Dossier

Compagnons imaginaires et hallucinations de l'enfant : comment les distinguer, quand s'inquiéter ?

Mis en ligne le 07/07/2018

Mis à jour le 18/07/2018

Auteurs : M. Bohet, F. Medjkane, R. Jardri

Les hallucinations sont définies comme des “perceptions sans objet à percevoir” pouvant survenir dans toutes les modalités sensorielles (1). Pour le psychiatre, elles constituent un phénomène communément admis et exploré en population adulte. Chez l'enfant, leur existence, leur pertinence ainsi que la difficulté à les identifier et les évaluer en ont longtemps fait un sujet de débat et de controverses, à la fois dans le champ médical mais aussi au niveau sociétal (2). Elles sont pourtant fréquentes, avec une prévalence en population pédiatrique générale allant de 6 à 33 % en fonction des études (2) et des chiffres plus importants en début (21 à 23 % entre 11 et 13 ans) qu'en fin d'adolescence (7 % entre 13 et 16 ans) [3]. Aujourd'hui, la littérature scientifique s'accorde sur l'importance du dépistage et de l'évaluation rigoureuse des expériences hallucinatoires en population pédiatrique, pour plusieurs raisons : d'abord, afin d'éviter de stigmatiser des situations qui s'intègrent dans le développement psycho-affectif normal ; ensuite, pour mieux identifier les situations à risque d'évolution vers un tableau psychiatrique constitué ; enfin, pour éviter des prescriptions de psychotropes injustifiées et les restreindre à des indications formelles (2). On sait aujourd'hui que les phénomènes dits hallucinatoires de l'enfant peuvent évoluer de façon très différente en fonction de nombreux facteurs. Ainsi, les compagnons imaginaires, qui sont à distinguer des hallucinations cliniques, ont été associés à de meilleures compétences en théorie de l'esprit, tandis que plusieurs études témoignent d'une association entre hallucinations précoces et troubles psychiatriques parfois sévères. Dans ce contexte, il semble primordial de guider le clinicien dans sa démarche diagnostique afin de bien distinguer les situations sans gravité, celles qu'il faut surveiller et celles qu'il faut prendre en charge par des mesures thérapeutiques adaptées.

Liens d'interêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

auteur
Pr Renaud JARDRI
Pr Renaud JARDRI

Médecin
Psychiatrie
Hôpital Fontan, CHRU, Lille
France
Contributions et liens d'intérêts

centre(s) d’intérêt
Addictologie,
Psychiatrie,
Pédiatrie
Mots-clés