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Une neutropénie sévère induite par le pembrolizumab

Mis en ligne le 26/09/2018

Auteurs : P. Beuzeboc

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Les complications immunes secondaires aux inhibiteurs de checkpoints immuns peuvent toucher tous les organes (1)

A. Barbacki et al. (2) viennent de rapporter un cas bien documenté de neutropénie sévère induite par le pembrolizumab qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché dans les cancers urothéliaux métastatiques.

La patiente, âgée de 73 ans, était traitée pour un adénocarcinome bronchique métastatique présentant une forte positivité de PD-L1 en immunohistochimie (90 %). Dans un premier temps, elle avait été traitée par une association de carboplatine + pémétrexed.

Elle a développé une neutropénie de grade 4 après la deuxième perfusion de pembrolizumab. Cette toxicité a justifié dans un premier temps une corticothérapie à fortes doses associée à du G-CSF et un traitement par immunoglobulines. Devant la persistance de la neutropénie, un traitement par ciclo­sporine a même été introduit mais rapidement arrêté. La neutropénie a mis 6 semaines et demie pour se corriger. Elle n'a pas récidivé à l'arrêt de la corticothérapie.

Commentaire. Cette observation a l'intérêt particulier de survenir chez une patiente ayant des antécédents de manifestations auto-­immunes (3) : une myosite avec des anticorps antinucléaires élevés, une maladie de Crohn quiescente, et une hypothyroïdie.

Une revue de l'analyse des effets indésirables rapportés avec le pembrolizumab avait mis en évidence un taux de neutropénie très rare de 0,004 % sans réactions sévères de grade 3 ou 4 (4). Cependant, 2 cas de neutropénie sévère ont été publiés avec le nivolumab dont une devenue corticodépendante (5). Les neutropénies sont, en revanche, plus fréquentes avec l'ipilimumab (6).

Si l'existence d'un désordre immun préalable n'est pas une contre-indication absolue à l'utili­sation d'anticorps anti-PD-1 ou PD-L1, cette observation incite à la prudence. Des études à large échelle sont nécessaires pour mieux apprécier le rapport bénéfice/risque du traitement dans ces cas et la prise en charge optimale des effets indésirables immuns.

Références

1. Abdel-Wahab N, Shah M, Suarez-Almazor ME. Adverse events associated with immune checkpoint blockade in patients with cancer: a systematic review of case reports. PLoS One 2016;11(7):e0160221.

2. Barbacki A, Maliha PG, Hudson M et al. A case of severe pembrolizumab-induced neutropenia. Anticancer Drugs 2018;29(8):817-9.

3. Menzies A, Johnson DB, Ramanujam S et al. Anti-PD-1 therapy in patients with advanced melanoma and preexisting autoimmune disorders or major toxicity with ipilimumab. Ann Oncol 2017;28(2):368-76.

4. Wang M, Ma X, Guo L et al. Safety and efficacy profile of pembrolizumab in solid cancer: pooled reanalysis based on randomized controlled trials. Drug Des Devel Ther 2017;11:2851-60.

5. Turgeman I, Wollner M, Hassoun G et al. Severe complicated neutropenia in two patients with metastatic non-small-cell lung cancer treated with nivolumab. AntiCancer Drugs 2017;28(7):811-4.

6. Ban-Hoefen M, Burack R, Sievert L et al. Ipilimumab-induced neutropenia in melanoma. J Investig Med High Impact Case Rep 2016;4(3):2324709616661835.

Liens d'interêts

P. Beuzeboc n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.

auteur
Dr Philippe BEUZEBOC
Dr Philippe BEUZEBOC

Médecin
Radiothérapie
Hôpital Foch, Suresnes
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Oncologie urologie,
Urologie
thématique(s)
Vessie
Mots-clés