 : ­1,07-1,61), du rein (1,55 ; IC95 : ­1,08-2,23), du testicule (1,76 ; IC95 : ­1,02-3,04), les mélanomes (1,87 ; IC95 : ­1,55-2,26), les cancers de la vessie (2,19 ; IC95 : ­1,32-3,66), les neuroblastomes (2,98 ; IC95 : ­1,92-4,62), les adénocarcinomes du poumon (3,19 ; IC95 : ­2,40-4,22) et les cancers séreux de l'ovaire à faible potentiel de malignité (4,35 ; IC95 : ­2,39-7,94). Cependant, une variabilité importante d'OR existe entre diffé­rents types de cancers allant de 0,86 (IC95 : ­0,57-1,30) pour les cancers de la tête et du cou à 5,27 (IC95 : ­3,15-8,81) pour les gliomes. Il existe aussi une variation substantielle pour les différents types de cancers bronchiques de 3,19 (IC95 : ­2,40-4,22) dans les adénocarcinomes versus 1,07 (IC95 : ­0,82-1,39) dans les carcinomes épidermoïdes, mais aussi pour ceux de l'ovaire, 4,35 (IC95 : ­2,39-7,94) dans les cancers séreux à faible potentiel de malignité versus 1,21 (IC95 : ­0,87-1,68) dans les formes endo­métrioïdes, 1,12 (IC95 : ­0,94-1,34) dans les cancers séreux invasifs, 1,04 (IC95 : ­0,66-1,63) dans les carcinomes à cellules claires et 1,04 (IC95 : ­0,73-1,47) dans les carcinomes mucineux.

Commentaire. Après avoir effectué une méta-analyse de régression, les auteurs ont conclu qu'une longueur des télomères génétiquement augmentée tendait à être plus fortement associée avec des cancers rares et des sites ayant des taux de division de cellules souches plus faibles.

Références

1. Ma H, Zhou Z, Wei S et al. Shortened telomere length is associated with increased risk of cancer: a meta-analysis. PLoS One 2011;6(6):e20466.

2. Wentzensen IM, Mirabello L, Pfeiffer RM et al. The association of telomere length and cancer: a meta-analysis. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2011;20(6):1238-50.

3. Pooley KA, Sandhu MS, Tyrer J et al.Telomere length in prospective and retrospective cancer case-control studies. Cancer Res 2010;70(8):3170-6.

4. Hou L, Joyce BT, Gao T et al. Blood telomere length attrition and cancer development in the Normative Aging Study cohort. EBioMedicine 2015;2(6):591-6.

5. Armanios M, Blackburn EH. The telomere syndromes. Nat Rev Genet 2012;13(10):693-704.

6. Armanios M. Syndromes of telomere shortening. Annu Rev Genomics Hum Genet 2009;10:45-61.

7. Telomeres Mendelian Randomization Collaboration, Haycock PC, Burgess S, Nounu A et al. Association between telomere length and risk of cancer and non-neoplastic diseases: a Mendelian randomization study. JAMA Oncol 2017;3(5):636-651.

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auteur
Dr Philippe BEUZEBOC
Dr Philippe BEUZEBOC

Médecin
Radiothérapie
Hôpital Foch, Suresnes
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie urologie,
Urologie
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