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Carcinome rénal à forme juvénile avec translocation Xp11.2 et réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immuns

Mis en ligne le 30/06/2019

Auteurs : P. Beuzeboc

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Le carcinome rénal à translocation Xp11.2 est un sous-type rare de tumeur du rein (1 à 5 %), survenant habituellement chez les enfants, les adolescents ou les adultes jeunes, à prédominance féminine, caractérisé par la présence de translocation impliquant les gènes des facteurs de transcription TFE3 ou TFEB (1, 2). La classification 2013 ISUP Vancouver a groupé ces entités sous le nom de “MiTF/TFE translocation carcinomas family”. Le pronostic des formes métastatiques est redoutable. Ce carcinome représente une maladie orpheline sans traitement approuvé (3). Ces tumeurs exprimant PD-L1 dans 90 % des cas, il était justifié d'évaluer l'efficacité potentielle des inhibiteurs de points de contrôle immuns, comme dans d'autres cancers du rein non à cellules claires (4)

Cette étude rétrospective multicentrique française et américaine (12 centres au total) a concerné 24 patients traités en deuxième ligne ou plus après traitement antiangiogénique (5). L'expression de TFE3 a été confirmée en IHC dans tous les cas, la présence de translocation était connue dans la majorité des cas (mais non requise dans cette étude). Dix-neuf patients (89 %) avaient reçu un traitement antiangiogénique en première ligne, avec une médiane de survie sans progression (SSP) de 3 mois (extrêmes : 1-22 mois), 6 avaient reçu également un ­inhibiteur de mTOR.

La médiane de SSP rapportée avec un inhibiteur de point de contrôle immun (le nivolumab dans 17 cas, l'ipilimumab dans 3 cas, et une combinaison à base d'un inhibiteur de point de contrôle dans 4 cas) dans cette cohorte est de 2,5 mois (extrêmes : 1-40 mois). Quatre patients ont présenté une réponse partielle (16,7 %), et 3, une maladie stable (12,5 %), soit un taux de contrôle tumoral de 29 %. Les données de l'analyse génomique (réalisée chez 8 patients) ont montré que 2 patients porteurs de mutations de PBRM1 et BRD8 (bromodomain-containing genes) ont eu un bénéfice clinique. Récemment, il a été mis en évidence que les mutations de PBRM1 étaient associées à un bénéfice du nivolumab dans les cancers du rein métastatiques (6, 7).

Avec un suivi médian de 19,3 mois, la médiane de survie globale était de 24 mois. Aucun cas de pseudoprogression n'a été rapporté.

Commentaire

Au total, le faible effectif et le caractère rétrospectif de l'étude limitent la possibilité de conclure sur l'intérêt des inhibiteurs de points de contrôle immuns, mais le taux de réponse apparaît voisin de celui observé dans les carcinomes à cellules claires. Il sera important dans l'avenir d'évaluer l'intérêt des combinaisons nivolumab + ipilimumab, nivolumab + axitinib ou pembrolizumab + axitinib, qui ont fait la preuve de leur efficacité par rapport au sunitinib dans les cancers du rein à cellules claires avancés en première ligne.

Références

1. Kauffman EC et al. Molecular genetics and cellular features of TFE3 and TFEB fusion kidney cancers. Nat Rev Urol 2014;11(8):465-75.

2. Malouf GG et al. Genomic heterogeneity of translocation renal cell carcinoma. Clin Cancer Res 2013;19(17):4673-84.

3. Malouf GG et al. Targeted agents in metastatic Xp11 translocation/TFE3 gene fusion renal cell carcinoma (RCC): a report from the Juvenile RCC Network. Ann Oncol 2010;21(9):1834-8.

4. Koshkin VS et al. Clinical activity of nivolumab in patients with non-clear cell renal cell carcinoma. J Immunother Cancer 2018;6(1):9.

5. Boilève A et al. Immune checkpoint inhibitors in MITF family translocation renal cell carcinomas and genetic correlates of exceptional responders. J Immunother Cancer 2018;6(1):159.

6. Miao D et al. Genomic correlates of response to immune checkpoint therapies in clear cell renal cell carcinoma. Science 2018;359(6377):801-6.

7. Roh W et al. Integrated molecular analysis of tumor biopsies on sequential CTLA-4 and PD-1 blockade reveals markers of response and resistance. Sci Transl Med 2017;9(379):3560.

Liens d'interêts

P. Beuzeboc n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.

auteur
Dr Philippe BEUZEBOC
Dr Philippe BEUZEBOC

Médecin
Radiothérapie
Hôpital Foch, Suresnes
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie urologie,
Urologie
thématique(s)
Rein